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Abidine Ould Ahmed Ganfoud à propos de la présidentielle 2012 :“ Je renonce à être candidat parce que les dés sont déjà pipés”

Basé à Paris, en France, Abidine Ould Ahmed Ganfoud est actuellement le promoteur de  »ARC-A International », et fondateur d’AFP-Mali, un parti politique qu’il vient de mettre en place. Abidine Ould Ahmed Ganfoud avait déclaré qu’il sera candidat à la présidentielle de 2012. Il vient de renoncer à cette ambition. Dans cette interview, le frère aîné de l’ancien ministre Bady Ould Ganfoud explique avoir renoncé à participer à la présidentielle d’avril prochain parce que les dés seraient déjà pipés, l’heureux gagnant serait déjà connu. Il parle aussi du vote de la loi portant révision constitutionnelle, de son avenir politique et de ce qu’il pense de la classe politique malienne. Interview.

Quel commentaire faites-vous de la classe politique malienne ?

Je dirai d’abord que le vote qui vient d’avoir lieu le 3 août 2011 au sein de l’Assemblée Nationale, où l’on a vu que 99,9999% des députés maliens ont voté pour une loi présentée par le président sortant non éligible, montre à l’évidence que quelque chose de grave se passe au Mali au niveau des pratiques politiques. A ce sujet, les historiens vous indiqueront que ce sont là des résultats que l’on ne connaissait que dans l’ex-URSS.

Je constate que le résultat du vote des députés maliens peut s’expliquer par le fait que les chefs de partis politiques ont voté presqu’à l’unanimité non pas sous une contrainte quelconque de la part du président mais parce qu’ils ont voulu obtenir ses faveurs et ou son aide en ces moments d’élections. Chacun fait tout et n’importe quoi pour espérer être son remplaçant. Tout ceci, ajouté à une petite analyse impartiale de la situation politique du Mali, me pousse à dire qu’il y a quelques hommes politiques de qualité au Mali mais pas de classe politique telle que l’on la définit communément dans le monde.

Quelles impressions avez-vous des réformes institutionnelles ?

Je respecte le vote des parlementaires même si j’en suis choqué pour les raisons que je viens de vous donner. Je rappelle ce que dit le « Toupictionnaire » : le dictionnaire de politique. Etymologie : du latin cum, ensemble, et statuo, fixer, établir. Une Constitution est la loi fondamentale d’un Etat qui définit les droits et les libertés des citoyens ainsi que l’organisation et les séparations du pouvoir politique (législatif, exécutif, judiciaire). Elle précise l’articulation et le fonctionnement des différentes institutions qui composent l’Etat (Conseil constitutionnel, Parlement, gouvernement, administration…). La Constitution se situe au sommet du système juridique de l’Etat dont elle est le principe suprême.

Toutes les lois, décrets, arrêtés et traités internationaux doivent être conformes aux règles qu’elle définit… Je comprends que l’actuelle Constitution malienne, qui a servi de support de gouvernance du Mali aux deux présidents de la République Alpha et ATT, doive être adaptée aux évolutions du monde. Cependant, je ne comprends pas et je ne puis approuver que les tenants du pouvoir aient décidé de copier la Constitution française alors que des intellectuels maliens auraient pu leur concocter une Loi fondamentale sur mesure. Avec de telles pratiques, comment voulez-vous que nos petits États africains puissent se débarrasser du joug de l’ancien colonisateur?

Sont-ce ces réformes qui vous poussent à renoncer à votre candidature à la présidentielle de l’an prochain?

Comme je viens de vous le dire, je suis contre la manière historique par laquelle cette Constitution qui, à mon avis, ne réglera pas le problème du Mali, a été votée. Mais je trouve normal qu’on change une Constitution. Les députés maliens sont seuls responsables de sa qualité bonne ou mauvaise, car ils ont voté massivement pour sa mise en œuvre. D’ailleurs, j’avais indiqué dans le projet de société que je proposais au Mali, qu’il fallait changer la Constitution pour l’adapter au système présidentiel qui y était prévu. J’ai décidé de me retirer pour les raisons suivantes : Première raison : Je refuse de cautionner, par ma participation à ces élections, le fait que cette Constitution est porteuse d’injustices.

Elle exige des Maliens de l’extérieur de montrer des gages de ce que j’appelle leur « malienneté « . Elle porte en elle les germes d’un frein à l’unité des Africains. Deuxième raison : Il ne faut pas être Einstein pour se rendre compte que les dés sont pipés et que l’heureux gagnant des élections est déjà connu. Ce serait donc inconscient de gaspiller de l’argent par calculs politiciens ou par une espérance d’avoir un quelconque gain futur.

Qu’allez-vous faire avec les multiples clubs, réseaux et le nouveau parti AFP-Mali ?

Je dois rassurer tous les clubs qui m’ont soutenu auxquels je dis que nous allons continuer à travailler ensemble et je prendrai, à cet effet, une initiative très bientôt. Quant au parti politique  » AFP-Mali « , je n’en suis que le promoteur et non pas le premier responsable. Je rappelle que AFP-Mali est un parti de la nouvelle génération dont le but est de confier le pilotage du Mali à une équipe constituée de 70% de jeunes et 30% de personnes âgées (50% de femmes et 50% d’hommes).

J’ai dit aux responsables du parti de placer l’intérêt du parti au-dessus du mien, de poursuivre le renforcement du parti par une adhésion massive de jeunes, faire élire plusieurs de leurs adhérents pour espérer peser dans le débat politique malien. Je pense que la présidente du parti, Mme Alphadi Rakia, est plus qualifiée pour répondre à cette question.

Êtes-vous en contact avec des candidats à la présidentielle de l’année prochaine ?

Non, car je n’ai vu aucun projet de société de leur part dans aucun des journaux maliens.

Quel sera votre avenir politique ?

Seul Dieu le Tout Puissant connaît l’avenir de quelqu’un et je me garderai bien de faire un pronostic quelconque à ce sujet.

Allez-vous être candidat aux législatives ?

Sauf circonstances exceptionnelles, je ne briguerai aucun poste politique au Mali mais je compte utiliser toute mon énergie pour aider à la création de « AFP-MALI », un parti politique qui met délibérément l’intérêt des jeunes en première position car c’est la seule issue possible pour le Mali.

Quand retournez-vous au bercail, après cette longue absence ?

Vous le savez plus que tous que je n’ai jamais quitté le Mali car ou que je sois, je vis, je bois, je mange et je respire le Mali du matin au soir. En outre, depuis que j’ai été obligé de quitter le Mali à cause de ma position politique, je me suis toujours intéressé au sort de nos populations et c’est pour cela que j’avais d’ailleurs créé l’ONG humanitaire « Gouna Avenir de Tombouctou » afin de pouvoir apporter ma modeste pierre à la construction d’un  » Mali fier de son passé mais tourné vers l’avenir », un Mali qui met l’intérêt des jeunes au-dessus de tout autre intérêt.

Avez-vous un mot de la fin ou un appel au peuple malien ?

Je lance ce cri à tous pour leur dire qu’il faut appliquer au Mali la devise suivante du Tombouctien : » Four ni idje bamba idje wanni ». Qu’on peut traduire par ceci :  » Si tout Malien place l’intérêt du fils de son voisin au-dessus de celui de son propre fils, le Mali va redevenir le grand Mali d’antan ». Je remercie votre journal, toutes les personnes qui vont prendre le temps de me lire et je vous remercie tout particulièrement, pour m’avoir offert l’opportunité de m’exprimer et de lever certaines ambiguïtés. Vive l’Afrique et vive le Mali !

Interview réalisée par Kassim Traoré

L’Indépendant du 15 Août 2011.