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L’accord de Ouagadougou que le gouvernement malien de transition a signé mardi dernier avec les groupes autonomistes du Nord pourrait se révéler une vicissitude politique. Un marquage serré peut d’ores et déjà commencer pour les parties signataires tant les points essentiels sont laissés en suspens.

Après plusieurs jours d’intenses tractations, le gouvernement malien de transition et les mouvements rebelles qui contrôlent Kidal sont parvenus à un accord mardi dernier à Ouagadougou au Burkina Faso. Le document de 12 pages et 25 articles est un « accord préliminaire à l’élection présidentielle et aux pourparlers inclusifs de paix au Mali« . Sa signature a suscité de nombreuses réactions empreintes à la fois d’optimisme et de réserves.

Toujours est-il que le deal, qui est censé conduire à une paix définitive entre l’Etat central et les principaux groupes sécessionnistes du Nord, revêt un caractère historique pour le Mali. Il annonce l’ouverture d’une nouvelle ère de communion et de tentatives de concrétisation de promesses solennelles dans une République durement éprouvée par une crise politico-sécuritaire sans précédent dans son histoire.

Véritable sujet à débat aujourd’hui, l’accord de Ouagadougou pourrait être le remède à des préoccupations largement partagées au sein de l’opinion malienne tandis qu’il y a également des chances qu’il ouvre la voie à des pièges mortels.

L’un des objectifs du gouvernement de transition est l’organisation de l’élection présidentielle à la date du 28 juillet 2013 sur toute l’étendue du territoire national. Pour y parvenir, l’administration et l’armée malienne doivent signer leur grand retour dans la 8e région. L’accord de Ouagadougou a tracé les grandes lignes de la matérialisation de cette retrouvaille. C’est ainsi qu’une commission hybride composée de militaires maliens, de ceux des rebelles ainsi que des représentants de parties extérieures impliquées dans la gestion de la crise malienne a été mise en place.

Conformément à l’accord, cette commission a entamé ses travaux mercredi et jeudi derniers dans la capitale burkinabé. Et selon des témoignages de participants à ces rencontres, les deux parties s’attellent à créer rapidement les conditions de cantonnement des groupes armés rebelles et de l’arrivée de l’armée malienne dans la zone.

Ce qui est d’autant plus important que sans la réunion des conditions sécuritaires minimales consécutive au redéploiement de la Grande muette à Kidal, l’administration, particulièrement celle chargée de l’organisation de l’élection, ne pourra pas retrouver la région. L’on sait que la prise de fonction du nouveau gouverneur de Kidal, le colonel d’aviation Adama Kamissoko, est conditionnée à l’arrivée de militaires maliens dans sa région d’affectation.

Sous tutelle ?

Même si le redéploiement de l’armée et de l’administration malienne à Kidal a l’air d’une prouesse pour le gouvernement de transition, il ne comporte pas assez de garanties. Le cantonnement de leurs combattants pourrait offrir au Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et au Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA) une occasion de présenter des simples citoyens déguisés en lieu et place de véritables troupes qui se replieraient dans d’autres endroits stratégiques de la ville de Kidal. Une éventualité à laquelle les autorités maliennes doivent réfléchir dès maintenant.

Surtout que l’accord de Ouagadougou ne prévoit pas un désarmement immédiat des groupes séparatistes. Or, si le deal garantit l’intégrité territoriale et la primauté de l’Etat du Mali, ce dernier a le devoir d’assurer la sécurité de ses citoyens en débarrassant, entre autres, tous les bandits de leurs armes.

Le président de la République, Dioncounda Traoré, qui, pendant les négociations, s’était montré intransigeant sur le désarmement instantané du MNLA, a dû céder à la pression de la communauté internationale, spécifiquement de son « ami« François Hollande. A ce niveau, l’une des rares solutions qui restent pour Bamako est de procéder à un déploiement significatif des militaires maliens à Kidal en accord avec les autres parties signataires de l’accord de Ouagadougou. Il faudrait donc éviter l’erreur monumentale que le défunt régime d’ATT a commise en acceptant de « démilitariser« Kidal suite à l’Accord d’Alger de 2006.

Irrémédiablement, Kidal sera une patate chaude entre les mains du prochain chef de l’Etat issu du scrutin présidentiel de juillet prochain. Les Maliens auraient souhaité que cette question de groupes autonomistes soit gérée une bonne fois pour toutes et que le président de la République issu des urnes se consacre à l’immense chantier de la reconstruction nationale. Cependant, l’accord « préliminaire« de Ouagadougou prévoit que 60 jours après l’élection présidentielle, le nouveau n°1 de la nation engage un dialogue constructif avec les rebelles du Nord dans le but de définir le « statut administratif de l’Azawad« .

Ce qui suppose que le MNLA et ses alliés pourraient revenir plus forts dans quelques mois. Un retour à la case départ ne serait donc pas à écarter. En acceptant l’inclusion d’un article sur le statut de l’Azawad dans l’accord, Bamako a peut-être donné un blanc-seing aux sécessionnistes sur les tenants de leurs mouvements. L’Etat étant une continuité, le nouveau président devra faire face à cette partie houleuse de l’accord.

Il est à craindre que le MNLA et le HCUA ne montent sur les grands chevaux en cas de non-satisfaction. Une possibilité à ne pas écarter quand on sait que ceux-ci sont nantis de soutiens de poids… dans la sous-région et en Occident.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

Les Échos du 21 Juin 2013