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Les nombreux mouvements de jeunesse à Gao ont donné du fil à retorde aux groupes armée durant les dix mois d’occupation du nord du Mali en 2012. Alors que l’administration s’est installée dans la ville, ces jeunes mènent présentement une résistance qui se manifeste par la tenue de plusieurs meetings de protestation. En toile de fond de cette mésentente, un retour massif de présumés jihadistes dans la ville. C’est ce qu’explique en tout cas Abdoulaye Boncana Maïga, président des jeunes patriotes, dans une interview qu’il nous a accordée.

jpg_une-2234.jpgAfribone : La colère grogne depuis des semaines à Gao où les jeunes organisent régulièrement des manifestions de protestation. Quelles sont aujourd’hui les attentes de la population ?

Abdoulaye Boncana Maïga :
Nous constatons vraiment que rien ne va au Mali. Tous les jours, des obus tombent sur Gao, tirés de quelques six ou sept kilomètres. Ce n’est pas normal ! L’armée est là depuis des mois.
L’Etat doit prendre des dispositions pour qu’elle assure la sécurité des citoyens. Par ailleurs, il y a des racketteurs tout autour de la ville.

Aux niveaux des postes [de sécurité, Ndlr], des paysans se font rançonner de 1000 F parce que leur carte d’identité ne sont pas en cours de validité. Tout ceci entre dans le cadre de notre ras-le-bol, vraiment !

Vous revendiquez par ailleurs le départ du gouverneur, le général Mamadou Adama Diallo. Que reprochez-vous concrètement à cet administrateur ?

Nous pensons qu’en tant que gouverneur, il est le premier responsable de la ville. Si ça ne va pas, c’est la première personne que l’on voit. Ce qui est tout à fait normal. Si le gouverneur ne peut pas demander aux forces de l’ordre d’aller faire des patrouilles en brousse, pour savoir ce qui s’y passe, je crois réellement qu’il y a problème. C’est là une raison parmi tant d’autres !

On fait état d’un retour d’islamistes dans la ville. Pouvez-vous nous expliquer les contours de cette situation ? Comment est-ce que vous les avez détectés ?

Des gens avec lesquels on a vécu près de dix mois, on ne peut pas nous demander si on les connait ou pas ! Ceux qui ont pris des armes contre nous, ce sont des gens que nous connaissions. Le retour des islamistes à Gao se fait sentir à travers beaucoup de choses.

Dernièrement, des obus sont tombés sur la ville. Mais quatre jours avant, les jeunes du village de Badjel avaient rapporté qu’il y avait des hommes et du matériel de guerre dans la commune de Tiné hiber.
L’armée n’a pas pris de disposition. Les jihadistes sont là ! On le sait.

Quelle explication les autorités administratives vous donnent-elles au sujet de la présence dans la ville de ces présumés islamistes ?

Les autorités administratives nous demandent de fournir des preuves telles que des photos montrant que la personne a tiré avec une arme…
Comment voulez-vous qu’on prenne une photo d’une personne armée ! Hein ?

L’essentiel est que des gens témoignent ! C’est aussi une preuve concrète.

Quelle est la relation de cette brouille de Gao avec la situation à Kidal ?

La situation à Gao est très différente de celle de Kidal. A Gao, les gens ne cherchent pas une autonomie territoriale alors qu’à Kidal, c’est bien le cas. Là-bas, c’est aussi la chasse aux populations noires. Ce qui n’est d’ailleurs pas normal.

Cette attitude doit aussi avoir une réponse ferme des autorités sinon le jour où ça va déborder, ce sera un problème. Jusqu’à présent, les gens ne sont pas tombés dans ce piège.

Dans quelle cadre souhaitez-vous que ce différend avec l’administration soit réglé ?

Pour nous, il faut dégager tous ceux qui sont incapables d’assumer leur mission. Cela passe en premier lieu par le dégagement du directeur de la santé de l’hôpital. Depuis qu’il est arrivé, rien ne marche. Il n’y a pas de médicaments, il n’y a même pas de sages-femmes pour nos malades !
Il y a aussi le gouverneur de la région, les chefs de la police, de la gendarmerie… En un mot, tous ceux qui ne prennent pas au sérieux les problèmes de la population !

Propos recueillis par

Seydou Coulibaly

© AFRIBONE – Le 16 Octobre 2013