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Depuis l’annonce par le Président Amadou Toumani Touré du dépôt d’une proposition de loi sur le bureau de l’assemblée nationale visant à abolir la peine de mort au Mali, s’est instaurée par presse interposée un vrai faux débat autour de cette importante question de société.

Un vrai faux débat, car en réalité à sens unique que les tenants du maintien de la peine de mort tentent d’imposer, par le biais de l’islam, à une opinion encore peu réactive.

Ces activistes dont certains n’en sont pas à leur coup d’essai et sont bien connus dans le microcosme politico-religieux, relayés par une presse aux buts inavouées, ne développent aucune argumentation d’ordre philosophique, sociologique ou scientifique pour convaincre; une seule antenne leur suffit, à savoir : l’abolition de la peine de mort est contraire aux préceptes de l’Islam, donc continuons à tuer les condamnés à mort à tour de bras !

Sortons de cette logique sanguinaire poupr replacer la question dans son véritable contexte, afin de fournir à nos concitoyens des éléments objectifs d’appréhension et d’appréciation pouvant asseoir leur intime conviction, pour cela trois fondements principaux sont à examiner :
– Le fondement historique ;
– Le fondement religieux ;
– Le fondement politico-philosphique.

Le Fondement historique

On peut considérer que le texte fondateur de notre communauté nationale est la charte du Mandé ou charte de Kurukanfuga édictée au 13ème siècle. Cette charte, une constitution avant la lettre, a fixé tous les repères de la vie sociale, économique et politique de l’Empire du Mali; elle est la preuve de l’avance considérable que nous avions pris en matière de respect des droits humains, sur les autres communautés du monde.

Contrairement à ce que nous avons eu à lire ici et là, nulle part, dans la charte du Mandé, il n’est question de peine de mort ! La charte de Mandé dit exactement ceci : “Toute vie étant une vie ; tout tort causé à une vie exige réparation”. Mais aucune réparation n’est précisée, la société elle-même se trouve chargée de fixer la nature et le degré de la réparation.

Le Fondement religieux

Le seul texte religieux qui consacre l’exclusivité de la peine de mort comme réponse à un crime est l’ancien testament qui dit, dans la Genève, chapitre 9 : “Si quelqu’un verse le sang de l’homme, par l’homme ,son sang sera versé, car Dieu a fait l’homme à son image”. Ceci, cependant fut par la suite édulcoré, sinon contesté dans le nouveau testament qui préconise l’amour, le pardon et la pitié. La peine de mort fut finalement abolie par le Vatican en 1969.

En ce qui concerne l’Islam, la primauté de la vie est la règle, car elle procède de Dieu le Tout Puissant. Le principe posé est le suivant : “Ne tue aucune âme qu’Allah a rendue sacrée, sauf dans la juste application de la loi”.

Les mêmes textes ouvrent aussitôt la voie à un règlement sans mort d’homme, grâce à l’instauration du principe du prix du sang, du repentir et du pardon qui occupent dans l’Islam une place encore plus importante que l’application des peines.

La Sharia elle-même a fixé des conditions si draconiennes à l’application de la peine capitale qu’elle a tendance à décourager les bourreaux les plus zélés. Enfin, que vaut notre si mesquine et insignifiante justice des hommes par rapport à la vraie, la seule et l’absolue, celle vers laquelle nous tendons tous: la justice divine ! Dieu est le seul maître de la vie, toute autre tentative d’en disposer n’est qu’usurpation !


Le Fondement politico- philosophique

Le Mali a toujours été et demeure un Etat laïc. Le Mali n’est pas une République islamique, la Sharia n’est pas la loi fondamentale du Mali et ne saurait l’être, même sournoisement, au gré des évènements, par la volonté de certains !

Au nom de cette laïcité qui fait notre fierté et qui est notre chance dans un monde qui voit la montée de tous les extrémismes, de tous les intégrismes et de toutes les intolérances, avec leurs cortèges de mort et de désolation, le Président de la République a parfaitement le droit, et il a été bien inspiré, de proposer aux législateurs maliens un projet de loi abolissant de jure une peine de mort qui n’est plus appliquée de facto depuis plus de 20 ans.

Alors, laissons le débat à sa vraie place; l’Assemblée Nationale où les élus du peuple, nos élus, ne manqueront nous en sommes sûrs, ni de perspicacité, ni de discernement, lors du traitement de cette question.
Entre temps, qu’aucun musulman ne se laisse abuser par la confusion créée et entretenue par les professionnels de l’amalgame et de l’agitation, dont les réels dessous sont plus politiques que religieux; les tenants du 3ème tour des élections générales.

Ceux qui proposent l’abolition ne sont pas moins musulmans et croyants que ceux qui font feu de tout bois.“Dieu seul connaît le contenu de nos poitrines” alors, sachons raison garder, comme dirait l’autre.

Pour terminer, il est utile de savoir que dans le monde, 120 pays ont aboli la peine de mort de jure ou de facto, 76 pays maintiennent et appliquent la peine de mort; comme par hasard parmi ces 76 se trouvent les pays les plus répressifs, les plus intolérants, les plus violents et les plus antidémocratiques de la terre ! Alors ? Démocrates maliens ! Soyez vigilants !

Malick BA

1er novembre 2007.