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Le gouvernement, initialement conçu par les signataires de l’Accord – cadre du 06 avril 2012 comme une structure exécutive de large union nationale, a été en réalité le fruit d’une effroyable démarche solitaire du pseudo-navigateur. Se méprenant sur la notion de «pleins pouvoirs», il a, par un singulier manque d’adresse et de tact politiques, tout simplement snobé la classe politique et la société civile arguant du fait qu’il était dans l’obligation de composer avec des personnes qui bénéficient de sa pleine confiance, compte tenu du délai court qui lui était imparti pour accomplir une œuvre aussi difficile.

L’argument a paru, en soi, acceptable. C’est d’ailleurs pourquoi certains regroupements politiques de taille (Ibk 2012, Fdr, Adps), sans lui donner un blanc seing, ont pris acte de cette évolution et se sont inscrits dans une dynamique de jugement aux actes posés. Il convient de rappeler que le gouvernement de transition avait pour double objectif de reconquérir le nord et de préparer les élections générales. Ces actions devraient être inscrites dans une feuille de route convenue et approuvée par les forces vives de la nation.

Aujourd’hui, à l’épreuve des faits, dire que cet attelage gouvernemental est décevant serait un doux euphémisme. Il est tout simplement fantomatique, ne sachant plus dans quelle direction voguer. La feuille de route tant attendue continue à se faire attendre alors qu’elle devrait être le premier job du navigateur. Lui qui se dit avoir été membre d’une équipe de la Nasa devrait pourtant savoir que la feuille de route («la road map» en anglais) est l’outil le plus banal requis de n’importe quel groupe de travail pour n’importe quelle activité, quelque soit sa pérennité ou son impact dans l’objectif global de l’organisation. Le concept a même été «francisé» par les Canadiens du Québec qui œuvrent toujours à «maper» systématiquement et préalablement les détails de toute œuvre collective qu’il leur est donné de réaliser. La méthode a donc revêtu le sceau indélébile de la culture nord américaine du fonctionnement des organisations. D’ailleurs, cette culture a fait trace d’huile dans les organisations internationales qui nous gouvernent telles que la Banque mondiale ou le Fmi, à travers le concept de la gestion axée sur les résultats (Gar). Ainsi prescrite comme outil de gestion devant être nécessairement globalisé, toute l’administration malienne a, par voie de conséquence, été gavée des méthodes d’organisation autour du Gar.

Le commissariat à la Reforme administrative a englouti des milliards de nos francs dans la formation de nos cadres sur la conception et le suivi évaluation selon le modèle Gar.

Les gouvernements précédents ont parfaitement bien maîtrisé l’approche. Des séminaires d’évaluation étaient périodiquement organisés pour noter les avancements par rapport aux objectifs projetés. Et les ministères étaient «notés» en conséquence. Au prix, certes, d’une rigoureuse priorisation, cet exercice était religieusement effectué pour la gestion de multiples et transversaux objectifs. Il n’y a pas de raison que la même administration peine au travail lorsqu’il ne s’agit que de planifier la réalisation de seulement deux objectifs. Les ressources n’ont pas été évaporées ou changées, elles sont tout simplement mal managées.

L’incompétence pourrait justifier cet état de fait bien que ce seul argument ne suffise à convaincre. Il pourrait en réalité s’agir d’actes posés dans le seul dessein de retarder les évolutions et solliciter une prorogation de la transition. Le calcul parait machiavélique, mais la tentation de se donner plus de temps pour mieux placer ses hommes et réussir un ancrage solide dans l’administration serait un des principaux objectifs du soi disant navigateur.

Dès à présent, si on évaluait le gouvernement actuel dans le cadre d’une stratégie crédible de Gar et eu égard le laps de temps dans l’exercice de leurs fonctions, seuls deux ministres, pourtant occupés à des postes accessoires par rapport aux objectifs principaux, émargeraient curieusement du lot. Ce serait le ministre de la Justice, pour toute l’œuvre de restauration de l’Etat de droit qu’il a entreprise contre vents et marées et son homologue de l’Economie et des finances pour la restauration de la confiance et du dialogue avec les bailleurs de fonds sur fonds de léger frémissement de l’activité économique. Les autres ministres et singulièrement ceux préposés aux fonctions essentielles de la mission du gouvernement de transition, à savoir le ministre de la Défense et celui de l’Administration territoriale, demeurent toujours à quai, inertes, atones et ayant l’air de voguer en haute mer sans sextant, ni boussole. Est-ce délibérément une stratégie impulsée par le premier d’entre eux ? L’avenir nous le dira.

Ce qui est clair aujourd’hui, c’est que la classe politique, toutes tendances confondues, a sonné la fin de la récréation. Elle n’est plus en état d’avaler les couleuvres d’une gestion gouvernementale empreinte d’amateurisme et de pilotage à vue en cette période cruciale du devenir du peuple malien. Le Premier ministre doit nécessairement se réveiller ; et pas seulement en proposant des machins de récupération mal pensés aux partis politiques. Il doit avoir le courage de reconnaître qu’il a fait un faux départ et qu’il s’attelle à rectifier le tir pendant qu’il est encore temps.

Gérard DAKOUO

Le Prétoire du 28 Juin 2012