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Le patron du Parti pour la renaissance nationale partage la position de l’Etat sur la non-signature des accords sur l’immigration entre le Mali et la France. Mais, apparemment, tout n’est pas clair dans ce dossier.

Invité de Christophe Boisbouvier sur RFI, mercredi matin, Tiébilé Dramé, le président du Parti pour la renaissance nationale (Parena), a salué et soutenu la décision du gouvernement qui a refusé de signer les accords sur l’immigration, un texte qu’il qualifie au demeurant injuste.

« Je demande au gouvernement de ne pas signer et de résister » , a déclaré en substance le chef des Béliers, qui estime à des dizaines de milliers les Maliens qui se trouvent présentement sur le territoire français et parmi lesquels on dénombre de nombreux « sans papiers », c’est-à-dire des personnes qui n’ont pas de titre de séjour.

Encourageant le gouvernement à ne céder à aucune pression, M. Dramé a appelé les peuples africains, dans le cadre de l’Union africaine en particulier, à s’unir contre la France et l’Union européenne, décidées à fermer leurs frontières au nez des ressortissants des pays en développement. Il a dénoncé la politique européenne du « diviser pour régner » qui, selon lui, a permis à la France de neutraliser les résistances des Béhanzin, Mamadou Lamine Dramé, Samory Touré, Babemba Traoré, Lat Dior Diop avant d’envahir et d’exploiter l’Afrique.

Pour le président du Parena, c’est cette même politique qui a encore cours près de 100 ans après quand des pays comme le Bénin, le Sénégal, le Mali, le Burkina signent séparément des accords, qui vont permettre au ministre français de l’Immigration, de l’Identité nationale et du Co-développement, Brice Hortefeux, de renvoyer chez eux des milliers de « sans papiers ». « Il est temps que l’Afrique aussi s’unisse pour résister ».

Faisant son bilan à la tête de son ministère, M. Hortefeux parle de 30 000 étrangers, en situation irrégulière, reconduits aux frontières françaises en 2008. De fait, il ne passe plus de jour sans qu’un Malien expulsé ne soit débarqué à l’aéroport de Bamako-Sénou. « On ne peut pas négocier ou signer pendant qu’on continue de renvoyer les Maliens », a souligné M. Dramé.


Des non dits

Cette prise de position de Tiébilé Dramé est la preuve si besoin est que l’opposition malienne ne fait pas que s’opposer et défend, au même titre que les gouvernants, les intérêts supérieurs de la nation.

Pour M. Dramé, il va falloir d’abord régulariser les « irréguliers » avant toute décision. Sarakolé bon teint, il sait de quoi il parle. L’afflux des capitaux des Maliens de France est estimé à 295 millions d’euros en 2005, soit 11 % du produit intérieur brut (PIB) ou 79 % de l’aide publique au développement (APD). Donner l’occasion à M. Hortefeux de reconduire aux frontières certains de nos compatriotes serait, selon lui, une bien belle façon de se faire hara-kiri. Que représentent 1500 visas pour des dizaines de milliers de Maliens « sans papiers » ?

Si chaque Etat souverain peut décider ce qui lui semble bon, il serait suicidaire, pour le nôtre, de tout accepter notamment en ce qui concerne nos ressortissants à l’étranger, dont l’apport dans le développement économique et social est considérable.


Mais le hic :
c’est que le Mali a déjà signé des accords dans le cadre du 9e Fonds européen de développement (Fed), qui prévoient le renvoi chez eux de tous ceux qui sont en situation irrégulière sur l’espace européen, en contrepartie d’aide au développement. Fallait-il signer avant de se dédire ensuite ?

Les dés sont-ils irrémédiablement pipés ? L’Etat malien pourra-t-il résister longtemps pendant que des pays voisins signent sans autre forme de procès ? Que visent réellement les gouvernants qui, décidément, ne cessent de faire des clins d’œil à la diaspora ?

Il y a lieu d’éclairer la lanterne du peuple sur toutes ces questions et les traiter au mieux les intérêts de chacun. En attendant, l’Association des Maliens expulsés (AME), qui s’est battue et se bat comme un diable, peut s’estimer fière de l’identité de vue de l’Etat, de la société civile et d’un membre influent de l’opposition malienne sur ce dossier.

A. M. T.

15 Janvier 2009