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Informer davantage l’opinion malienne sur les tenants et les aboutissants de l’Accord d’Alger était l’objet de la rencontre hier à la dette publique du ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales et la société civile fortement représentée. Après avoir rappelé les déplacements effectués à Kidal, juste après le Maouloud dernier, afin de recenser les préoccupations légitimes des populations de cette région, le général Kafougouna Koné a expliqué le contenu de l’Accord signé le 14 juillet dernier entre l’Etat et les insurgés du 23 mai dernier. « Cet accord comporte quatre parties dont un préambule« , a déclaré Kafougouna pour qui hormis le premier point, non négociable, portant sur une autonomie de Kidal, les autres points déjà pris en charge par le Pacte national ne posent aucune difficulté d’application. Selon lui, le Mali hier comme aujourd’hui, demeure attaché au principe de l’intégrité de son territoire.

Avec cet accord, la première question qui divisait a trouvé une résolution. Dans la mesure où, poursuit-il, dans le préambule les parties ont réaffirmé leur attachement à la troisième République, se sont engagés à oeuvrer pour l’unité du pays et pour la consolidation de la paix.

Pour les autres points relatifs, entre autres, à la reprise de la réinsertion des ex-combattants, la réintégration des déserteurs du 23 mai, la création d’unités spéciales de sécurité, de l’emploi pour la jeunesse Kidaloise, le ministre Kafougouna Koné a laissé entendre que depuis quelques années, et dans le cadre de l’application du Pacte national, ces points sont en train d’être satisfaits par le gouvernement du Mali. Le gouvernement demeure conscient que beaucoup d’effort restent à consentir pour la région de Kidal qui peine à suivre la dynamique de développement amorcé par le reste du pays, a indiqué le général Koné.

Quant à la question le plus souvent évoquée, le signataire de l’accord, côté malien, a beaucoup insisté sur les unités spéciales qui, a-t-il expliqué, viennent juste pour combler un vide securitaire. A Kidal, en effet, c’est, selon le général Koné, l’armée nationale qui a jusque là assuré le service de maintien d’ordre et de la sécurité. Toute chose qui sort totalement du cadre de ses attributions qui demeurent la protection, voire la défense du territoire national.

S’agissant du Conseil régional provisoire de consultation et de suivi il a indiqué que, contrairement à ce qu’en pensent certains, cette structure ne saurait être de trop à côté de l’Assemblée régionale qui n’a plus de vitalité depuis que ses premiers responsables, qui auraient pu être les interlocuteurs privilégies, l’ont abandonné pour regagner les insurgés. Ce conseil qui est provisoire doit aider, selon Kafougouna Koné, à mettre en oeuvre l’accord. Pour ce qui a trait au Comité de suivi, il est chargé de la mission de récupération des armes et munitions emportées, a insisté Kafougouna Koné.

Par la suite, le conférencier a mis l’accent sur les deux options qui se présentaient au Mali pour riposter après les événements. Il s’agit, selon lui de la solution énergique, militaire, très coûteuse pour le pays en termes financier et humain avec ses effets collatéraux comme l’embrasement total de tout le nord qui peut à son tour engendrer un exil massif des populations. D’une telle solution notre pays n’a nullement besoin, a déclaré le général pour qui après quatre rebellions enregistrées dans notre pays il saute à l’oeil que la solution militaire ne saurait être pérenne. C’est pour toutes ces raisons, indique-t-il, que le chef de l’Etat a invité les uns et les autres à éviter de tomber dans une certaine amalgame.
Etant entendu aussi qu’il y avait un risque d’enlisement.
Cet exposé quoique suffisamment clair n’a pas empêché certains participants à la rencontre de saisir le conférencier de leurs préoccupations. C’est le cas de Ismael Kallé de l’Association malienne pour les Nations Unies qui reproche aux autorités maliennes de n’avoir pas, à travers une conférence nationale préalable, requis l’avis des populations avant de signer ledit accord qu’il ne réfute cependant pas.

« Peut-on dire avec ces accords que le problème de rébellion touareg est définitivement résolu« , a questionné Mme Diawara, militante de l’APDF.

Président de la Coordination des détaillants, Hama Abba Cissé, tout en souscrivant à l’accord d’Alger, souhaite que sa mise en oeuvre soit étendue aux autres Communautés qui, selon lui, vivent les mêmes difficultés que les touaregs. Ceci afin d’éviter une injustice. C’est dans le même sens qu’est intervenu Maître Brehima Koné, président de l’AMDH.

Pour le défenseur des droits humains, l’Etat, dans la mise en oeuvre de cet accord doit veiller à ce que pour les aspects de droits civils et politique il n’y ait aucune discrimination « au risque de violer les lois de la République, notamment l’article 2 de la Constitution qui énonce de façon éloquente que les Maliens naissent libres et égaux en droits et en devoirs.

Oumar Diamoye

26 juillet 2006