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Les accords de partenariat économique entre l’Union Européenne et les 77 pays du groupe Afrique Caraïbes devraient entrer en vigueur au plus tard le 1er janvier 2008, date ultime autorisée par l’Organisation Mondiale du Commerce pour le maintien des accords préférentiels actuels.

Suite à la non satisfaction des préalables, la signature des accords est incertaine puisque ces accords équivaudraient à programmer la mort de l’économie africaine.Un accord de partenariat économique entre l’Union Européenne et les 77 pays ACP devrait mener à l’établissement d’arrangements de zones de libre échange, compatibles avec les règles de l’Organisation Mondiale du Commerce.

Une comptabilité avec l’OMC veut dire que ces arrangements doivent porter sur à peu près le commerce entier, n’excluant aucun secteur et pour une période transitoire de 10 ans, ou une période plus longue dans les circonstances exceptionnelles. Mais de nombreux points d’incertitude existent.

Les supposes avantages

Ensuite les positions des deux parties sont discordantes au sujet des règles de l’OMC. En effet, l’UE estime que les règles existentes permettent assez de flexibilité, tandis que les ACP insistent sur le besoin de les modifier. L’argument selon lequel les APE induiraient des économies d’échelle au bénéfice des économies africaines n’est pas du tout convaincant.

Les gains en question ne peuvent être obtenus que si des mesures sont mises en place visant à aider les pays ACP à vaincre d’une manière totale, les contraintes sur l’offre en produits élaborés auxquelles ils font face actuellement.

Ainsi, les soi-disant avantages liés aux spécialisations ne tiennent pas la route. Et puis, dans quels domaines les pays ACP seront-ils encouragés à se spécialiser ?

Des handicapés

L’augmentation escomptée des investissements ne se réalisera pas non plus, car beaucoup de pays ACP se trouvant loin des grands marchés, ont des infrastructures routières très pauvres, n’offrant pas assez de services publics plus efficaces, ont des capacités d’offre limitée et sont confrontés à de sérieux problèmes de ressources humaines.

Ensuite, il est clair que les APE augmenteront les exportations de l’UE vers les marchés ACP, mais pas nécessairement celle des ACP vers l’UE.

De ce fait, le commerce ACP-UE augmentera sous les arrangements APE, mais au profit unilatéral des exportateurs de l’UE et des consommateurs et commerçants internationaux, plutôt que de promouvoir un développement et une transformation structurelle des pays ACP.

Dialogue politique pour s’entendre sur le partenariat

Il faut nécessairement que les parties aient une compréhension commune des APE et harmonisent plusieurs sujets avant leur signature.

Pour les producteurs, la compréhension de l’article 24 va dans le sens d’obtenir la flexibilité nécessaire dans la définition des zones de libre échange, de façon à ce que tous les produits agricoles sensibles soient exclus de la libéralisation et que tout ceci soit compatible avec les règles de l’OMC.

Le grand symbole de dysfonctionnement du commerce international et des impacts désastreux sur nos économies est représenté par les subventions et soutiens des pays du Nord dont l’UE.

Quel APE pour une véritable souveraineté alimentaire ?

Pour relever le défi de l’agriculture en Afrique, l’on pense souvent à l’agrobusiness. L’agrobusiness doit être la possibilité des producteurs de faire du business avec leurs produits agricoles et n’ont pas le développement des grands pour tuer les petits, or c’est ce qui se fait.

Et pourtant, dans nos pays, l’agribusiness n’utilise que 0,6% de la population rurale et ne représente que 1,8% de la production nationale. Tous les modèles d’agrobusiness proposés ont été exclusifs.

Des centaines de millions de paysans de pays émergeants ont été exclus de leur champ et sont venus investir le champ du petit commerce dans nos pays africains en tuant la petite et moyenne entreprise naissante de notre secteur privé.

Pour réduire le coût des transactions et favoriser l’intégration régionale, il faut une augmentation de l’offre en produits agricoles. Ceci touchera 75% de la population rurale et réduira ainsi la pauvreté.

Il faut donner la priorité à la mise en oeuvre effective de politiques pour une souveraineté alimentaire avec les objectifs qui sont : l’accroissement de la production, de la productivité et de la compétitivité de l’agriculture avec la modernisation et la sécurisation des exploitations familiales.

Tels sont aussi les objectifs de la politique agricole de la CEDEAO que les organisations paysannes partagent. Les impacts des APE sur les consommateurs en milieu rural, sur l’emploi, sur l’environnement seront catastrophiques sans ces renforcements de capacités.


Construire le marché régional d’abord

Avant toute signature des APE, il faut construire le marché régional. Cet impératif requiert une solide et pérenne articulation entre l’UEMOA et la CEDEAO, l’osmose et la stabilisation de marchés qui ont l’inconvénient de prix trop instables, surtout en ce qui concerne les produits agricoles.

Il importe également de crédibiliser et de stabiliser les politiques qui souffrent, notamment, d’un grand décallage entre la prise de décision et le degré d’application. Il faut également finaliser dans de bonnes conditions.

L’idée est de mettre en place une protection différenciée et adaptée à la situation du moment, pour la compensation des distorsions induites par le dumping, la correction des instabilités préjudiciables aux populations vulnérables ainsi que la protection des investissements de nos filières agricoles. Il ne faut pas signer les APE sans les préalables cités plus haut.


Mamoutou DIALLO (Stagiaire)

22 Mai 2008