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Nous entamons aujourd’hui une série de tribune couvrant tous les aspects de l’accidentologie et de la sécurité routière sous la plume d’un expert.
Le plan Apta ou Plan d’action préventive des traumatismes accidentels liés à la circulation au Mali (dépôt légal Bibliothèque nationale du Mali) ramassait globalement pour la première fois sur le papier les problèmes rencontrés avec l’insécurité routière et les accidents de la voie publique.

Ce document fut distribué gratuitement. On n’en a jamais parlé publiquement évitant comme d’habitude de rendre à César ce que la postérité lui a déjà légué.

Eh oui, qu’on le veuille ou non ce document est rentré dans l’histoire du Mali comme étant le premier travail

– bon ou mauvais

– qui interpella la société malienne sur les accidents de la voie publique et sur l’insécurité routière. Décidément, mars 91 n’aura pas cessé d’illuminer nos esprits !

Voici maintenant que nous nageons en pleine communication sur la problématique sociale, culturelle, technologique et économique de la circulation routière. Nous n’aurions pas œuvré pour rien ! Pour cause avions-nous raison d’investir notre mental, notre physique et nos maigres économies ainsi que notre intime conviction pour batailler dur. Si chacun s’y était mis comme c’est le cas de nos jours, depuis tant, en 1993, chacun aurait épargné des vies perdues ou estropiées.

Peu importe, pourvu que ça dure et que du bonheur ! Que notre société en sorte plus forte que jamais pour refuser le fatalisme exacerbant qui mine l’Afrique. Les différents corps de métiers sont dans la partie. La télévision nationale possède une émission exclusive sur le sujet.

Etonnant, non ? Les associations sont créées et s’investissent dans le combat quotidien. Les plus hautes autorités s’engagent à travers leur discours dans la prévention et la lutte contre les accidents de la voie publique. Mais là, mon grand père me disait qu’entre ce que l’homme politique dit et ce qu’il fait, il y a toujours ce qu’il faut comprendre. Alors méfions-nous de trop discourir.

Toujours est-il que la machine est bien huilée en marche, bien rodée ; espérons qu’elle ne cale ou se noie dans le temps avec l’usure d’une sempiternelle rhétorique, accélérant et décélérant au gré d’une humeur politicienne profondément insondable.

Dans un extrait du conseil des ministres du gouvernement de la République du Mali (Parution du journal Essor en date du 28 mars 2008.), au chapitre des communications écrites et au titre du ministère de l’Equipement et des Transports, nous pouvons constater la consignation ainsi libellée ; nous citons : « Le conseil des Ministres a examiné une communication relative au Programme d’actions multisectoriel de lutte contre l’insécurité routière.

L’insécurité routière est devenue un sujet si préoccupant qu’elle ait été qualifiée par l’Organisation Mondiale de la Santé de « fléau sanitaire mondial ».

Dans le monde on enregistre chaque année plus de 1,2 millions de morts sur les routes et plus de 50 millions de blessés dont 5,5 millions resteront handicapés à vie. Les jeunes sont les premières victimes des accidents de la circulation. Selon les statistiques de l’OMS, 40 jeunes de moins de 25 ans meurent toutes les heures sur les routes dans le monde soit un mort toutes les 90 secondes.

En Afrique subsaharienne, les accidents y représentent 11% de l’ensemble des accidents dans le monde. Le taux de mortalité routière pour 100 000 habitants chez les moins de 25 ans est de 24,2 en Afrique contre 10 pour les pays européens.

Notre pays n’échappe pas à la tendance globale de l’aggravation de l’insécurité routière, bien au contraire. Pour l’ensemble du Mali, il a été relevé 564 tués sur les routes en 2005 et 642 tués en 2006, soit une augmentation de 14 %. 6634 blessés en 2005 et 7830 blessés en 2006, soit une progression de 18%. Pour le district de Bamako, le nombre d’accidents a augmenté de 17% entre 2003 et 2004 et 48% entre 2004 et 2005.

En 2006, on y a dénombré 2832 accidents corporels dont 168 tués, 1388 blessés graves et 1276 blessés légers. Les accidents sont dus à plusieurs facteurs qui se combinent parfois.

Il s’agit notamment du non respect des règles de la circulation, des défaillances techniques et de l’état des infrastructures. Compte tenu de cette situation, le Président de la république a fait de la lutte contre l’insécurité routière un des axes majeurs de la politique qui sera conduite par le Gouvernement au cours du quinquennat.

Le Programme d’actions multisectoriel de lutte contre l’insécurité routière vise à traduire dans les faits cet engagement. Il s’articule autour de 10 objectifs prioritaires pour l’atteinte desquels il est prévu des actions immédiates à court et à moyen termes.

Il s’agit notamment :

– de l’intensification des campagnes de sensibilisation en vue d’un changement de comportement ;

– du renforcement du contrôle sur les routes et de l’application des sanctions prévues en cas de violation des règles ;

– de la relecture du code de la route dans certaines de ses dispositions en vue d’une meilleure adaptation des règles au contexte ;

– du renforcement des capacités des usagers et des agents chargés de la sécurité et de la protection civile ;

– de l’amélioration de la prise en charge des victimes ;

– de la création prochaine d’une agence nationale de la sécurité routière qui aura la charge d’assurer la gestion de la sécurité routière. La mise en œuvre des actions et mesures prévues dans le programme vont contribuer à réduire l’insécurité routière et à préserver des vies humaines dans notre pays. » Fin de citation.

Nous saluons les efforts des uns et des autres et encourageons-nous dans la persévérance, bien loin de toute diabolisation pour maîtriser les impératifs des principes d’accidentologie face à l’insécurité routière dans la théorie générale de la circulation.

Les fauteurs

Avant d’entrer dans le vif du sujet, nous allons tenter de dresser les caractéristiques et le profilage du responsable des accidents et de l’insécurité routière en grande partie. Sous son attitude et son comportement de tous les jours, il ou elle développe, accumule et entretient des facteurs concourant à la survenue des accidents.

Lorsque ce spécimen conduit : il ignore la diplomatie routière, ne pense qu’à lui tout seul et à son moyen de déplacement ; il est toujours prêt à dégainer un billet de mille francs ou une pièce de cinq cent francs pour effacer toute infraction ; plus rien d’autre et personne d’autre que lui n’existent : tout gêne et tout le gêne.

Il ne cède le passage aux piétons qu’obligé, ignore le poids, les différents temps de réaction du moteur et la consommation de ce qu’il a entre les mains ; il accélère en prenant un virage en troisième voire quatrième vitesse avec le clac-clac-clac incessant du disque d’embrayage.

Il s’engage brusquement sur une route en sortant d’une rue et vice versa. Il clignote à gauche pour tourner à droite ; il clignote après avoir tourné. Il ne surveille pas les bruits électroniques du tableau de bord. Il klaxonne brutalement derrière un piéton, le surprend ou devant des enfants, les terrorise, sans décélérer.

Il brûle les prescriptions de vitesse sur le trajet, les panneaux de stop et les feux tricolores. Il file à toute allure aux heures tardives durant la nuit, en plein jour dans les rues. Il démarre bruyamment en coinçant la pédale d’embrayage qu’il a du mal à lâcher particulièrement s’il s’agit du spécimen féminin. Il insulte les autres gratuitement, refuse d’obtempérer au coup de sifflet du policier.

Il est incapable de se garer en biais dans une file de voitures et ignore le démarrage en côte. Il ne respecte pas le marquage au sol. Il allume ses phares et éblouit les piétons, les autres conducteurs. Il téléphone au volant avec ses mains où coince le téléphone entre sa mâchoire inférieure et son épaule.

Il démarre en trombe en laissant brutalement la pédale d’embrayage pour frimer soulevant la poussière. Il refuse de se laisser doubler. Il ne met pas sa ceinture de sécurité. Il s’arrête au beau milieu de la route pour discutailler dans des salamalecs à n’en pas finir, il se donne le droit de menacer et d’écraser qui il veut si nous ne prenons pas garde devant lui…

Quand il est sous le profil du piéton : il court en traversant la chaussée. Il se met n’importe où pour héler son taxi, son dourouni ou son Sotrama. Il ne regarde pas les feux tricolores avant de traverser. Il passe instinctivement là où il peut sans réfléchir. Il dandine au milieu de la route sans s’en rendre compte. Il fait la course avec les véhicules et toute sorte d’engins pour circuler. Il attaque, insulte, maudit et évolue dangereusement dans son monde de risques.

Maintenant lorsque nous retrouvons cet usager sur un deux-roues : il se faufile dans la circulation, double par la droite, ne voit plus les clignotants des véhicules. Il fait la course avec tout le monde, avec lui-même. Il ne songe pas au code de la route puisqu’il l’ignore. Il ne porte pas de casque. Il plie ses rétroviseurs pour signaler sa virilité devant le genre féminin. Il ne possède ni permis, ni assurance encore moins un autre document qui protègerait la société en cas de pépins.

Combien de fois avons-nous entendu ces expressions navrantes comme « Reste là que je te brise les jambes pour voir ! Il n y aura aucune suite ! Puisque c’est toi qui vas crever ou souffrir ! » : C’est l’impunité totale et la méchanceté gratuite que nous vivons ici ;

« Regardez-moi cet imbécile ! » : C’est le mépris et le manque de respect que nous cultivons là, « Je suis assuré, je ne crains rien ! » : Inconscience et ignorance de tous ces énergumènes qui ignorent totalement qu’à aucun moment, aucune voiture, aucune moto et aucun camion, dussent-ils être sertis en diamants et brodés d’or ne vaudront jamais une seule seconde de vie humaine !


Ousmane NDaw

Expert

Tous droits réservés

10 Juin 2008