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L’abolition de la peine de mort reste toujours d’actualité au Mali dans la mesure où un projet de loi allant dans ce sens est déposé sur la table de l’Assemblée nationale. Vu la sensibilité de la question, l’Association Lead-Mali entend éclairer l’opinion publique à travers l’affirmation d’un leadership susceptible d’animer le débat.

A cause de sa sensibilité, la question de l’abolition de la peine de mort au Mali est peu débattue. Pour décloisonner le débat et susciter l’affirmation d’un leadership autour de la question, l’Association Lead-Mali a organisé le samedi 9 août 2008, au Centre Djoliba une conférence-débats sur le thème : « L’abolition de la peine de mort : évolution sociétale ? Quelle implication au regard du contexte africain ? ».

Le président de Lead-Mali, Ambroise Urbain Foutou, avant l’exposé liminaire du conférencier Amadou Tiéoulé Diarra, professeur de droit à la Faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP), a réaffirmé la volonté de son Association à œuvrer pour inciter le citoyen lambda à s’intéresser à la question de l’abolition de la peine de mort qui constitue, selon lui, une question nationale.

Pour le conférencier, la peine de mort ou peine capitale est une sentence appliquée par le pouvoir judiciaire consistant à retirer légalement la vie à une personne ayant été reconnue coupable d’un crime tombant sous une qualification pénale passible de cette peine. « Un crime punissable de mort est un crime capital et est considéré par la société comme particulièrement grave », a-t-il expliqué.

Il a soutenu que la peine de mort est un sujet qui, depuis l’Antiquité, divise les opinions sur son abolition ou non. Bien que le débat soit ancien, les arguments, selon lui, ont peu changé avec le temps.

Alors que les uns invoquent l’irréversibilité de la peine, la similitude entre le crime et la sanction, l’importance du pardon et l’alternative de l’emprisonnement à perpétuité sous ses différentes formes, d’autres appellent à la protection de la société, au contentement des victimes et à la nécessité de l’exemple pour dissuader les crimes.

Le conférencier pour sa part a reconnu que l’abolition de la peine de mort trouve son fondement dans les droits de l’Homme, dont le premier est le droit à la vie. Dans le cas précis du Mali, le conférencier trouve que notre pays manque de vrai courant abolitionniste. « Au Mali, nous n’avons ni de philosophe ni de juriste dans le mouvement », a regretté M. Diarra.

Il a indiqué que chaque société doit avoir son représentant idéologique comme se fut le cas en Occident où des idéologues aux termes de décennies de lutte sont arrivés à convaincre leur peuple à opter pour l’abolition de la peine de mort. Il a regretté le fait que la question soit seulement l’apanage des ONG internationales qui ont d’autres ambitions réelles que l’expression de la volonté populaire.

Cependant, a-t-il reconnu, le bâtonnier Me Kassoum Tapo est un abolitionniste en herbe susceptible de mener un mouvement abolitionniste dynamique et convaincant.

Les interventions du public ont été un moment fort de l’expression des opinions partagées sur la question comme le souhaite Lead-Mali une association œuvrant pour l’émergence d’une masse critique de leadership pour un développement humain durable.

Amadou Waïgalo

12 Août 2008