Partager

Les Etats nient cette cruauté agressive des populations africaines par leur comportement et attitude dans la civilisation technologique automobile parce qu’aucune nation n’acceptera que ses propres fils soient les derniers de la planète des hommes, de même que toute vérité n’est pas bonne à expliciter…

Mais lorsque le mal devient pernicieux, il faut l’extirper avant la gangrène, parce que c’est comme cela que nous vivons dans des morts bonnes ou mauvaises, publiques ou privées. Et justement à ce propos, le docteur Got disait que « Les morts accidentelles de personnes connues sont ressenties comme une perte par une collectivité qui appréciait l’apport de ces individus au groupe.

Quand un anonyme qui est plus important que tout autre personne pour ses proches, un enfant, un mari, une mère, disparaît à la suite d’un accident de la route, l’évènement relève de la douleur privée. Les proches vont ressentir cette disparition à sa juste valeur, mais son retentissement ne dépassera pas leur cercle, quelques lignes dans un journal local traduiront pour la collectivité ce fait divers dans des termes répétitifs qui ôtent toute valeur personnelle à ce drame ».

Pour notre part, nous dirons que lorsqu’une célèbre personnalité meurt dans un accident de la circulation en Afrique, c’est toute la société qui en parle avec des suppositions et rumeurs les plus fantasques les unes que les autres. La collectivité appréciait surtout ses efforts financiers.

Il y a du beau monde pour l’accompagner dans sa dernière demeure ; les radios en parlent, la télévision nous balance l’information au plus profond de nos humeurs d’être mortel ; elle ira jusqu’à filmer en direct ou en différé les images de l’enterrement ; les journaux relatent l’événement.

L’oraison funèbre ne lui reconnaît que des qualités de son vivant. On oublie tout ce qu’il avait pu faire de pas très catholique. Cette mort-là est privée et vaut tout son pesant d’or.

Les simagrées et les salamalecs d’hypocrisie au-dessus des tombes dessinent le tableau pathétique de tous ces individus compatissant à la douleur des proches. Ils se l’approprient, cette douleur devenue subitement un plaisir inexplicable, dans leur attitude et par leur comportement dans le dangereux jeu social de l’insincérité macabre.

Lâcheté ? Peur des hommes ? Peur de la mort ? Crainte ou défi lancé à Dieu ? Toujours est-il que les commentaires iront bon train dans l’assemblée mortuaire. L’inconnu tué sur une route aura sa belle mort publique dans le silence de la quasi-totalité de ces moyens de communication et quasiment dans l’indifférence et l’anonymat au sein de notre société. Seuls ses proches l’accompagnent dans sa dernière demeure.

La société, même si elle est au courant, ramène cette perte dans son humanisme pour tranquilliser sa conscience collective afin de vite oublier le malheur humain. C’est cela même notre mort publique en Afrique.


L’accident

Lorsque l’accident de la voie publique survient, les mêmes facteurs ne produisant pas les mêmes effets, la réaction humaine étant diverse, font que la même cause ne produit pas l’accident identique.

L’histoire donc ne se répète pas au volant de la voiture ! D’où sa particularité d’une culture à une autre, d’un lieu à un autre et du niveau de vie des individus dans un même endroit avec une même population. C’est pourquoi nous parlons des principes d’accidentologie et de l’insécurité routière au Mali et nulle part ailleurs.

L’accidentologie résumée, reste cernée dans l’étude des conditions, des facteurs, des causes et des suites d’accidents de la voie publique. C’est donc une activité qui a pour objet l’étude des accidents dans un environnement d’accidentéisme routier et d’insécurité routière.

Elle fait appel à la traumatologie et à l’orthopédie dans la prise en charge des victimes d’accidents et de l’insécurité routière. Elle touche plusieurs disciplines scientifiques allant de la médecine à la biomécanique des masses et des fluides, la technologie automobile, la justice, l’environnement et l’économie…

L’activité est dite interdisciplinaire et prend essentiellement sa signification dans l’analyse des accidents et de leurs conséquences tenant compte de leur épidémiologie et de la typologie, des lésions et des handicaps, des coûts économiques, de la prévention et de la protection des individus, voire d’autres paramètres inclusifs d’exclusivité factorielle.

Il serait plus opportun de mettre en œuvre un programme pluridisciplinaire de prévention des accidents et de lutte contre l’insécurité routière. Ce concept est plus ambitieux et rationnel qu’un programme multisectoriel généralement vorace en finances et soumis aux contraintes et lourdeurs administratives des décideurs politiques, bien loin du réalisme des expertises collégiales.

Ne nous embourbons pas dans des contraintes de financements lourds incertains ou inaccessibles. Parlons plus adéquatement d’un programme gouvernemental de sécurité routière car le programme multisectoriel engage plusieurs secteurs en rapport direct ou indirect avec la circulation mais qui n’ont pas d’efficacité prouvée sur l’insécurité routière.

Ce n’est pas en révolutionnant les transports dans un pays que nous pouvons faire baisser l’insécurité routière et le nombre des accidents pas plus qu’en construisant des routes. Le développement des routes au Mali a entraîné paradoxalement une augmentation de l’indice de dangerosité de la circulation ainsi que le nombre des accidents et des victimes.

Il faut se focaliser sur l’accident, la victime, la loi, le citoyen, la sécurité préventive et la sécurité curative ainsi que sur l’automobile pour apporter des solutions, des corrections et des améliorations sectorielles en rapport et non l’inverse.

L’une des meilleures structures au monde et l’une des plus performantes organisations en matière de prévention et de lutte contre l’insécurité routière nous apprennent qu’en la matière « Eviter les accidents n’est qu’un élément de stratégie, si l’on veut éliminer les accidents mortels et les blessures graves.

En centrant le suivi sur les résultats en termes de préjudices subis au lieu de le faire sur l’accident, le problème se présentera différemment et des contre-mesures nouvelles pourront être élaborées ». (Swedish Injury Prevention/Régistre du Rhône Rapport UMRESTTE n°0506/mai 2005)

L’incident

L’accidentologie, notons-le cependant, est beaucoup plus vaste que cet énoncé raccourci Et comme le disaient nos aïeuls latins « Errare humanum est, sed perseverare diabolicum est ». En haut et nous verrons pourquoi durant notre ballade savante.

Dans une approche philosophique grecque, l’accident s’oppose à l’essence. Il est modifiable ou évitable sans que la chose en elle-même change ou disparaisse.

C’est bien là une conception aristotélicienne. C’est l’entité de « ce qui appartient à une chose et qu’on peut dire vrai d’elle mais non de façon nécessaire ni de façon générale« . La chose de l’accident peut par exemple être posée dans la découverte d’un billet de 10 000 francs au cours d’un nettoyage. Un individu décide de nettoyer une maison.

Au cours de cette opération, il trouve un billet de banque dans un coin d’une des pièces de la maison. Etait-il décidé à trouver la somme de dix mille francs ce jour-là au cours de ces travaux ? Savait-il qu’il allait trouver de l’argent avant de commencer son nettoyage ? Certainement pas ! C’est par accident qu’il trouve cet argent !

Ainsi pour Aristote, il existe une différence entre la propriété accidentelle qui peut être occasionnelle et la propriété essentielle qui peut être durable ou permanente chez l’être humain ; par là, l’accident reste une partie à chaque chose pour soi et n’appartient pas à son essence.

Les accidents sont nombreux et ne se limitent pas aux seuls crashs des voitures, des deux roues ou des camions. Nous avons les accidents domestiques qui font autant de dégâts que ceux de la voie publique en Afrique ; ces cas semblent n’émouvoir que les victimes et leurs proches, puisqu’on méconnaît les programmes de prévention des accidents domestiques en théorie à l’école, dans la pratique politicienne et la presse.

Les accidents industriels, les accidents agricoles, les accidents technologiques, les catastrophes, les cataclysmes, les accidents nucléaires, les accidents aéronautiques, les accidents maritimes et surtout la prémonition individuelle basée sur le risque sont autant de cas d’études et de statistiques qu’ils font l’objet d’une prise en charge spécialisée et de polythérapie sélective.

Un accident, nous le reprenons, est donc classiquement défini comme un événement aléatoire, fortuit, qui entraîne des dommages vis-à-vis des personnes, des biens ou de l’environnement.

Mais attention, existe l’incident ! Il concerne un accident entraînant des conséquences bénignes ; cependant la notion de gravité ou de bénignité reste d’une complexité en rapport avec la conception des conséquences dans un milieu donné. Ce qui est bénin ou grave au Mali, ne l’est pas forcément en Chine encore moins au Sénégal et vice-versa.

Lorsque l’accident atteint une grande dimension, il est perçu comme étant une catastrophe ; c’est le cas de l’accident ferroviaire survenu dans le district de Bamako, juste au niveau de la mairie il y a de cela quelques années et dans lequel, un adolescent est resté coincé dans l’agonie des heures durant par la faute des secours intempestifs irraisonnés et l’absence totale de prise en charge, avant de succomber atrocement.

Perte inhumaine d’une vie jeune et dégâts matériels immenses ! Paix à son âme !


Ousmane Ndaw

(expert)

Tous droits réservés

11 Juin 2008