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L’histoire retiendra que c’est le 18 juin qu’ont pris fin les hostilités entre l’Etat malien et le Mouvement national de libération de l’Azawad et le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (MNLA/HCUA). L’accord signé a un caractère inclusif impliquant les groupes armés pour le désarmement, le cantonnement et le retour de l’armée et de l’administration dans la ville de Kidal en vue de la présidentielle du 28 juillet.

Ouvertes le 8 juin 2013 à Ouagadougou, sous la présidence du médiateur de la Cédéao, Blaise Compaoré, président du Burkina Faso, les négociations entre le gouvernement du Mali et le MNLA/HCUA se sont soldées le mardi 18 juin par la signature d’un accord intérimaire de paix. Dans l’accord, signé sous l’égide de la communauté internationale, sont aussi parties prenantes la Coordination des mouvements et forces patriotiques de résistance (CMFPR) et le Mouvement arabe de l’Azawad (MAA), engagées toutes les deux dans une alliance.

La cérémonie qui s’est déroulée dans la salle polyvalente de la présidence du Faso à Kossyam a duré plus de deux heures. Elle a débuté par la lecture intégrale du projet d’accord par le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale du Burkina Faso, Yipèné Djibrill Bassolé. Cette lecture a précédé une série de discours ouverte par le colonel Moussa Sinko Coulibaly, ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de l’Aménagement du territoire, représentant le ministre de la Défense et des Anciens combattants, le général Yamoussa Camara.

Selon le ministre Coulibaly, « la signature de cet accord démontre la ferme volonté du gouvernement malien d’instaurer un climat de paix et de stabilité ». Mahamadou Djéri Maïga, le président du MNLA, a affirmé pour sa part que « c’est le point de départ pour rebâtir une nation avec ses différentes composantes ethniques. Nous invitons les uns et les autres à retrouver le chemin de la paix ».

Le représentant du médiateur associé, Goodluck Jonathan, le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU, ceux de l’UE et de l’UA ont salué cette volonté d’aller à la paix définitive. Ils ont promis de s’investir pour soutenir la dynamique enclenchée dans ce sens.

Le médiateur de la Cédéao, le président Blaise Compaoré, a félicité les différentes parties et s’est félicité de ce qu’il a qualifié « de caractère équilibré, réaliste, pragmatique » de cet accord et qui, selon lui, « crée les conditions politiques et sécuritaires essentielles pour la tenue de la présidentielle, point fort du processus de mise en place des institutions légitimes, démocratiques et stables en République du Mali ».

Le médiateur a ajouté que « le même accord ouvre la voie à des pourparlers inclusifs pour la paix définitive, la sécurité sur toute l’étendue du territoire national, la réconciliation de la nation malienne avec elle-même, l’avènement et la consolidation d’une bonne gouvernance dans toutes les composantes politique, économique, sociale et culturelle ».

Après quoi la signature de l’accord s’est déroulée en deux phases. Une première phase a eu lieu entre le gouvernement, le MNLA/HCUA, le médiateur du Faso et la médiation internationale. A ce niveau, côté malien, le texte a été signé par le colonel Moussa Sinko Coulibaly. Bilal Ag Achérif a signé pour le MNLA et Ibrahim Ag Intallah pour le HCUA.

La deuxième phase de signature est intervenue après un temps de suspension. La déclaration d’adhésion à l’accord a été signée par Me Harouna Toureh, coordonnateur général de la CMFPR, et Mohamed Ould Mohamed, secrétaire général du MAA. Me Toureh qui a parlé au nom de l’alliance a indiqué que leurs groupes ont adhéré à l’accord intérimaire devant la communauté internationale pour le respect de l’intégrité territoriale.

La cérémonie a pris fin par une dernière intervention du médiateur de la Cédéao, Blaise Compaoré, qui a promis de s’engager pour le respect de l’accord et a invité chacune des parties à faire don de soi.

Abdrahamane Dicko

(depuis Ouagadougou)


Ils ont dit

Bert Koenders (représentant spécial du secrétaire général de l’Onu pour le Mali) :« Je félicite les parties d’avoir mis leurs différends de côté en signant cet accord basé sur la résolution 2100 des Nations unies. Le Conseil de sécurité de l’ONU tiendra sa prochaine session sur le Mali le 25 juin prochain. Je suis encouragé par l’engagement des parties pour la paix. La communauté internationale est aux côtés du peuple malien ».

Major Pierre Buyoya (représentant spécial de la Commission de l’UA) :« Je salue les Maliens pour le geste historique qu’ils viennent de poser. Il s’agit d’un pas important pour la réconciliation nationale au Mali. Cet accord est on ne peut plus important dans la mesure où il met en œuvre les principes de base de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale, de la laïcité et de la forme républicaine de l’Etat, chers à l’Union africaine (UA). La mise en application de la feuille de route de l’UA ; à savoir : l’élection présidentielle et la tenue du dialogue et de la réconciliation nationale a été suivie de près. J’encourage les parties à faire preuve de courage et de volonté politique ».

Michel Reyverend de Menthon (haut représentant de la Commission de l’UE) :« Le processus a révélé un besoin d’unité et de paix, une preuve d’unité de la part de tous ceux qui ont signé cet accord. Le plus important est la mise en œuvre des engagements pris. Il faut aller vite à l’élection présidentielle et au processus de dialogue et réconciliation nationale déjà enclenché. L’Union européenne et l’ensemble de la communauté internationale continueront à soutenir tous les efforts ».

Tiébilé Dramé (émissaire spécial du président de la République pour le Nord) :« Les balises de la paix sont posées. Ceux qui avaient hier combattu le Mali acceptent de déposer les armes pour que tous ensemble, nous discutions de ce que nous pouvons faire. Aujourd’hui, ils admettent qu’ils se sont trompés et qu’ils rentrent dans la République. A ce moment-là, la Commission dialogue et réconciliation (CDR) prendra le relais sans délai, pour créer les conditions de ce vaste dialogue inter malien, qui doit nous permettre d’avancer ».

Moussa Ag Attacher (porte-parole du MNLA/HCUA) :« A partir du moment où nous nous plaçons dans un processus dans lequel nous reconnaissons un certain nombre d’aspects politiques, juridiques, relatifs au Mali, je crois qu’aujourd’hui, on doit se reconnaître dans le Mali. Un Mali que tout le monde est en train de travailler pour mettre en place pour que chaque Malien et chaque Malienne se reconnaisse dedans. Ne soyez pas surpris si dans un passé récent des personnes ne se reconnaissaient plus à travers dans le Mali qu’elles voyaient, ce n’était pas au nord seulement qu’il y avait ce sentiment, il y en avait aussi au sud. On doit dépasser ce sentiment et aller dans le sens du processus tel qu’il a été enclenché aujourd’hui à travers l’accord préliminaire qui est le point départ vers des négociations de fond et vers une stabilisation, une réconciliation et une paix durable pour tout le pays et la région. Ce jour est un jour solennel ».

Me Harouna Toureh (coordinateur général de la CMFPR) :« Nous ferons en sorte que cet accord soit respecté jusqu’au bout. La condition que nous posions est que les groupes terroristes armés désarment, c’est un acquis. Nous nous inscrivons dans la voie du dialogue pour que la paix règne dans notre pays ».

Rassemblés par

Abdrahamane Dicko

20 Juin 2013