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“L’initiative Riz a été politiquement mal gérée. Ce qui fait que tout le monde est aujourd’hui mal à l’aise là dedans. Il a été produit suffisamment du riz. Mais ce qui est sûr, c’est que l’on n’était pas bien organisé pour le gérer”. Ces propos sont du Président Directeur Général de l’Office du Niger (ON), M. Seydou Idrissa Traoré. Bien que tardive, cette révélation du PDG de l’ON sonne comme une sentence dirigée contre le gouvernement Modibo Sidibé qui, après avoir facilité l’acquisition des engrais, n’aurait pourtant rien fait en amont, pour la mise en place d’une stratégie de commercialisation du riz.


M. Seydou Idrissa Traoré enfonce le clou en soutenant :
Au moment des premières sorties du riz, le prix du kilo oscillait entre 175 et 200 F CFA. L’opération a duré trois semaines. Des milliards ont été donnés à des intermédiaires pour qu’ils achètent du riz. Et c’est ce riz qui est stocké dans les magasins”.

Et le PDG, d‘ajouter : “Lors des visites de terrain des ministres dans les zones rizicoles, ce n’est pas de l’herbe qu’on a filmé, c’est bien du riz. Aujourd’hui, la production nationale est exportée. Et elle va l’être”. Comme quoi les plus hautes autorités savent très bien où se situe le talon d’Achille de la fameuse Initiative Riz. Mais personne n’en pipe un mot, car tout revenait, en fin de compte, à la faillite du Gouvernement.

Il semble qu’on n’a pas dit la vérité au peuple, du moins lorsqu’on se fié aux propos du Président Directeur Général de l’Office du Niger qui, décidément, en avait gros sur le cœur et la conscience. En effet, M. Seydou Idrissa Traoré affirme tout de go : “Il a été dit qu’avec l’Initiative Riz, le prix du riz va baisser. Ce qui est faux ! Le but de l’Initiative Riz était uniquement d’assurer la disponibilité du riz dans le pays”. Comme pour dire que dès le départ, le peuple malien a tout simplement été mené en bâteau. Sinon, à quoi rime le fait de rendre le riz disponible dans le pays, sans que les populations soient en mesure de s’en approprier?


Ne faut-il pas sanctionner les coupables?

Qu’on en convienne ou non, l’initiative riz a échoué parce qu’elle n’a pas été sous-tendue par une politique adéquate de commercialisation. Et les coupables de ce fiasco sont désormais connus : en premier lieu, le Premier ministre et Chef du Gouvernement, Modibo Sidibé qui est en plus reconnu pour être l’initiateur de la fameuse opération qui devait permettre, aux Maliens, de manger à leur faim, chez eux, et à moindre frais.

Mais curieusement, au bout de l’initiative, ce fut la désillusion. Les Maliens n’ont jamais été aussi exposés à la précarité et l’insécurité alimentaire ! Et qu’on se le dise : tant que le prix du riz ne baissera pas sur le marché, aucune mesure d’importation ne pourra venir à bout de cet état de précarité généralisée. Cela est d’autant plus vrai qu’il a été établi que l’Etat s’est rendu complice de quelques “sangsues” tapies au sein du monde des opérateurs économiques.

Chapeau doit donc être tiré au PDG de l’Office du Niger, qui osé dire tout haut ce que bien de personnes, à sa place, diraient tout bas : “le marché du riz au Mali est géré par… seulement trois opérateurs économiques”.

Comme coupable, il faut citer en second lieu, le ministre de l’Agriculture, le Pr Tiémoko Sangaré. Il est responsable autant que le Premier ministre, car c’est à lui qu’incombait l’exécution de l’Initiative Riz. N’est-ce pas lui qui disait à tout bout de champ que le gouvernement était en train de mettre en oeuvre un mécanisme fiable de commercialisation?

Or, selon le PDG de l’Office du Niger, cela n’a jamais été fait. Il y a enfin d’autres coupables dont M. Seydou Idrissa Traoré n’a pas daigné prononcer les noms.

L’Initiative Riz n’ayant pas été conçue pour faire baisser le prix du riz, le Chef du gouvernement et ses ministres impliqués dans l’initiative ne doivent-ils pas être sanctionnés? Quand aux trois opérateurs économiques inctiminés, ne doivent-ils pas être immédiatement mis sous mandat de dépôt, avant leur comparution devant les juridictions compétentes?

Reste à savoir maintenant si, par rapport à cette initiative ratée, ATT va instruire quelques mesures au Chef de gouvernement, Modibo Sidibé, au ministre de l’Agriculture, Tiémoko Sangaré, et à son homologue des Finances, Abou-Bakar Traoré. En tout cas, gouverner, c’est prévoir, dit-on.


Adama S. DIALLO

24 Mars 2009