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Depuis quelques instants et surtout à la faveur des difficultés que traverse le pays, on entend çà et là quelques propos amers, voire négationnistes de la révolution du 26 mars 1991. A entendre certains, c’est tout comme il aurait mieux valu que le 26 mars n’eut jamais lieu.

Je peux comprendre que des Maliens âgés de 30 ans et moins disent que rien n’a changé, se plaignent de leur situation puisqu’ils n’ont aucun élément de comparaison, puisqu’ils n’ont connu que l’état de démocratie du pays. La sagesse chinoise dit « Quand un crapaud au fond d’un puits affirme que le ciel se limite à ce qu’il aperçoit, il dit vrai ; mais c’est une vérité somme toute relative. Mais quand ce même crapaud en dehors du puits réaffirme ce qu’il avait précédemment dit, c’est qu’il est soit obtus soit qu’il est manifestement de mauvaise foi ».

C’est dire que des Maliens de 40 ans et plus qui affirment qu’hier c’était mieux qu’aujourd’hui sont soit malhonnêtes, soit qu’ils faisaient partie de ceux-là qui opprimaient le peuple ; ils faisaient partie de cette caste de prébendiers sans foi ni loi. Sinon comment pourrait-on oublier ces mois sans salaire ? Comment pourrait-on oublier ces pénuries alimentaires ? Il fallait avoir la carte UDPM (Union démocratique du peuple malien) pour pouvoir se ravitailler dans une coopérative !

Comment oublier ces arrestations arbitraires ? Arrestations parce qu’on avait le culot de réclamer son salaire ! Comment oublier la situation des cadres mis en situation de choix kafkaïenne : s’expatrier ou se faire humilier ? Comment oublier ces incarcérations, voire ces éliminations physiques de Maliens dont le seul tort était de dire qu’ils n’étaient pas d’accord avec la manière de gérer le pays ? Comment oublier les abus de toutes sortes que les Maliens de l’extérieur subissaient à leur retour au pays ?


Non !
Il ne faut pas faire d’amalgame, il ne faut pas comme on le dit jeter le bébé avec l’eau du bain. On ne peut comparer que des choses comparables. De grâce, pas d’amalgame ; comparer la dictature militaire, que nous avons subie pendant 23 ans, à la IIIe République, c’est sans nul doute, faire injure au peuple malien et à tous ces innombrables Maliens, connus comme anonymes qui ont consacré ou donné toute leur vie afin que le 26 mars 1991 soit.


Aussi, nous sommes de ceux qui, comme Me Mountaga Tall
pensent que le Mouvement démocratique a atteint ses objectifs. Car n’oublions pas que c’était l’instauration de la démocratie multipartite qui était le cri de ralliement, le dénominateur commun de tous les acteurs du Mouvement démocratique, aussi bien à l’intérieur, qu’à l’extérieur du pays.

Le 26 mars nous a apporté la liberté de parole, la liberté d’expression sous toutes ses formes que nous n’avions jamais connues depuis l’indépendance ; le 26 mars nous a apporté la liberté d’entreprendre ; le 26 mars nous a apporté la liberté de nous déplacer ; le 26 mars nous a apporté la liberté d’association.

Certes, notre démocratie n’est pas parfaite, mais regardons autour de nous. Certes, l’après 26 mars nous donne presque un goût de révolution inachevée. Mais était-ce réellement l’objectif du Mouvement démocratique ?

Louons Dieu que le général se soit laissé engluer dans son refus entêté d’accepter le multipartisme avant le congrès de son parti. Imaginez qu’il ait accepté. Nous serions certainement encore sous la dictature de l’UDPM dans un contexte multipartite. Les exemples foisonnent en Afrique, de partis uniques constitutionnels qui se sont mué en partis uniques de fait en régime « multipartite ».

On connaît l’habileté des dirigeants africains à prostituer tout ce qu’ils touchent. Evidemment chaque pays a ses réalités. Ce qu’on oublie le plus souvent, c’est que la démocratie, c’est aussi et surtout la responsabilité. Or que constate-t-on ? Les Maliens sont incapables d’avoir une société civile forte, combative. Sans société civile forte, il n’y a pas de démocratie. Dans quel pays obtient-on des droits sans lutte ?

Une analyse, même grossière de l’après 26 mars, nous indique que les acteurs du Mouvement démocratique, n’étaient pas prêts à la prise et à l’exercice du pouvoir ; ils n’avaient aucune stratégie ni pour le développement ni pour la gouvernance du pays.

Ce déficit de stratégie a fait que des opportunistes de tout bord, des acteurs de la 25e h se sont infiltrés dans ses rangs et ont eu le temps de vicier la marche du nouveau pouvoir. C’est pourquoi tous les problèmes récurrents que traîne le pays depuis des lustres n’ont pu trouver de solutions même partielles.

Il en est ainsi de l’école, de la sécurité alimentaire, du problème du Nord, de la corruption, de l’emploi des jeunes, de l’émigration etc. D’où pour le citoyen lambda : rien n’a changé, au contraire, la situation se serait même empirée !


Malheureusement,
à travers ce que nous percevons, nous ne voyons aucun parti politique digne de ce nom proposer des solutions à ces problèmes et capable de défendre son programme. On se complaît plutôt à des calculs politiciens. Les partis dits grands ont peur de prendre leurs responsabilités ; c’est de leur démission qu’est né le sentiment de frustration du peuple malien.

Dans la plupart de ces partis, il n’y a aucune unité idéologique. C’est dire que le syndrome sécessionniste est toujours présent. Je ne crois pas que l’un de ces partis présents aujourd’hui sur l’échiquier national, soit capable d’un vrai projet de société et surtout capable de l’appliquer.

Il pourrait certes gagner des élections, mais une fois au pouvoir, les mêmes causes provoquant les mêmes effets, on retomberait dans les travers que nous connaissons depuis 1991. La question que faire nous taraude naturellement l’esprit.

La centaine de partis existants ayant montré leur limite, nous pensons qu’il est encore plus que temps que tous les vrais patriotes et démocrates se ressaisissent afin de créer un instrument fort dont la tâche principale sera l’analyse sans complaisance de la situation nationale, l’élaboration d’un programme de redressement national et de sa feuille de route aussi précise que possible.

Munis de cet instrument, en rupture avec les pratiques actuelles, les démocrates et patriotes descendront dans l’arène politique. La tâche sera certes ardue, mais la qualité des femmes et des hommes qui composeront ce nouvel instrument fera naître l’espoir au peuple. De cet espoir naîtront du peuple des actes responsables, permettant enfin, aux citoyens maliens de prendre leur destin en mains.

Hamidou Ongoïba

(BP-E 1045 Bamako)

01 Avril 2009