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Universite des sciences juridiques et politiques : accablantes révélations sur le système de fraude

La fraude organisée, la manipulation des notes et l’enrichissement à outrance sur la base du chantage avaient en toute impunité tissé le nid de la corruption à l’ancienne Faculté des Sciences juridiques et politiques (FSJP), pour ne citer que cet exemple. L’éclatement de l’Université de Bamako est l’expression d’une volonté des hautes autorités maliennes de trouver une solution aux problèmes brûlants qu’elle a connus. Mais la naissance de quatre universités à la place d’une seule n’a pas permis de juguler les penchants nombrilistes de certains de ses animateurs. Et pour les nouvelles universités créées, le phénomène de la fraude organisée et la manipulation intéressée des notes n’a été que congénital.

L’Université des Sciences juridiques et politiques de Bamako (USJPB) est née sur les cendres de l’ancienne Faculté des Sciences juridiques et politiques dont l’effectif est estimé à un tiers de l’ensemble des étudiants. Cet ensemble étant estimé à 100 000 étudiants, l’effectif de l’Université des Sciences juridiques et politiques serait autour de 30 000 étudiants. Cependant, elle a reçu une partie des étudiants du Centre d’enseignement supérieur (CSB) qui n’existe plus.

Le décret de création et de fonctionnement de l’USJPB prévoit quatre facultés : la faculté de droit privé (FDPRI), celle de droit public (FDPU), la faculté des Sciences administratives et politiques ; l’université a la faculté de créer des instituts de formation. Si les Facultés de droit privé et de droit public sont une réalité aujourd’hui, celle des Sciences administratives et les instituts restent encore en phase de projection.

La nouvelle USJPB a démarré pour l’année 2011-2012 avec un effectif potentiel sur la base des résultats validés de la FSJP et du CESB. Ce potentiel de candidats et les nouveaux bacheliers sont estimés à 30 831 étudiants, de sources proches des autorités universitaires (Rectorat). Ce potentiel inscriptible au titre de l’année 2011- 2012, vise à forger un postulat de base pour la maîtrise parfaite du nombre total des étudiants évoluant à l’Université, sans laquelle toutes initiatives sur la base des statistiques, et concernant la conduite correcte de la nouvelle création, seraient vouées à l’échec, comme toutes les initiatives antérieures. Si la transparence des inscriptions suivait dans le strict respect des dates d’inscription, selon nos informations, les mesures prises par le Recteur le Pr Salif Berthé et son adjoint Pr Abdoulaye Diarra devaient conduire à l’éradication des mauvaises pratiques à l’USJPB.

Mais les inscriptions ouvertes la mi-novembre et qui devraient prendre fin en janvier ont dû connaitre des prolongations qui n’ont pas suffi car certains étudiants n’ont pas voulu tout simplement s’inscrire. Et pour cause. A l’inscription des bacheliers entre les deux facultés de l’USJPB, il a été enregistré 7 438 bacheliers à la FDPRI contre 2 241 pour la FDPU. Compte tenu de ce déséquilibre, il a été convenu que tous les redoublants de la FSJP et ceux du CESB (1ère année) vont s’inscrire à la FDPU. Pour la deuxième année, les noms commençant de A à H vont s’inscrire en FDPRI et ceux de I à Z vont à la FDPU. C’est donc à partir de la troisième année (la fin du tronc commun) que les étudiants choisissent leur filière. Malgré ces principes de répartition partagés, en fin janvier, il y avait des étudiants non inscrits pour diverses raisons, nous indiquent des sources universitaires.

Résistance à la transparence

Certains voulaient s’inscrire à tout prix à la FDPRI, une autre raison serait la toute puissance de l’Association des élèves et étudiants du Mali (Aeem) qui aurait son mot à dire dans les inscriptions. Enfin la troisième raison donnait la FDPU pour mort né, par ce que tout simplement ‘’les autorités universitaires y appliqueraient la réglementation, avec un nouveau doyen non trempé’’. A noter que l’essentiel de l’administration de l’ancienne FSJP a choisi de s’installer à la FDPRI de la nouvelle USJPB y amenant toutes les pratiques qui devaient finir avec les reformes, notamment la non maitrise du nombre des inscrits et la possibilité de monnayer les inscriptions à tout moment, de monnayer les notes et les moyennes.

Ce qui expliquerait l’afflux des étudiants vers la FDPRI. Avec un taux d’inscription resté faible à la FDPU, le Rectorat a repoussé le délai des inscriptions à février 2012, puis au 15 mars. Ainsi à cette date, le plateau numérique qui centralise les inscriptions donnait un total de 17 564 étudiants pour le FDPRI de la 1ère à la 4ème année ; et 11 798 étudiants pour la FDPU, soit un total de 29 362 étudiants pour l’USJPB. Entre le potentiel et l’inscrit se dégage une différence de 1 469 étudiants qui ne se sont pas inscrits.

Terreau de malversations

Par ailleurs, la FDPRI a présenté une liste de 300 étudiants non inscriptibles et la FDPU 70 étudiants non inscrits dans le plateau numérique (ces derniers ayant été régularisés).
Le vendredi 5 Octobre 2012, la FDPRI qui a publié ces résultats après délibération concernant 17 565 étudiants, a informé le Rectorat qu’elle dispose d’une autre liste de 3 065 étudiants ayant composé, dont les résultats ont été traités mais non publiés.

En réalité cette liste qui surgit du néant et dont les délibérations n’ont pas été rendus publiques ne concerne ni plus ni moins que des étudiants non inscrits et non inscriptibles qui ont pourtant été maintenus dans le système, pris en compte dans les évaluations alors qu’ils ne figurent pas dans le plateau numérique de l’Université dont seul le Rectorat détient la clé. Cette marge de 3 065 étudiants dans le noir représente une denrée monnayable à souhait, au détriment du devenir de nation toute entière, de la réputation et de la capacité malienne dans le concert des nations. (A suivre)

La Rédaction

Le Républicain du 23 Octobre 2012