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Devant un aréopage d’épouses et de parentes de militaires venues demander la vérité sur l’état de leurs époux ou fils partis au front au nord, le président ATT a balayé toutes les accusations portées contre lui. Il a, à la limite renvoyé la balle à la hiérarchie militaire et à ceux qui, selon lui, veulent y avoir leurs comptes.

L’exercice est inédit. Le président ATT en face d’une centaine de femmes de militaires à Koulouba, le vendredi 4 février qui impliquerait sa responsabilité dans le carnage des militaires maliens à Aguelhoc et Léré, au cours des attaques perpétrées en fin janvier par des éléments du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Ces femmes qui avaient marché sur le palais présidentiel la veille, avaient reçu la promesse de la part du chef de l’Etat d’être reçues le lendemain vendredi pour échanger sur la question.

Dans cet échange de près de deux heures, le président ATT dit avoir suscité la rencontre pour faire la lumière sur toutes les fausses rumeurs et accusations sur sa personne. La rencontre avait l’aire d’un procès. D’un côté les plaignantes que sont les femmes et de l’autre, ATT lui-même comme principal inculpé. Il a eu beaucoup de peine à se faire comprendre puisque les mêmes questions revenaient

La charge principale retenue contre lui est son soutien aux forces rebelles eu égard à la faiblesse des autorités maliennes de combattre l’ennemi. « Nos maris n’ont pas de moyens matériels pour combattre les rebelles ; ATT n’a pas donné l’ordre de tirer ; nos militaires ont été affamés ; ATT a été pris en flagrant délit de communiquer sur le téléphone d’un rebelle pris au front ; ATT est le chef des rebelles », sont entre autres accusations portées contre le président de la République, vendredi dernier à Koulouba.

ATT, dans une position inconfortable s’est inscrit en faux contre chacune de ces interpellations. Selon lui, il ne lui revient pas de donner l’ordre de tirer. « Ce sont les chefs militaires qui sont sur le terrain qui doivent donner l’ordre de tirer », a-t-il dit.

« Depuis le jour où ils ont quitté leur camp, ils ont reçu l’ordre de se battre », a dit ATT. Et d’ajouter qu’il revient à chacun de jouer sa partition et que leur rôle est de donner les moyens financiers et logistiques. S’agissant de ces moyens qui ont semble-t-il manqué à nos troupes, ATT dit : « si on m’envoie en guerre sans munition, j’ai le droit de refuser d’aller, pourquoi vais-je combattre sans armes ? ». Il reconnaît par ailleurs qu’il y a eu des cas de rupture de munitions parce que la mission de ravitaillement n’a pas pu venir à temps.

ATT menace de diligenter un contrôle d’inspection au ministère de la Défense et des Anciens combattants dès ce lundi. A ses dires, demi-milliard de F CFA est donné chaque mois à l’armée pour les besoins quotidiens. En plus les 3 mois de pension général alimentaire (PGA) spéciale (de janvier à fin mars 2012) ont été payées aux soldats du plus gradé au moins gradé. « Je suis un chef d’Etat et non un chef rebelle. Je croyais à une farce, mais je ne savais pas qu’on était au sérieux jusqu’à tel point », a affirmé dans son légendaire terme de cousinage à plaisanterie même dans un contexte aussi lugubre.

L’accusé accuse

Le président de la République a fini par pointer un doigt accusateur sur ceux qui selon lui, sont à la base du colportage de rumeurs et de fausses accusations sur lui. « Certains veulent que la situation se désagrège puisqu’ils y trouvent leurs comptes. Des choses ont été dites ici, qu’un patriote ne dira pas encore moins un noble », a affirmé le chef de l’Etat. Il a promis de capitaine de notre armée pour s’enquérir de la situation sur le terrain.

ATT ne s’est pas gardé de rentrer dans le secret militaire en expliquant que toute l’aviation militaire malienne a été envoyée au nord et la plupart de nos armements lourds à part quelques points stratégiques du pays qui ont été prévus. ATT se vante d’avoir doté l’armée d’armements pendant ces dix ans que le Mali n’a pas eus pendant ses 50 ans d’indépendance.

Il a informé ses interlocutrices que sa personne fait l’objet d’une guerre de la part de ceux qui pensent qu’il a entretenu cette crise au nord pour s’offrir un 3e mandat. Selon lui, il n’a jamais refusé de doléances de la hiérarchie militaire sur la crise au nord. ATT a dit avoir confié l’armée aux différents états-majors. Selon lui, le rapatriement du nord à Bamako du général Gabriel Poudiougou, chef d’état-major général des armées et son remplacement par le général Kalifa Kéita comme PC opérationnel rentre dans un cadre normal d’organisation pratique du travail sur le terrain.

Abdrahamae Dicko

06 Février 2012