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Les gros-porteurs continuent de semer la terreur à Bamako malgré l’existence de texte qui limite pourtant leur circulation dans le temps et dans l’espace.

Le bilan des deux accidents de la route survenus, il y a une dizaine de jours sur la RN 6 (route de Ségou) et à Bamako au niveau du passerelle des piétons du Quartier-Mali a été lourd : il y a eu plus d’une vingtaine de morts et plusieurs blessés. Ces drames ont remis sur le tapis le débat sur l’insécurité routière dont la responsabilité, au-delà de l’indiscipline des usagers de la route, incombe surtout à l’Etat.

Le commandant adjoint de la Compagnie de circulation routière (CCR), le commissaire Modibo Kéita, qui a coordonné l’opération de secours aux victimes de l’accident du dimanche 1er août 2010 au Quartier-Mali, a levé la voile sur le laxisme de l’Etat à propos de la circulation des gros-porteurs dans la ville de Bamako.

Sur le ton de colère, il a rappelé que réglementairement les gros-porteurs ne sont autorisés à circuler dans la ville qu’entre minuit et 6 h du matin les jours ouvrables. Par contre, le week-end, ils sont autorisés de 10 à 16 h.

Le policier venait de jeter une pierre dans le jardin des autorités qui, face aux pressions des syndicats de transporteurs, ont fermé les yeux sur les mesures de restrictions qu’elles avaient édictées.
Et pourtant les pauvres innocents continuent de mourir à cause de la faiblesse des autorités du district à imposer un règlement qui fera certainement le salut des bamakois confrontés au casse-tête des gros-porteurs.

Dissuasion

 » La dernière fois, lorsque la mesure est entrée en vigueur, les gros-porteurs ont fait la grève. J’ai écrit au maire pour lui demander de surseoir à son application. Mais, ces derniers temps les gros-porteurs ont causé plusieurs accidents. Face à cette situation, nous avons décidé de lever la suspension car il s’agit de préserver la vie des citoyens ».

Ces propos sont du gouverneur de Bamako Ibrahim Féfé Koné. Ils témoignent tout le laxisme qui prévaut dans la limitation de la circulation des gros-porteurs.

L’adjudant de police Bréhima Sissoko du commissariat du 4e arrondissement, qui a fait le constat de l’accident mortel du 1er août de Quartier-Mali, confirme que la cause du drame est liée à une défaillance du système de freinage du gros-porteur impliqué.

Celui-ci après avoir été à la base d’un carambolage a tué sur le coup deux personnes.
Le laxisme de l’Etat est palpable également au niveau de la visite technique des véhicules assurée par un établissement privé : Mali Technique Système (MTS).

Les automobilistes démentiront difficilement la pratique frauduleuse qui prévaut au MTS ou il suffit souvent de glisser un billet de 2000 F CFA pour que des agents déclarent votre engin en bon état de marche. Des milliers de voitures défaillantes continuent d’emprunter nos routes.
Les policiers font de leur mieux malgré tout ce que l’on peut leur reprocher en matière de racket.

Car, imaginons un instant la circulation de Bamako sans agent : ce serait la chienlit totale. Or, leur seule présence a un effet dissuasif sur le comportement des usagers de la route.

 » Il nous faut trouver la bonne formule pour les empêcher de faire autant de dégâts qu’ils le font présentement », suggère, dépité, le commissaire Kéita convaincu qu’il urge d’appliquer l’arrêté n°25/M-DB du maire du district portant réglementation de la circulation et du stationnement des gros-porteurs dans le district de Bamako.

Amadou Waïgalo

12 Août 2010.