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C’est la très sérieuse BBC Afrique qui l’a annoncé dans son bulletin de 7 heures, hier lundi 23 juin : depuis ce même jour jusqu’à mercredi prochain, les bandits armés de la région de Kidal, qui ont miraculeusement échappé à la puissance de feu des troupes placées sous le commandement du Colonel El Hadj Gamou pour se réfugier dans un premier temps à Tamanrasset, tiennent assises à Alger.

La radio britannique basée à Londres, citant le ministre algérien chargé des Affaires Maghrébines et Africaines, a motivé cette rencontre par la nécessité pour les bandits armés, issus de groupuscules disparates, de se structurer pour harmoniser leurs positions et parler d’une seule voix lorsque s’ouvriront les négociations avec Bamako pour la mise en œuvre de tous les aspects de l’Accord d’Alger du 4 juillet 2006.

A priori on peut s’étonner, voire s’indigner de voir l’Algérie recueillir sur son sol, nourrir, héberger, soigner des déserteurs de l’armée malienne qui ont retourné leurs fusils contre leurs frères d’armes, souvent de sang, pour les massacrer et volé du matériel militaire. Mais à y voir d’un peu plus près, notre grand voisin du nord a l’excuse d’inscrire son action dans le cadre de l’Accord d’Alger.

Il en est le garant, le facilitateur et même le co-gestionnaire et tant que le Mali n’a pas dénoncé, mieux, continue à déclarer par sa voix la plus autorisée que «l’Accord d’Alger reste l’unique cadre de référence pour des discussions» Alger est parfaitement dans son rôle de porter aide et assistance à l’une des parties en détresse.

A Bamako donc de sortir de l’ambiguïté qui caractérise son attitude face au dossier de Kidal.

D’un côté, après bien des errements et des atermoiements, elle a fini par donner le feu vert à l’armée pour réaliser sa «mission de restauration de la paix et de sécurisation des personnes et des biens» selon la terminologie officielle.

Une mission qui semble se dérouler sous les meilleurs auspices si l’on en juge par le retour de la tranquillité sur toute l’étendue de la région de Kidal. De Tinzawaten à Tegargaret, repaire traditionnel des bandes armées.

Le bon sens voudrait donc qu’on laisse l’armée conduire à bout l’opération de ratissage qu’elle a entreprise pour «un retour rapide à la paix» comme le souhaitent les députés.

De l’autre côté, le gouvernement continue à reconnaître toute sa validité à l’Accord d’Alger pourtant tombée en obsolescence d’un point de vue pratique.

Du coup, les bandits armés, malgré tous les crimes qui font d’eux de vrais gibiers de potence, s’imposent à lui comme des interlocuteurs non désirés.

Reste à savoir de quoi les deux parties vont discuter, une fois que Alger aura créé les conditions de la rencontre. Si l’on en croît le président Amadou Toumani Touré, quinze des dix-huit points de l’Accord d’Alger ont été satisfaits.

Sur les trois qui restent, la mise en place du Fonds de réinsertion socio-économique pour les jeunes de Kidal est le point le plus important. L’argent. Où ATT ira-t-il le prendre quand l’Etat, aux ressources déjà bien limitées, est obligé de subventionner le riz, les hydrocarbures, en plus de l’eau et de l’électricité ?

Autres sujets délicats : les bandits vont réclamer l’amnistie pour tous les crimes de sang et autres qu’ils ont commis et leur retour dans l’armée pour les déserteurs, des pécules de réinsertion pour les autres dont Bahanga lui-même. Comme dans les années 90. Et, dans cinq ou dix ans, le même scénario se répétera.

Saouti Labass HAIDARA

24 Juin 2008