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Ce qui s’est passé le 23 mai 2006 dans les camps de Kidal n’est qu’une mutinerie, à la limite une insurrection menée par une poignée d’irrédentistes. Le chef de l’Etat n’avait pas besoin de s’immiscer dans sa gestion. C’était au chef d’état-major de mater les déserteurs et de faire son rapport à la hiérarchie. Et l’incident était clos. Mais, la politique s’y est mêlée et le président a courbé l’échine devant les insurgés. L’accord d’Alger constitue un précédent dangereux pour l’unité nationale et la jeune démocratie malienne qui n’est plus à l’abri d’autres insurrections de ce genre”. C’est l’analyse qu’un officier à la retraite fait du fameux accord d’Alger.
Et pourtant, on continue à nous fait croire que le président ATT a cédé une portion de notre intégrité territoriale pour nous faire “l’économie d’une guerre inutile et se consacrer à l’essentiel”. Selon ses déclarations, le chef de l’Etat a eu peur du scénario ivoirien. Il savait pourtant que l’insurrection n’était le fait que d’un petit groupe (entre 50 et 80 personnes). Il n’y avait donc aucun risque d’embrasement. Surtout que les attaques du 23 mai 2006 avaient été condamnées unanimement par toutes les couches socioprofessionnelles de la nation, surtout du Septentrion, et une grande partie de la communauté internationale.

Contrairement au cas de notre voisin du Sud, les insurgés du 23 mai dernier ne visaient pas directement un régime. Au lieu donc d’une rébellion, on a plutôt assisté à une insurrection avec prise d’otages, destruction et pillage de garnisons effectués par des soldats de l’armée régulière contre leurs camarades (hommes de troupes), la population civile et leur Etat. C’est donc l’état-major qui devait se charger de la gestion de cette affaire a priori militaire.

Dans leurs tentatives malencontreuses de justifier l’accord, on essaye de nous rassurer que le régime a privilégié le dialogue à la guerre. On comprend mal que mater une poignée d’irrédentistes puisse conduire le Mali à une guerre. Contrairement au scénario ivoirien où la rébellion avait été planifiée comme alternative au coup d’Etat du 19 septembre 2002, le Mali n’avait affaire qu’à des petits plaisantins qui ont misé sur la fragilité du général pour tenter le coup de poker. Et la chance leur a apparemment souri. Si officiellement l’autonomie de la région de Kidal ne leur a pas été concédée, ils ont obtenu plus qu’ils n’attendaient des dirigeants prêts à tout sacrifier pour se maintenir au pouvoir.

La devise nationale violée

Loin de s’inscrire dans le cadre d’un simple Pacte national, l’accord d’Alger viole la Constitution du Mali et la devise de la nation : Un Peuple-Un But-Une Foi. Au Mali, on parle désormais d’un quota particulier à accorder aux régions du Nord lors du recrutement dans l’armée et l’emploi des jeunes. L’armée doit, à la longue, se préparer à sa mue avec 50 % de “sudistes” et autant de “nordistes” comme si une nation souveraine avait besoin d’une telle discrimination géographique pour relever les défis du développement. Ne serait-ce que par cette clause de l’accord, ATT a mis l’unité nationale en péril. Il s’est donc rendu coupable de la “haute trahison” pour laquelle il aurait pu être destitué si on avait une classe politique responsable.

La nation serait-elle injuste envers ses enfants ?”, s’interroge un jeune Malien vivant en France. Il poursuit, “ceux qui prennent les armes contre leurs frères, qui sont illettrés, inconscients voire irresponsables et qui transgressent les lois de la République sont gratifiés, amnistiés et jouissent des prédispositions et dispositions particulièrement favorables. Paradoxalement, ceux qui sont pacifiques, honnêtes, diplômés et qui respectent les valeurs de la nation sont sacrifiés au nom de la paix, de la solidarité et du développement”.

La Confédération syndicale des travailleurs du Mali (CSTM) a vu juste en mettant en exergue cette trahison dont les auteurs veulent aujourd’hui maquiller en volonté de dialogue et de paix. “Le document signé à Alger constitue une jurisprudence dangereuse pour l’unité nationale, en accordant une préférence clanique et régionaliste, notamment dans ses chapitres I, II, III et IV par rapport à l’ensemble du peuple malien en général et des populations du Nord en particulier (le Pacte national concerne l’ensemble des populations du Nord)… La mise en place d’un comité de suivi obtenu par les insurgés constitue toutes des mesures ségrégationnistes et sont en violation de l’article 70 de notre Constitution que vous aviez juré de défendre”, a dénoncé la CSTM dans une correspondance adressée au président de la République. Certainement pour lui signifier qu’il ne pourra pas nous faire avaler cette couleuvre.

Le RPM exhorte les patriotes à se mobiliser

Il a presque réussi. Rares sont ceux qui osent élever la voix pour dénoncer cet accord. Au niveau de la classe politique par exemple, seul le Rassemblement pour le Mali (RPM) a eu le courage de se désolidariser de Koulouba. “Le bureau politique du Rassemblement pour le Mali en appelle à la vigilance de tous les patriotes, démocrates véritables et sincères, de notre pays, pour dénoncer et se désolidariser d’un accord qui n’est d’aucune manière une garantie pour la sauvegarde de la paix dans le Nord de notre pays”, souligne les Tisserands.

Paradoxalement, les Maliens de la diaspora sont les plus engagés dans la dénonciation de ce que certains d’entre eux appellent “la forfaiture” ou “la capitulation”. C’est ainsi que les Maliens de Paris et banlieue ont organisé une marche de protestation le 17 juillet dernier. “Lorsque l’un de ses plus grands repères déclare que les guerres que l’on gagne sont celles que l’on évite, j’ajouterais plutôt que les guerres que l’on perd sont celles que l’on déclare perdues avant même qu’elles n’aient eu lieu. Et en évitant certaines guerres, on ne fait que les différer en renforçant l’ennemi”, a pertinemment souligné l’un d’eux.
Nos compatriotes de l’Hexagone mettent surtout l’accent sur “les sacrifices consentis par le peuple malien, en intégrant certains de ses enfants dans le cadre du Pacte national, dans tous les domaines de la société. Par exemple, des camarades de la 2e année économie de l’ENA renvoyés pour insuffisances de travail se retrouvent dans l’administration comme cadres avec comme seul mérite d’avoir pris les armes contre leurs frères…”.

Comme le dénonçait un jeune internaute malien vivant en France, ce régime “a commis une faute politique grave. C’est pourquoi tous les patriotes doivent dénoncer cet accord de la honte qui crée un précédent très fâcheux dans notre histoire contemporaine”. Une faute gravissime qu’il faut réparer rapidement. Mais, personne n’ose revendiquer cela de peur d’être la prochaine victime des loubards formés et spécialisés dans l’intimidation, l’agression et la séquestration de journalistes qui ont l’audace de dénoncer les tares du régime.

Alphaly

19 juillet 2006