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Objet d’attention particulière des Maliens, pendant toute son évolution, l’accord bilatéral de gestion des flux migratoires, a été enfin rejeté par le Mali. Pourtant d’intense travail au corps de la France sur le Mali, avait laissé planer le doute sur l’éventualité d’un refus de Bamako. Est de cela, la visite éclair du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, le samedi 22 novembre dernier. La forte mobilisation de l’Association malienne des Expulsés et de son partenaire de la Cimade a-t-il eu raison de ce projet d’accord de reconduite aux frontières des Maliens en situation irrégulière ?

« Nous sommes au courant que depuis plus d’une année, le Mali s’était engagé dans la voie de la signature de l’accord bilatéral de gestion concertée des flux migratoires. Ce qui explique la lutte sans relâche de l’Association malienne des expulsés (AME) et de son partenaire français, la Cimade, contre la signature de cet accord », a expliqué au Républicain hier, le président de l’Association malienne des Expulsés, Ousmane Diarra.

En début de cette année, le ministre français de l’Immigration et de l’Identité nationale a effectué une visite à Bamako, pour négocier avec les autorités, la signature de cet accord relatif à la gestion concertée des flux migratoires et du développement.

Puis, le 17 juin 2008, le directeur de Cabinet de ce même département français prenait le relais à son ministre, pour la même mission. A cette occasion, l’AME a organisé devant l’Assemblée nationale à Bamako, un sit-in qui a été réprimé par les forces de l’ordre. Pas plus tard que le 22 novembre, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner bouclait les étapes de cette longue période de négociation avec le Mali. Ce samedi, arrivé nuitamment, en provenance du Tchad, Kouchner a rencontré le président ATT avant de retourner à Paris.

La question de l’accord de gestion concertée, crainte par nos compatriotes, est d’autant pluscruciale qu’elle admettrait, avec la caution de l’Etat malien, des reconduites aux frontières, de compatriotes maliens en situation irrégulière en France. Ce sujet s’est invité au devant de l’actualité, parce qu’en dépit d’une longue négociation entre le Mali et la France sur la question, l’arrivée de Bernard Kouchner au Mali et le départ d’Alou Badra Macalou, (ministre des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration africaine) pour Paris, ont eu lieu le même Samedi 22 novembre.


Les liens étaient vite établis :
les ministres vont signer à Paris cet accord impopulaire. C’est ainsi que, lundi et mardi, sans désemparer, les associations de soutien aux immigrés ont multiplié les manifs à Paris pour mettre en garde contre la signature d’un tel accord. Selon notre correspondant à Paris, Dominique Rostini, l’objet de la présence du ministre des Maliens de l’Extérieur à Paris serait la Conférence euro-africaine sur le développement et les migrations qui a eu lieu le 25 novembre. « Après vérification auprès du ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale, aucun accord n’a été signé entre Macalou et Hortefeux, mais ils se sont vus le 24 novembre », précise le correspondant du Républicain à Paris.

De son côté, le président de l’AME, Ousmane Diarra nous a certifié de la poursuite des manifestations à Paris, le 25 novembre. Son sentiment est que l’accord sur l’immigration doit être un accord participatif, c’est-à-dire, avec l’implication des immigrés et des associations de migrants. « Le Mali ne doit pas s’engager dans un accord qui n’est pas à l’avantage de ses citoyens », souligne le président de l’AME.

Par ailleurs, le Secrétaire général du Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur, Oumar Bocar Maïga, trouve qu’il n’y a pas mieux qu’un accord pour gérer les flux migratoires, si le Mali et la France pouvaient y parvenir. Cela permettrait selon lui, d’améliorer les conditions de vie de nos compatriotes et de contrôler la situation migratoire qui est un casse-tête pour l’Etat malien et les Français.

Oumar Bocar Maïga a reconnu qu’un tel accord aura pour conséquence d’amener nos compatriotes à se régulariser, mais, qu’il peut amener aussi les expulsions massives de ceux qui ne sont pas en situation régulière. « Je pense que dans un cadre global, l’Etat comprendra qu’il faut gérer tout ceci. Les exigences ont été qu’il faut régulariser d’abord tous ceux qui étaient sur place, et ensuite appliquer la mesure à ceux qui iront prochainement en France », explique-t-il. Aujourd’hui, dit-il, les difficultés sont dans tous les pays, la question migratoire est sensible pour tous les pays. « Dans ce cadre, il est mieux que l’Etat ait une politique de l’immigration, mais de sorte à intéresser les jeunes à avoir de l’emploi chez eux. C’est la meilleure façon de lutter, parce que l’émigration ne pourra jamais cesser. Mais on peut le réduire très fortement », a-t-il ajouté.

Hier et avant-hier, les journaux comme le Monde et Libération ont fait état de la résistance du Mali face à la pression de la France pour qu’il signe l’accord en question. « Pressé par Paris, le Mali refuse de signer un accord facilitant les reconduites à la frontière », titrait le monde. Tandis que pour Libération, « Le Mali ne veut pas faire de cadeau à Hortefeux ». Nous y reviendrons.

B. Daou

29 Novembre 2008