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Il était entré dans la pratique de l’art martial dans le strict cadre de démolir ses adversaires lors de ses nombreux accrochages dans les rues de Bamako. C’est après avoir passé à tabac un de ses camarades qui fut admis à l’hôpital que Abdoul Wahab Traoré dit Bob prendra conscience du pouvoir puissant qu’il avait après avoir passé une nuit entière à la police.

Plus de 30 ans se sont écoulés après cela, alors qu’il n’avait que le ceinture marron. Natif de Bamako (Niaréla), Abdoul Wahab grandit dans ce quartier où la loi de la rue exigeait à tous les jeunes d’être un dur à cuire ou de rester à la maison auprès de papa et maman, et Abdoul Wahab n’était pas du genre à s’incliner devant les situations même les plus difficiles.

C’est dans la rue qu’est née la passion entre Abdoul Wahab et les arts martiaux.

Un bagarreur

Genre bagarreur, Abdoul Wahab Traoré, pour rester le seul et unique maître de son monde et bénéficier du respect de la rue s’est vite lancé dans la pratique de la boxe.

Dans cette discipline de brutes qu’il apprendra à encaisser les coups de ses supérieurs et cela l’encouragea davantage à persévérer dans la pratique de cette discipline qui ferra de lui un monstre aux yeux de ses adversaires et qui, sans le savoir, l’initieront dans la pratique de l’art martial.

Toujours à la recherche de la perfection, Abdoul Wahab s’engagera dans le Judo pour encore être plus fort et plus combatif.

C’est en 1968 alors qu’il n’avait que 18 ans qu’il effectua ses premiers pas dans le judo, seule discipline officiellement enseignée dans notre pays par les experts coopérants français qui avaient residé au Sénégal et qui effectuaient des missions au Mali dans le cadre de leur fonctions administratives.


Le parcours dans l’apprentissage

Ainsi, il fut d’abord enseigné par le maitre Français Picart qui était élevé au grade de maître Hirroo Moushizuki qui introduira plusieurs styles de karaté d’Europe et d’Asie.

A cette période, certains Maliens faisaient déjà parler d’eux sur le plan international en judo (M. Lamine Touré et Raymond Coulibaly) qui inspiraient davantage les jeunes générations et les incitaient à s’adonner à la pratique de cette discipline sportive des champions.

Après le départ de Picart, un autre coopérant français opporta son expertise aux pratiquants Maliens, dont Abdoul qui était l’un des parrains de la discipline, Me Réné Kanvel, en plus du judo, était surtout fort dans le “Shotakon”.

Avec ce nouveau maître, l’initiation n’a pas été complète, avec le prochain, maître toujours Français, Jean Louis Gangalo, Abdoul Wahab, considérant que le karaté d’alors était plus agressif, vira dans cette nouvelle discipline toujours pour être plus respecté.

Un temoignage de Bob

Ainsi commença la belle histoire, qui fera de lui une personnalité de renommée dans le monde des arts martiaux dans notre pays. C’est dans le karaté que Bob retrouvera sa vraie personne. En effet, après quelques années de pratique de karaté sous la supervision des experts français Bob, à force de courage et d’assiduité, grimpa vite les échelons et se retrouva à la ceinture marron.

Mais toujours avec la même fougue de “Rucker” et c’est d’ailleurs à ce niveau qu’il enverra un camarade à l’hôpital qui frôla la mort après une bagarre et il sera amené à la police du 3ème Arrondissement pour assumer ses responsabilités.

De toute mon existence, je n’oublierai jamais ce jour, je l’ai même écris. Au fait, j’aimais la bagarre, mais je n’ai jamais pensé un seul jour blesser gravement quelqu’un, mais avec le nouveau pouvoir que la pratique de ces disciplines m’a apporté j’étais devenu un danger sans le savoir.

Et c’est le lendemain, quand je suis rentré de la police que j’ai eu conscience de tout cela et j’ai imaginé tout l’enfer que ma mère vivait en répondant aux parents des enfants que j’avais blessés un jour…”, a dit Bob.

Le début du professionnalisme

C’est après cet incident que Bob prit conscience du pouvoir qu’il avait. Et de ce jour, il s’est remis au travail, non pour se mesurer aux autres dans la rue, mais pour atteindre le sommet des sommets en karaté.

C’est entre 1969 et 1970 que l’enseignement du karaté a été officiellement initié sous Jean Louis Gangabo et qui avait comme premiers disciples, Abdoul Wahab Traoré dit Bob, Adama Traoré, Modibo Sidibé dit Capone Ahmed Doumbia.

Après Me Jean Louis Gangabo, c’est Claude Boussy qui est arrivé. Lui aussi apporta sa particularité au savoir le Wadariou un autre style Japonais proche du Stotokan. De stage en stage et entre le Mali et le Sénégal, Abdoul Wahab Traoré passera de grade en grade alors que le Mali n’avait pas de fédération de karaté.

Bob aura fait toute sa formation sans pourtant faire de très grandes compétitions, alors qu’aujourd’hui, il considéré parmi les plus grands maîtres de karaté de notre pays.

Et cette injustice sera payée en 2005 lors des championnats d’Afrique de karaté en Angola où son premier garçon Ahmed Cheick Hamidou Traoré, formé dans son dojo depuis tout petit se classait vice-champion d’Afrique des poids lourds : “Ce jour, j’ai plané sans le savoir.

Quand on faisait le karaté, on nous traitait de tous les noms, mais aujourd »hui, âgé de 58 ans et maître d’un dojo où apprennent plus d’une centaine de jeunes Maliens et d’ailleurs.”

Bob et marié et père de 7 enfants dont 4 filles (toutes prariquent le karaté) et 3 garçons. Abdoul Wahab Traoré dit Bob est aujourd’hui le plus gradé en karaté dans notre pays, ceinture noire 6ème dan Bob, après le dojo s’occupe de sa ferme située derrière le quartier Missabougou où il élève et cultive et mène une vie bien tranquille.

Après un tour à la Mecque qui lui a valu, le titre de El Hadji, Abdoul Wahab Traoré dit Bob a un seul conseil pour les jeunes générations : travailler, beaucoup travailler et être patient !

Moussa KONDO (Stagiaire)

15 Mai 2008