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Abandonnée par son fiancé, Marie Stéphanie Monvoisin, enceinte de deux mois, avale sept comprimés de Cytotec pour tenter de mettre fin à sa grossesse. Mais ce geste là conduit à l’hôpital Jeetoo et lui vaut un procès pour avortement. Hier, la cour intermédiaire a ordonné qu’elle soit mise à l’épreuve.

«Vous n’irez pas en prison mais il vous faut payer une caution de Rs 10 000 et faire preuve de bonne conduite pendant deux ans», a déclaré la magistrate Jennifer Lau Yuk Poon.

Debout dans le box des accusés, Marie Stéphanie Monvoisin ne peut retenir ses larmes au prononcé du verdict. «Le pire est derrière moi», dit cette jeune femme de 25 ans qui reprend ses esprits à sa sortie du tribunal.

Mais les circonstances qui l’ont poussée à mettre fin à sa grossesse la perturbent et l’empêchent d’être vraiment heureuse. Sa mésaventure avec celui qu’elle considérait comme l’homme de sa vie a laissé des séquelles qui seront, dit-elle, longues à oublier.

C’est en 2000 que Marie Stéphanie fait la connaissance de Jason (nom fictif) alors qu’elle séjournait chez sa soeur aînée à Albion. Ce mécanicien, alors âgé de 22 ans, ne tarde pas à lui déclarer son amour pour elle. «Il voulait à tout prix qu’on officialise notre relation. Il était très sérieux. Il a rencontré mes parents et m’a demandé en mariage», raconte-t-elle.

Mais cinq années passent et Marie Stéphanie attend toujours l’avènement de ce mariage, pour «vivre le plus beau jour de ma vie». «Une attente qui s’est avérée vaine car au bout du compte, j’ai été trahie», regrette-t-elle.

En mars 2005, elle se prête à un test de grossesse, qui se révèle positif. En apprenant la nouvelle, le fiancé exige qu’elle avorte. Son père menace de la mettre à la porte si elle ne met pas fin à sa grossesse. «Mon père ne voulait pas entendre parler du bébé. Une mère célibataire c’était quelque chose d’inacceptable dans ma famille», dit-t-elle encore.

«Zenfan la inn ale»

Comme un malheur n’arrive jamais seul, deux mois plus tard, le fiancé rompt tout lien avec elle. «J’ai cru comprendre de sa mère qu’il avait quitté le pays. Dans une situation pareille, je me suis dit que cela valait mieux d’avorter. Je n’étais pas prête à être mère et, encore moins, mère célibataire.»

En cour hier, Marie Stéphanie a expliqué qu’elle a acheté des comprimés de Cytotec. «Des amies m’avaient dit qu’on pouvait avorter en prenant ces comprimés. Je ne savais pas combien il fallait prendre. J’en ai donc pris sept», avoue-t-elle.

Deux jours plus tard, des douleurs atroces au ventre l’obligent à se rendre chez sa soeur à Albion «pour chercher un peu de réconfort et de soutien moral», mais aussi pour que cet avortement se fasse dans la discrétion la plus totale.

Mais son état de santé s’aggrave, au point où sa soeur est contrainte de la faire hospitaliser. «J’ai été hospitalisée. On m’a fait une injection à mon arrivée. Peu de temps après, je me suis endormie. A mon réveil, les infirmières m’ont dit ki zenfan la inn ale.»

Trois ans après, Marie Stéphanie regrette son geste. «A l’époque, je ne connaissais pas les conséquences. J’étais ignorante et j’ai écouté les personnes autour de moi. J’étais prise en sandwich entre les menaces de mon père et la lâcheté de mon fiancé. Aujourd’hui je regrette d’avoir avorté. C’est un cauchemar que je ne souhaite à aucune femme», affirme-t-elle.

A 25 ans, Marie Stéphanie essaie de refaire sa vie. Mais son passé pénible la tourmente chaque jour. Pour elle, la présence d’un homme dans sa vie n’est pas une chose indispensable. «Ma vie, je veux la vivre autrement, loin des préjugés. Je veux être indépendante pour ne plus avoir à subir toutes ces pressions».

Cette envie de liberté exprimée, elle se hâte vers la gare Victoria pour prendre l’autobus. Elle ne doit pas arriver en retard à son travail.

Ile Maurice … Source : L’Express

12 mars 2008.