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Abdoulaye Traoré est docteur en biologie. Il est le chef de division contrôle des pollutions et des nuisances à la direction nationale du contrôle des pollutions et des nuisances (DNCPN). C’est à ce titre qu’il nous accorde cet entretien sur la pollution au Mali.


Les Echos : Qu’appelle-t-on pollution ?

Abdoulaye Traoré : La pollution, c’est la contamination ou une modification de l’état normal de façon à influer négativement sur l’homme, l’environnement et toute sa composante (la flore et la faune).

Les Echos : Y a-t-il une ou plusieurs types de pollutions ?

A. T. : Il y a effectivement différents types de pollutions. On peut citer la pollution de l’air, la pollution du sol et la pollution de l’eau. Ces trois matrices en constituent la base et peuvent, bien entendu, être subdivisées en plusieurs autres types. La pollution est souvent définie en fonction du contaminant.

A ce moment-là, on peut parler de pollution physique, chimique ou biologique. Elle est physique lorsqu’il y a des particules dans l’air, comme la poussière. Elle est dite chimique avec la présence des produits chimiques dans l’air et dans les eaux. L’effet d’un microbe ou d’un virus engendre la pollution biologique.


Les Echos : Existe-t-il dans notre pays des lois contre la pollution ?


A. T. :
Il existe bel et bien des textes comme la loi 01-020 et ses décrets d’application, qui date de 2001. Elle est relative aux nuisances et pollutions. Cette loi est assortie de pénalités pour chaque infraction à la réglementation.

Elle précise en fait le contenu donné par le Mali à la sauvegarde de l’environnement et les concepts à partir desquels la gestion se fait comme le principe de précaution à prendre pour éviter de polluer, le principe du pollueur payeur. Cette même loi prend en charge les différentes infractions par rapport à la gestion des déchets liquides, solides et gazeux. Il y a aussi les sanctions dont le degré varie en fonction de la nature de l’infraction.

Les Echos : Le gouvernement a créé l’Agence des centres d’épuration. Quel sera le rôle de cette agence contre la pollution ?

A. T. : Pendant un bon moment, les industries maliennes se sont installées à la Zone industrielle de Sotuba et du quartier Sans-fil. Il ne faut pas se le cacher, l’essentiel de leurs eaux usées est rejeté directement dans le fleuve. Ce qui est préjudiciable à la qualité de l’eau du fleuve, à la santé humaine et à l’écosystème de façon générale.

Conscient de cela, le Mali, en collaboration avec des partenaires, a jugé nécessaire de construire à Sotuba, une station d’épuration pouvant atténuer l’effet des eaux usées produites par ces industries afin que l’eau du Niger puisse garder toute sa qualité. La nouvelle station d’épuration de Bamako et celle de Sikasso ont donné l’idée de créer l’Agence qui va les prendre en charge.

L’Agence aura pour rôle essentiel, de mieux gérer les déchets liquides tout en épargnant le milieu naturel de la forte pollution.


Les Echos : Avez-vous mené, au niveau de la DNCPN, des études sur l’état de pollution dans notre pays ?

A. T. : A ce propos, il n’y a pas eu d’études à proprement parler. Des recherches ont été quand même faites. Nous sommes sur le point d’initier des études en la matière. Nous travaillons déjà avec des partenaires comme l’Université et la direction nationale de l’hydraulique afin d’être régulièrement informé de l’état d’évolution de la pollution surtout concernant le principal cours d’eau qu’est le Niger.

A ce sujet et selon les informations dont nous disposons actuellement, le Niger n’est pas pollué comme beaucoup le pensent. Tout simplement parce que c’est un grand fleuve qui a une grande capacité d’auto-épuration. C’est vrai que de façon zonale, il peut avoir des poches de pollution.

Les Echos : La pollution a atteint quel taux à Bamako ?

A. T. : Il ne serait pas bon de s’aventurer. Comme je l’ai dit tantôt, s’agissant du fleuve, il peut y avoir des cas de pollution par endroits. Mais, si l’on se réfère à ce fleuve au niveau de Bamako, il serait difficile de dire quoi que ce soit en matière de taux de pollution. On peut néanmoins tirer la sonnette d’alarme pour que les populations changent de comportement. Ce fleuve est un bien commun, que nous devons de protéger.

Les Echos : Que fait la DCPN fait contre la pollution ?

A. T. : Le ministère de l’Environnement et de l’Assainissement, à travers un forum national tenu en 2007, a fait examiner la politique nationale de l’assainissement, un document de cinq stratégies connexes en est sorti. Ce qui va servir de cadre pour la politique de l’assainissement en République du Mali.

Il reste que ce document soit adopté par le conseil des ministres avant d’avoir l’onction de l’Assemblée nationale. En plus de cela, il y a un projet d’élaboration de la politique nationale de contrôle des pollutions et des nuisances. Les termes de référence sont déjà élaborés et nous pensons aussi que le document sera prêt bientôt.

Les Echos : Quelle différence y a-t-il entre nuisances et pollution ?

A. T. : Quand vous faites la vidange de votre fosse septique, tous ceux qui passent vont se boucher le nez à cause des odeurs nauséabondes.

Ces odeurs modifient la qualité de l’air. Donc il y a pollution de l’air qui va créer la même situation de dérangement à plusieurs dizaines de mètres à la ronde chez d’autres citoyens. Il y a en ce moment des nuisances qui peuvent provoquer des rhumes, des maux de tête, etc. La population a besoin de vivre dans un cadre décent. Tout le monde a donc intérêt à changer de comportement pour le bien être de tous.


Propos recueillis par

Abdrahamane Dicko

Sidy Keita , Chef de division communication

« L’environnement, c’est d’abord les populations »
« Le changement de comportement des populations est déterminant dans la gestion de l’environnement.

Le constat aujourd’hui est qu’il y a des eaux usées partout dans les rues. Il y a des populations qui refusent de payer les frais de prestation des GIE de ramassage d’ordures ménagères. Certaines sont enclines à mettre leurs puisards à ciel ouvert. Ces déchets solides et liquides déversés dehors, sont des sources de parasites à l’origine de problèmes de santé.

En faisant une analyse, vous saurez que l’argent que des gens mettent dans les insecticides, les moustiquaires imprégnées ou les médicaments anti-palu est suffisant pour construire des fosses septiques ou des réseaux de mini-égouts. Ces actions vont nous épargner les moustiques, vecteurs de paludisme. Imaginez que dans chaque famille de Bamako, au moins trois à quatre personnes attrapent le palu deux à trois fois dans l’année. Le traitement moyen contre cette maladie peut coûter 8000 à 10 000 F CFA.

L’Etat avait initié le projet « puisard-lavoir », pour lequel les populations devraient contribuer pour le tiers, soit 50 000 F CFA. Jusqu’à présent, beaucoup de gens n’ont pas encore adhéré au projet dans plusieurs communes. La gestion de l’environnement n’est pas un travail du seul gouvernement ou des mairies, comme certains le pensent. C’est d’abord l’affaire des populations ».


Propos recueillis par

A. D.

09 Mai 2008