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Dans une déclaration, largement diffusée au forum des Peuples de Koulikoro, Ousmane Diarra, Président de l’Association Malienne des Expulsés (AME) s’insurge contre le marchandage par l’Etat malien des expulsions de Maliens de la France.

Selon Ousmane Diarra, depuis le 17 juin 2008, avec le dernier passage au Mali de Patrick Stephanini, directeur de cabinet du ministre français Brice Hortefeux, le gouvernement malien est entré dans une phase de marchandage malsain des expulsions de ses ressortissants émigrés en France.

Le Mali s’est placée dans la position de faire de l’immigration choisie de Sarkozy une immigration concertée”, a-t-il dénoncé.

Les responsables de l’AME sont confortés dans cette conviction par les résultats de la dernière visite au Mali du bras droit du ministre français chargé des expulsions. Ousmane Diarra estime qu’il est venu au Mali pour faire accepter l’offre française d’un “accord de gestion concertée des flux migratoires entre les deux pays”.

Selon lui, une fois au Mali, Patrick Stephanini a fait mine de reconnaître “ l’extrême sensibilité et la délicatesse de la question de l’émigration”. Ousmane Diarra a révélé que l’émissaire a expliqué que l’offre qu’il venait soumettre à l’Etat malien traite de “l’immigration professionnelle ciblée, la lutte contre l’immigration irrégulière et du lien entre l’immigration et le développement”.

En ce qui concerne “l’immigration professionnelle ciblée”, il a estimé que les autorités françaises tentent d’acheter la complicité des autorités maliennes pour qu’ils acceptent de délivrer des laissez-passer qui faciliteraient l’expulsion de tout “sans papier”, reconnu d’origine malienne ou ayant simplement transité par le Mali.

Le business n’est rien d’autre que tu réadmets sur ton territoire tous les sans-papiers que la France souhaite expulser, et en échange, je t’ouvre mon marché du travail”, a-t-il déclaré. Avant d’ajouter que les termes de ce marchandage abject font fi des droits à la circulation et au séjour d’environ 120 000 Maliens vivant en France et des éventuels candidats au voyage.

Il a rappelé qu’en mars 2008, lors de la dernière session du comité mixte franco-malien à Paris, Patrick Stephanini a proposé une ouverture minimale au Mali du marché de travail français, soit 55 métiers, alors que l’accord signé en février entre la France et le Sénégal portait sur 108 métiers.

« La délégation malienne ne pouvait pas décemment accepter moins, a dit non », a-t-il révélé. Avant d’indiquer que tout va désormais dépendre du niveau d’augmentation des offres françaises comparativement à celles faites au Sénégal, au Bénin, à la RDC et au Gabon, états avec lesquels la France a déjà signé des accords de réadmission.

Selon les responsables de l’AME, les experts maliens sont actuellement en conclave pour statuer sur l’offre française. « Le 21 octobre 2008, en marge de la 2ème rencontre euro-africaine sur les migrations, notre pays devra donner une réponse à Stephanini », a-t-il conclu.


Assane Koné

14 Juillet 2008