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Il aura finalement fallu dix jours francs de conciliabules, de pourparlers, d’entretiens en aparté, de pressions diverses et tous azimuts pour que les protagonistes de la crise malienne parviennent à un accord. Un accouchement presque par césarienne, mais une délivrance quand même, à laquelle tenaient tant, comme à la prunelle de ses yeux, le docteur Blaise Compaoré et tout le gotha de la communauté internationale avec comme pour chef de file le grand chef blanc François Hollande. Et si on y tenait tant et on est parvenu à cet accord, c’est que cet arrangement pourrait simplifier et donner un brin de sérénité à la campagne, voire au scrutin présidentiel du dimanche 28 juillet prochain. Pour Bamako, et certainement Paris, il n’était nullement question d’aller à cette pêche aux voix pour la magistrature suprême sans avoir trouvé une solution acceptable à l’abcès Kidal.

Quant au Mali, quitte à livrer bataille, il n’était aucunement question de laisser de côté toute une région administrative d’environ 260 000 km2 et qui comptait officiellement 67 638 habitants (recensement de 2009) et autant d’électeurs potentiels. Visiblement, même si on est en présence d’une armée à pyramide inversée qui compte (selon les géostratèges) une bonne cinquantaine de généraux dont certains n’excellent que dans la parade, c’est-à-dire beaucoup trop d’épaules étoilées sur moins de vingt mille soldats au total, on ne pouvait guère laisser Kidal prendre trop de liberté au détriment de la République.

Maintenant que l’accord est signé, sauf imprévu dont seuls les hommes bleus semblent avoir le secret, tout devrait aller comme sur des roulettes vers l’échéance du 28 juillet 2013.

Place donc à la présidentielle. Dans cette pêche aux voix, les candidats de poids, c’est ce qui manque le moins, et ils ont pour dénominateur commun d’avoir exercé de hautes fonctions à l’échelle nationale, voire internationale et sont loin d’être des «crève-la-faim». Stoppés net dans leur volonté de jauger leur force de frappe financière et leur mobilisation autant horizontale que verticale des militants par ce vilain putsch perpétré par le capitaine Sanogo, ces présidentiables qui, par suite de cet accord ont désormais les coudées franches, sont plus que jamais mobilisés et ont pour noms :

– Ibrahim Boubacar Kéita, ancien président, ancien PM, ancien Président de l’AN;

– Soumaïla Cissé, ancien ministre des Finances, ancien président de l’UEMOA;

– Modibo Sidibé, ancien SG de la Présidence, ancien Premier ministre;

– Soumeylou Boubeye Maïga, ancien ministre des Affaires étrangères.

La principale curiosité de cette longue marche vers le Palais de Koulouba vient cependant de l’Alliance pour la démocratie au Mali – Parti africain pour la Solidarité et la Justice (ADEMA-PASJ). Majoritaire à l’Assemblée nationale, tremplin politique pour trois présidents de la République (Alpha Oumar Konaré, ATT et Dioncounda Traoré) et berceau de tous les présidentiables sus-nommés, cette machine à propulser des candidats à des altitudes présidentielles s’est contentée cette fois-ci de mettre sur la rampe de lancement le quadragénaire Dramane Dembélé.

Un illustre inconnu sur la scène politique au Mali.

Une curiosité qui pourrait coûter cher au parti créé par Konaré.

Encore que la politique ait sa logique que la raison ignore !

Boureima Diallo

Mise à jour le Mercredi, 19 Juin 2013 20:45

Source: l’observateur Palaaga