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La jeunesse demeure le socle du développement d’un pays. Au Mali, la jeunesse s’adonne à la consommation des stupéfiants. Chose qui n’est pas sans conséquence sur le développement socio-économique du pays. Abdoul Karim Bathily, président d’Olucos Mali, une organisation humanitaire de lutte contre les stupéfiants, nous a accordé un entretien à travers lequel il nous donne d’amples informations sur ledit sujet. À noter qu’il est également responsable administratif et financier de l’Ong ALPHALOG. 

Aujourd’hui, la consommation des stupéfiants par la couche juvénile s’accentue, selon vous qu’est-ce qui explique ce phénomène au Mali ? 

Abdoul Karim Bathily : Au cours de la décennie 1990, l’Afrique de l’Ouest est utilisée comme lieu de déconditionnement et d’acheminement pour la cocaïne et l’héroïne et autres stupéfiants vers les marchés européens et Africains. Le phénomène a connu une expansion rapide au milieu des années 2000. Comme conséquence, deux conditions ont contribué à faire du Mali une plaque tournante idéale pour ce trafic : des longues frontières poreuses avec l’Algérie au nord (1376 km), le Niger à l’est (821 km), la Mauritanie à l’ouest (2237 km) et le Burkina Faso au sud (1000 km) ; des vastes régions désertiques au nord (environ deux tiers de la superficie totale du pays, avec une densité de population de moins d’un habitant par kilomètre carré). Dorénavant, le Mali est essentiellement utilisé pour la réception et la réexpédition des drogues par voie aérienne et terrestre, à souligner que la consommation de drogues par les jeunes est une réalité de plus en plus inquiétante. Les causes sont généralement l’échec scolaire, la mendicité, le rap, le chômage, les crises socio-politiques, l’insécurité grandissante, etc. 

Selon une enquête réalisée en 2012, la consommation de la drogue, de l’alcool et de tabac demeure très élevée chez les jeunes maliens malgré les campagnes de sensibilisation. L’enquête précise que 25 % des filles et 72 % des garçons de moins de 18 ans ont déclaré avoir consommé de la drogue au cours de leur adolescence. « Un chiffre d’autant plus inquiétant que cette consommation est régulière pour 13 % des jeunes et que près d’un sur deux dit avoir déjà été ivre », le cannabis est, lui aussi, très répandu chez les jeunes : 50 % des adolescents de 17 ans l’ont expérimenté au moins une fois. De plus, 15 % des garçons et 6 % des filles consomment du cannabis au moins dix fois par mois. De telles habitudes comportent évidemment des risques, notamment pour la santé.

Parlant des conséquences liées à la consommation de la drogue, j’indique que la drogue, à elle seule, entraîne une panoplie de conséquences telles que la démotivation, la diminution du désir d’apprendre, de penser aux examens ou de faire n’importe quel travail. D’où un mauvais rendement scolaire ou professionnel qui se termine indiscutablement par l’abandon des études et l’échec dans la vie. Toutes les substances hallucinogènes causent une diminution de la vigilance et des réflexes spontanés, donc un risque imminent d’accidents mortels. Ces produits toxiques exposent l’individu certainement à des risques psychologiques graves. Les plus connus sont, à titre d’exemple, la mauvaise humeur, l’agressivité, les crises d’angoisse et de panique, la perte de contrôle de soi, les troubles du comportement, les délires, …

Quels sont les impacts de cette pratique sur le développement durable d’un pays ? 

A.K.B : Les pays en développement et les pays en transition ont besoin de l’assistance financière et technique de la communauté internationale dans leur lutte contre le fléau de la drogue. Sans l’élimination de ce fléau, la création de conditions économiques et politiques favorables à l’attrait de capitaux étrangers nécessaires au développement durable serait compromise. 

Le Mali, vulnérable au trafic de drogues, demeure confronté à l’insuffisance de moyens logistiques, technologiques et financiers de lutte antidrogue et fait face à des contraintes objectives liées, entre autres, à la porosité des frontières entre Etats et à la dégradation de la situation politique, économique, sociale et sécuritaire dans un certain nombre de pays.

Les efforts déployés par le gouvernement pour éliminer le problème de la drogue sont louables. Le Mali est devenu un territoire privilégié pour le trafic illicite de drogues en raison de la difficile situation économique et politique. Il est extrêmement inquiétant de constater que des enfants et des adolescents deviennent les innocents victimes du trafic illégal des stupéfiants. Les effets des drogues illicites sur les individus et leur famille ne doivent pas être sous-estimés. Les drogues ont des effets néfastes sur la santé et engendrent la désunion au sein des familles. Elles affectent l’essor économique et le développement et contribuent à la désintégration du tissu social. D’autre part, il faut garder à l’esprit que la pauvreté est l’un des facteurs de l’augmentation de la consommation et du trafic de drogues par les jeunes. De plus, le trafic des drogues a pour corollaire le terrorisme, le crime transnational, le blanchiment de l’argent et le trafic illégal des armes. Il est par conséquent impératif que les Gouvernements opposent un front commun à la drogue et aux activités criminelles qui en découlent. La communauté internationale se doit d’y répondre collectivement. Le gouvernement doit intensifier ses efforts pour mettre en œuvre des lois et renforcer le système judiciaire. 

Que devons-nous faire pour lutter efficacement contre ce fléau dans notre pays ? 

A.K.B : Pour combattre ce phénomène, il va falloir agir à plusieurs niveaux. D’abord, au niveau de la société, il est primordial de développer la création d’emplois pour les jeunes qui le plus souvent travaillent dans le secteur informel sans avoir une stabilité de vie. En outre, l’Etat doit développer des Curricula pour la sensibilisation au niveau scolaire sur la problématique de la drogue (second cycle de l’enseignement fondamentale et secondaire). Il faut également impliquer les leaders religieux et traditionnels dans la sensibilisation sur la problématique de la consommation de la drogue au Mali. 

Au niveau des usagers, les efforts doivent être consentis entre autres sur le traitement, la création des centres d’écoute, … C’est-à-dire mettre en place des centres d’addictologie au niveau de toutes les capitales régionales du Mali et le district de Bamako. Mettre aussi en place des centres d’écoute et de conseil pour les usagers de drogues, mais aussi pour les jeunes.

Au niveau des familles, nous devons renforcer la sensibilisation sur la problématique de la drogue et favoriser l’insertion socio-économique des consommateurs de la drogue. La lutte contre toutes formes de stigmatisation et de discrimination envers les usagers de drogues doit être une réalité. 

En fin, au niveau des forces de l’ordre et des décideurs, les autorités doivent faire un allègement de la loi N°01-78 du 18/07/2001 au niveau de son titre 9 portant contrôle des drogues et de leurs précurseurs au Mali qui met dans le même chapeau les consommateurs de drogues et les barons de la drogue. Renforcer le plaidoyer auprès des forces de l’ordre et sécurité pour l’humanisation de la lutte contre la drogue doit être aussi une des priorités de l’Etat. 

Aidez les associations qui évoluent dans ce domaine de prévention à avoir les financements nécessaires pour atteindre les objectifs clés. 

Jacques Coulibaly 

@Afribone