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S’il existe un dossier dont ATT fait table rase, c’est bien celui des accords de partenariat économique. En effet, notre pays qui n’a pas encore signé ces accords a le couteau de l’Union européenne sous la gorge.

Pourtant, nombre de cadres sont persuadés que nous ne sommes pas prêts à entrer dans ce nouvel ordre commercial.

Même l’Etat malien en est persuadé mais fait une fuite en avant. Il a eu le courage de ne pas signer à la date prévue, c’est-à-dire, le 31 décembre 2007 mais se rend compte de la difficulté de continuer de résister à la volonté de l’Union européenne de faire signer les accords. Notre pays projette de signer au plus tard en juin 2009.

Le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, M. Moctar Ouane a exprimé ses craintes : ‘’cela devrait se traduire par l’ouverture des marchés des Etats de l’Afrique de l’ouest – donc celui du Mali – aux produits en provenance de l’Union européenne avec pour corollaire l’exposition des producteurs de la sous région à la concurrence des entreprises européennes.

Il s’y ajoute que la libéralisation voulue engendrera des coûts d’ajustement importants auxquels les Etats de la sous région devront faire face.

C’est qu’en effet, les études d’impact de l’APE sur l’économie du Mali, en particulier sur les recettes fiscales et douanières, ainsi que les simulations d’accès au marché, dans la perspective de la conclusion de l’accord, ont toutes conclu à des effets négatifs, notamment la baisse des recettes fiscales et un effet récessif sur certains secteurs productifs nationaux.

Il va sans dire que ces conséquences de la conclusion de l’APE constituent une source de grave préoccupation pour le secteur privé, la société civile et pour les gouvernements de la sous région.

‘’ Cette déclaration a été faite lors de la Journée d’échanges sur le thème : » les Accords de partenariat économique entre l’Union européenne et les Etats ACP : enjeux et perspectives ‘’ organisé par l’Association Droit au Mali (ADM), samedi dernier, au Centre international de conférence de Bamako.

Le secrétaire exécutif de l’ADM avait cité l’article 36 de l’Accord de Cotonou qui indique que les APE doivent remplacer les préférences commerciales unilatérales accordées par l’UE aux pays ACP en supprimant progressivement les entraves aux échanges entre eux.

Ils doivent intégrer les trois dimensions suivantes : favoriser l’intégration régionale des ACP, tenir compte du cas particulier des PMA en leur donnant un traitement spécial et différencié, libéraliser le commerce entre les pays ACP et l’Union européenne sur une base de réciprocité conformément aux règles de l’OMC.

Pour M. Roland Johanson de la délégation de la Commission européenne, les raisons qui doivent conduire à la signature des accords sont dictées par le bilan mitigé de 25 ans d’application de la convention de Lomé, la persistance de la pauvreté et l’évolution mondiale qui conduit vers la nécessité d’adapter et d’actualiser le partenariat.

Il a affirmé que ce nouveau cadre permettra d’accroître la production, l’offre et les capacités commerciales, donc la compétitivité des Etats ACP.

Ces arguments, L’UE veut les imposer en espèces sonnantes et trébuchantes. M. Roland Johansen indique que l’aide globale de la CE est en forte augmentation puisque le montant du 10ème FED s’élève à 23 milliards d’euros (environ 15.OOO milliards de Fcfa) contre 13.5 milliards d’euros pour le 9ème FED.

L’UE s’engage à augmenter l’aide liée au commerce à 2 milliards d’euros par an en 2010 dont la moitié pour les ACP, en engageant les Etats membres de l’UE. L’on comprend donc pourquoi ATT garde le mutisme sur les APE puisqu’il est lié au cordon de la bourse de l’UE. Or le contexte économique qui prévaut en Afrique de l’ouest fait dire aux experts que cette ouverture fait courir à notre pays de grands risques.

Peut-on dire comme Moctar Ouane que l’APE est une source de grave préoccupation pour nous alors que notre principal bailleur de fonds juge que c’est une opportunité à saisir pour une intégration maîtrisée dans l’économie internationale ? Jusqu’où ATT pourra-t-il résister au dictat de l’UE ?


Baba Dembélé

14 Mai 2008