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Suite à une forte pression de certains milieux islamistes, consécutive au projet de loi tendant à l’abolition de la peine de mort, le président de la République, Amadou Toumani Touré, s’est vu contraint de rencontrer, le lundi 19 novembre, le Haut conseil islamique. Les échanges qu’il a eus avec cet organe institutionnel l’ont conduit à temporiser l’adoption de ce projet de loi qui devrait , en principe, être adopté le 11 décembre. Il sera donc renvoyé par les députés à la session d’avril 2008.

Le 22 septembre dernier, lors de son traditionnel message à la nation, le président de la République, Amadou Toumani Touré, avait annoncé un projet de loi tendant à l’abolition de la peine de mort et un autre visant à remanier le code de la famille. Au mois d’octobre, le premier a été adopté par le conseil des ministres et se trouve actuellement sur la table de l’Assemblée nationale. Les députés s’apprêtent à le voter, le 11 décembre, selon le programme au niveau de l’Hémicycle.

Seulement voilà : depuis que le projet de loi portant abolition de la peine de mort a été rendu officiel, les contestations ont fusé de partout. En effet, les imams, des islamistes, l’AISLAM et même un parti politique notamment l’UNPR de Modibo Sangaré, étiquette comme étant un musulman radical, se sont tous démarqués de la nouvelle trouvaille du chef de l’Etat.

Cette formation politique a même projeté d’organiser une marche le mardi 13 novembre, laquelle a été annulée par le gouverneur du District de Bamako. Cependant, Modibo Sangaré a réussi à la transformer en meeting qui s’est mal terminé avec un bilan de 40 blessés parmi lesquels plusieurs femmes.

En outre, notons que les prêcheurs ont également dénoncé ce projet de loi dans toutes les mosquées de vendredi.

S’agissant du code de la famille, la rue a raconté beaucoup de choses : le pouvoir veut légaliser l’homosexualité, établir l’égalité entre la femme et l’homme concernant l’héritage et plusieurs autres aspects de la famille.

Face au spectre de la violence et à la tension sociale perceptible au sein de la communauté musulmane du Mali, le chef de l’Etat a été bien inspiré de convoquer le lundi 19 novembre le Haut Conseil Islamique à Koulouba afin d’échanger avec lui sur ces deux sujets. En fait, c’était sous la contrainte.

Il nous est revenu qu’à la fin des discussions, il nous est revenu que ATT a promis de temporiser l’adoption du projet de loi tendant à l’abolition de la peine de mort. Il ne s’agit point de retrait. Mais de différer son adoption afin de permettre une large concertation sur la question, de dépassionner les débats et de donner la vraie information sur le sens de l’abolition de la peine de mort.

Abordant le code de la famille, le locataire de Koulouba a clairement dit à ses hôtes qu’à ce jour il n’y a eu aucun projet de loi dans ce sens et qu’il serait favorable à la mise en place d’une commission nationale incluant toutes les composantes significatives de la société pour réfléchir sur le nouveau code de la famille. Celui-ci aura comme fondement les textes poussiéreux que le président Konaré avait abandonnés dans les tiroirs.

En définitif, les députés qui devraient adopter, le 11 décembre, le projet de loi tendant à l’abolition de la peine de mort vont repousser ce texte jusqu’en avril prochain. Le temps d’échanger avec les uns et les autres et d’améliorer son contenu.

A suivre

Chahana TAKIOU

21 novembre 2007.