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Depuis quelques années, un nouveau phénomène s’est installé dans plusieurs pays du monde : Les accaparements des terres. Malheureusement notre pays qui regorge de terres arables n’est pas à l’abri du phénomène. Au cours d’une conférence de presse conjointe de la Convergence malienne contre les accaparements des terres (CMAT) et l’organisation internationale pour le droit humain à l’alimentation (FIAN), Ibrahima Coulibaly, Président de la Coordination nationale des Organisations paysannes du Mali (CNOP), membre de la CMAT, a estimé qu’au Mali, se sont plus de 800 mille hectares de terres qui sont concernés par le phénomène.

« A la chute du régime d’ATT, ce sont plus de 800 mille hectares de terres qui avaient été cédés à des intérêts privés », a déclaré Ibrahima Coulibaly de la CNOP, pour introduire ses propos lors de la conférence de presse de la CMAT et de FIAN, de retour d’une mission de terrain à Sanamadougou, Saou, Sansanding et San. Chose grave, il dira que des paysans et des communautés ont été lésés au profit d’individus ou d’entreprises. « Il y avait des communautés installées sur ces terres, même avant l’arrivée des colonisateurs. Mais, les accaparements n’ont pas tenu compte de leurs droits », a-t-il déclaré. Avant de dénoncer le fallacieux prétexte qui veut faire croire qu’il faut une agro industrie pour nourrir le Mali. « Les petits paysans à travers l’agriculture familiale, ne sont pas incapables de produire à hauteur de souhait, mais c’est l’accompagnement qui fait défaut. Chaque fois que l’Etat à bien voulu accompagner les petits paysans, la production a suivi », a-t-il déclaré. Au rythme des attributions des terres, Ibrahima Coulibaly est convaincu que le Mali risque de perdre sa souveraineté sur une partie de ses terres. Il a rappelé le cas du Brésil, où le gouvernement est aujourd’hui contraint de racheter des terres à des prix d’or, pour les redistribuer aux paysans, alors qu’il les avait cédées pour des peccadilles.

Pour sa part, Massa Koné de la CMAT, est revenu sur des cas topiques au Mali. Il a décrit dans ces moindres détails les grands dossiers d’accaparement des terres de Sanamadougou, Saou, Sansanding et San. Avant d’indiquer que la CMAT est dans une action politique avec le gouvernement du Mali pour la résolution du cas de Sansanding, où l’espace vital d’un village a été spolié. Et, conformément à la volonté du Gouvernement de poser des actes allant dans le sens du changement, Massa Koné a indiqué que la CMAT espère que toute la lumière sera faite sur ces différents dossiers. « Nous voulons que le changement annoncé par IBK intervienne rapidement dans ce domaine », a-t-il conclu.

Quand à Valentin Hategekimana, coordinateur Afrique de l’Organisation internationale pour le Droit humain à l’Alimentation (FIAN), après une brève présentation de sa structure, il dira que la descente sur le terrain leur a permis de faire de graves constats. Selon lui, les communautés paysannes de Sanamadougou, Saou, Sasanding et San ont perdu l’accès à la terre qu’ils cultivaient depuis des générations. « Pour Sanamadou, Saou et San, cette perte concerne la quasi totalité des terres », a-t-il déclaré. Il a indiqué que ces communautés ont des difficultés d’accès à l’eau. Pire, il dira que la perte des terres et l’absence d’alternatives pour compenser cette perte, a incité une bonne partie des villageois, notamment les jeunes à quitter les villages pour chercher de l’emploi dans les villes ou dans les zones minières du Mali ou s’immigrer à l’étranger.

La mission conjointe CMAT et FIAN, a aussi constaté que les villageois de Sanamadougou et Saou, souffrent de problèmes de santé liés à l’utilisation de pesticides dans les environs des villages. Elle a mis l’accent sur les entraves à la circulation, qui affectent l’éducation des enfants qui ne peuvent plus aller à l’école à cause des canaux d’irrigation. Face à tout cela, Valentin dira que le droit à une alimentation adéquate des communautés est violé. « Le droit à une alimentation adéquate est établi par l’article 25 de la Déclaration universelle des droits humains, et garanti par l’article 11 du Pacte international portant sur les Droits économiques, sociaux et culturels, qui a été signé et ratifié par l’Etat malien », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter que l’accès à la terre pour produire des aliments par des individus et des communautés fait partie du contenu du droit à l’alimentation.

Assane Koné

Le Républicain du 11 Décembre 2013