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Pour un fait divers politique, c’en est un. Sauf qu’il aura le fâcheux effet de heurter les esprits cartésiens, enclins à vouer aux gémonies tout ce qui semble irrationnel. Pour autant, le factuel doit-il être renié dans notre société? Que nenni! L’histoire rocambolesque d’IBK et les érudits mérite bien d’être contée, analysée et interprétée, pour voir, si toutefois, il n’existe pas de lien de causalité avec la déconfiture actuelle des Tisserands.

Les faits remontent en 2002, précisément pendant la période qui a précédé l’élection présidentielle du mois d’Avril de cette année là. Ibrahim Boubacar Kéïta, au faîte de sa splendeur, débarque à Abidjan (Côte d’Ivoire) où il n’avait que des admirateurs. Ceux-là se comptaient par centaines de milliers.

D’autant qu’il sortait d’une épreuve avec son ancien parti (l’Adema) qui l’avait hissé au rang de martyr. L’annonce de son arrivée sur la terre d’Eburnie avait transformé les bords de la lagune Ebrié en un véritable chaudron. A peine si les Maliens de Côte d’Ivoire avaient fermé l’oeil, la nuit qui devait clore le moment inespéré , celui de voir, toucher leur idole : IBK.

Ce sont donc des paupières lourdes qui prirent d’assaut l’aéroport international Félix Houphouet Boigny d’Abidjan dès 6 heures du matin. Une foule bigarrée des grands jours, qui espérait accomplir son rêve. A dix heures, l’avion du président du RPM, affreté pour sa campagne, se présente en bout de piste.

Il n’en fallait pas plus pour créer un véritable grabuge dans le périmètre du pavillon ministériel ouvert pour la circonstance. IBK venait au pays de son ami Laurent Gbagbo. Cela explique tout. Le mouvement de foule a été tel que, les autorités aéroportuaires décidèrent finalement de transférer tout ce beau monde sur la piste d’atterrissage du GATL : (l’armée de l’air Ivoirienne). Permettant ainsi à IBK de se frayer un passage dans un faisceau de bras, tous voulant le toucher, lui témoigner leur admiration.

Après un éclair bain de foule, IBK embarque, pour la salle de l’ex A.I.TA.CI à Treichville, le cadre de son meeting. Là également, il y avait foule. La salle était pleine comme un oeuf d’oie. IBK fit son entrée dans un vacarme assourdissant. Une heure après le passage du cortège du président du R.P.M, la circulation routière sur le boulevard Valery Giscard d’Esteing était encore affectée.

Outre le président IBK, la délégation du RPM comptait ce jour là dans ses rangs, un certain Bakary Koniba Traoré, Mahamane Baby, alors président de la jeunesse et bien d’autres cadres du parti. Les envolées lyriques du président du R.P.M n’ont laissé personne indifférent. C’était l’euphorie générale, la totale communion.

Tout se passa comme sur des roulettes russes, jusqu’au moment où l’on annonça au président du R.P.M, Elhadj Ibrahim Boubacar Kéïta, que pour des raisons de sénilité, les sages maliens, tous ou presque acquis à sa cause, souhaiteraient le rencontrer, après son meeting, au domicile du chef des Maliens, ElHadj Dougoutigui Daouda à Adjamé.

En fait, ils étaient une centaine ces sages au nombre desquels, dix-sept imams dont certains sont venus de Yamoussoukro (200 km d’Abidjan), et de Bouaké (400 km d’Abidjan).Ils s’étaient donnés rendez-vous depuis 6 heures du matin, au lieu indiqué. Mais leur longue attente sera vaine lorsqu’ils s’entendront dire que le président du R.P.M, Ibrahim Boubacar Kéïta, avait tout simplement décliné leur invitation, au motif qu’il avait un meeting à Sikasso l’après midi. Il n’en fallait pas plus pour courroucer nos “personnes âgées”. On fulmine, on invective; séance tenante, on statua sur le cas, jugé irrespectueux à leurs yeux.

Et par voie de conséquence, une sanction devait être prononcée ipso-facto.

La colère aidant, une sorte de “fatwa” fut prononcée. Et leur porte parole d’être explicite.”Que IBK comprenne une fois pour toute que s’en est fini pour lui des élections pour lesquelles, il est en train de se battre. Il sentira le souffle de la victoire sans qu’il ne s’en délecte. Je ne suis même pas sûr qu’avec ce qu’il vient de faire, sa carrière politique et l’avenir de son parti ne s’en sentira pas”, a-t-il fulminé. Six ans après, certains militants du R.P.M, de Côte d’Ivoire, témoins de ce fait divers politique, continuent de croire que ce couac en est,

pour partie, dans la mauvaise passe que traversent les tisserands .Qui perdent une trentaine de députés en cinq ans et dont certains préfèrent trouver leur salut dans d’autres formations politiques.

Leur conviction est d’autant plus fondée, selon eux,que dans la même période, au même lieu, et avec la même grappe d’érudits, ATT qui briguait également le perchoir, avait accepté volontiers de s’y rendre et bénéficier de bénédictions dont les effets sont en train de traverser le temps.

Reste maintenant à savoir si un pardon, même tardif, d’IBK, pourrait exorciser le sortilège. Affirmatif, dixit un sage ayant pris part aux événements, de passage à Bamako et qui a interprété le déplacement du secrétaire général du parti Bocary Tréta à Abidjan après lesdites élections comme une circonstance aggravante. “On a affaire à IBK mais pas à Tréta” a-t-il lancé. Ainsi va le monde de l’obscurantisme.

Amadou Sangho

17 Novembre 2008