Partager

Ce n’est pas une nouvelle pratique médicale mais elle peine encore à s’inscrire dans les mœurs maliennes. La péridurale, ou épidurale, est une technique d’anesthésie principalement utilisée lors de l’accouchement pour atténuer, voire supprimer, la douleur.

Très efficace, la méthode permet d’engourdir les nerfs et désensibiliser temporairement la zone du corps où elle est pratiquée. Ainsi les contractions sont ressenties comme de légères pressions au niveau de l’abdomen.

Pour en savoir davantage sur cette pratique médicale peu développée au Mali, Diaminatou Camara, sage-femme de la clinique « INFSS » de Tomkorobougou nous raconte et insiste sur l’importance de son adoption dans les différentes structures médicales.

Quelles sont les différentes préparations à l’accouchement ?

sage-femme-1.gifIl y a la préparation à l’accouchement dite « classique » abordant de tous les points importants de la grossesse : l’accouchement, les suites de couches, l’allaitement… il y a aussi des pratiques pour s’informer sur l’anatomie de la femme, le périnée, l’hygiène pendant la grossesse, l’alimentation. Elle aide la patiente à apprivoiser et maîtriser le moment de l’accouchement. La patiente apprendra à gérer la douleur par la respiration et la relaxation. Il existe aussi des préparations telles que l’haptonomie, le chant prénatal…etc.

Comment la péridurale se pratique-t-elle ?

C’est d’abord le médecin anesthésiste qui décide, en accord avec la patiente, de pratiquer la péridurale lorsque les contractions sont très douloureuses, rapprochées et que le travail a débuté. Tout d’abord, après l’avoir allongée sur le côté ou l’avoir assise sur le rebord du lit, le médecin anesthésiste applique un désinfectant et un anesthésique local dans le bas du dos, au niveau des vertèbres lombaires.

On peut aussi procéder à une injection d’une dose unique d’un anesthésique qui agit plus longtemps. Mais la mise en place du cathéter pour des injections de manière continue sans avoir recours à de nouvelles piqures est la plus courante. En réalité le produit agit au bout de 10 minutes, mais il faut entre 20 et 30 minutes pour calmer réellement les sensations douloureuses.

Est-ce une pratique récurrente au Mali ?

Absolument pas ! Mais il faut procéder à sa démocratisation. Le problème d’un autre côté est qu’il n’y a pas beaucoup de spécialiste au Mali. En plus, le plus étrange est que les femmes au Mali préfèrent accoucher dans la douleur… »Cela renforcerait les liens mère-enfant parait-il. »

Alors qu’on peut facilement mourir d’une telle douleur ! Des rares fois, il faut également savoir que la péridurale peut être « imposée » lors du travail pour une raison médicale (dilatation du col trop lente, bébé qui fatigue…) on parle alors de pose de péridurale pour indication médicale. Mais il faut dire que le problème de l’accouchement, c’est qu’il a une durée longue et difficile à prévoir : le travail peut durer de quelques minutes à plus de 24 heures…

Comparée à l’anesthésie, qu’elle est la pratique la mieux indiquée ?

C’est clairement la péridurale. D’un il n’y a aucune douleur et de deux il y a aucune cicatrice prévue sauf si l’accouchement se complique. En Afrique elle est pratiquée qu’à 3,2% des cas. Et ce sont les cliniques qui la pratiquent fréquemment. Il y’ a également des idées reçues concernant cette pratique. La péridurale n’a pas d’effet sur la santé des nouveau-nés. C’est à souligner !

Comment démocratisée la péridurale ?

Il faut déjà l’adopter dans nos hôpitaux et en parler davantage aux patientes. Le prix peut décourager mais les assurances maladies sont là pour réduire les frais, fort heureusement. Beaucoup de femmes meurent de la douleur de l’accouchement non-maîtrisée alors que la péridurale aboutit à un vrai soulagement physique dans plus de 90 % des cas. En plus, sans aucune langue de bois de ma part, les sages-femmes maliennes sont souvent négligentes face à la douleur de leur patiente. Une femme qui supporte la douleur avec toutes les complications lorsque la femme est « en travail », au Mali, c’est plus que normal. Alors que la science a évolué, évoluons donc avec elle !

Aissata Keita,

Bamako, le 18 Octobre 2018

©AFRIBONE