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Depuis l’adoption, le 17 Octobre 2007, par le gouvernement, d’un projet de loi visant l’abolition de la peine de mort dans notre pays, la tension est montée d’un cran. D’un côté, les religieux déterminés à empêcher à tout prix le vote de cette loi à l’Assemblée nationale, et de l’autre, les défenseurs des droits de l’homme qui voient plutôt , dans cette décision courageuse du gouvernement, un brin de justice consacrant le caractère sacré de la vie humaine.

Chacune de ces deux tendances se démène comme un beau diable pour avoir le dernier mot. La confusion est telle que les citoyens ordinaires craignent pour l’issue de la rivalité entre les deux camps.
La rébellion des religieux, les musulmans en particulier, ne doit pas être prise à la légère, compte tenu de la frange importante qu’ils occupent dans notre société.

Selon les statistiques -aussi peu fiables soient elles-, les musulmans représentent près de 90% de la population. Or, c’est bien compte tenu de ce rang qu’ils occupent que les musulmans se déchaînent aujourd’hui contre l’abolition de la peine de mort.

Cette détermination qui va au delà même de la bonne foi du gouvernement qui, contrairement aux différentes interprétations en cours, ne cherche pas à encourager la criminalité, encore moins l’impunité, mais plutôt à rester conforme aux différents traités et conventions internationaux de la protection des droits humains, dont il est signataire.

Inutile donc d’imaginer qu’en adoptant ce projet de loi sur l’abolition de la peine de mort, l’objectif du gouvernement était de susciter le courroux des religieux. A ce niveau, il faut faire une différence nette entre les préceptes purement religieux et les concepts juridiques républicains.

Aussi, dans un Etat laïc, vouloir combler un vide juridique -puisqu’il a été prouvé, par toutes les organisations de défense des droits de l’homme, que la peine de mort est une entrave aux droits humains- ne saurait être synonyme d’un quelconque sabordage des lois religieuses.

Cela est autant vrai que la différence, sinon la limite entre politique et religion ne souffre d’aucune ambiguïté, dans un environnement purement laïc. Les choses auraient pu être autres si la “Charia” constituait le fondement des lois maliennes.

Le contexte et la réalité n’étant pas comme tel, quelle est donc la légitimité de l’opposition des musulmans, face à l’abolition de la peine de mort ? Les adeptes de la religion musulmane se basent sur le Saint Coran qui explique, dans plusieurs versets, que “la réparation d’une mort volontairement causée par une personne bien portante est la mise à mort de cette dernière”. Les musulmans tirent aussi la légitimité de leur opposition dans leur supériorité numérique.

Si on ne peut pas mettre en doute cette légitimité qui reste entière et constante, il devient donc impérieux qu’il y ait un approfondissement des débats sur la question de l’abolition de la peine de mort, avant toute orientation susceptible de mettre à mal la quiétude de notre société.

Il ne s’agit pas là d’une simple affirmation, eu égard à la grande campagne de sensibilisation, sinon la mise en ordre de bataille déclanchée par les musulmans depuis le 17 octobre dernier.

En effet, depuis cette date, pas une nuit ne se passe sans prêches dans les différents quartiers du District, avec un thème central : le projet de loi du gouvernement relatif à l’abolition de la peine de mort au Mali.
Les médias sont aussi mis à contribution pour mieux mobiliser les musulmans à se constituer en remparts contre l’abolition de la peine capitale. A l’allure où vont les choses, n’y a-t-il pas risque d’embrasement social, au cas où l’Assemblée nationale votait ladite loi? Les élus de la nation vont-ils enfin céder à la pression? Rien n’est moins sûr.

Toujours est-il que la peine de mort n’a jamais été abolie dans un pays, sans remous sociaux. La question est sensible, tout comme l’est le respect des droits de l’homme.

Pour concilier les deux tendances, et aboutir à quelque chose de concret et d’acceptable par tous, il faut un débat franc et ouvert entre tous les fils du pays. Toute chose qui avait manqué dès le début, d’où ces tiraillements qu’il va falloir juguler au plus vite, pour la sauvegarde de la cohésion sociale.

Adama S. DIALLO

12 novembre 2007.