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Suite à notre article publié dans L’Indépendant n°1932 du 9 avril intitulé «Ministère de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce : Mme Ba Fatoumata Néné Sy n’a pas été démise, elle est démissionnaire», nous avons reçu cette contribution d’un lecteur.

Monsieur Saouti, Cher frère,

Nous avons été surpris de lire dans L’Indépendant du 9 avril (N°1932) un article apparemment signé de Saouti Haïdara et concernant la pseudo-démission de Mme Ba Fatoumata Nènè Sy de son poste de ministre de l’Economie, de I’Industrie et du Commerce.

Assurément, M. Haïdara ne nous a pas habitués à ce genre d’article hâtivement bâclé, à la contexture incohérente et reposant, de surcroît, sur des faits dont la plupart sont non avérés. La rigueur sans concession de son professionnalisme incontestable, alliée à son sens de la mesure et à sa perspicacité, l’ont toujours amené à fournir des articles sérieux, où le sens de la retenue, l’éclairage objectif et la prise de position, même partisane, ont toujours su privilégier la vérité et l’exacte réalité des faits.

Or, cet article écrit, semble‑t‑il, sur mesure, c’est‑à‑dire, sans doute inspiré par une compassion légitime pour l’infortune d’une femme seule et abandonnée au milieu du gué de la tourmente gouvernementale, n’obéît pas aux habituels critères très sévères des écrits saoutiens. Bref, passons…

LES FAITS

1°) L’entourage de Mme la Ministre, composé en totalité de cadres supérieurs ayant tous plus de 10 ans d’expérience, était peu apprécié de Mme Ba, qui les sous-estimait avec mépris et ne manquait jamais une occasion de les rabrouer, du fait de leur seule qualité de fonctionnaire. Pour cette raison, elles les jugeait, a priori, incompétents et magouilleurs, pour ne pas dire plus.

A leur tour, ceux‑ci avaient adopté une attitude d’expectative, en préférant s’armer de patience en attendant une confrontation qui apparaissait fatale. Au demeurant, cet entourage, nullement surpris de son départ du Gouvernement, lui a fait reproche de ne l’avoir pas tenu informé de cette sortie. Mais, à cet égard, il vous est loisible d’écouter ces cadres pour recueillir leurs opinions, qui seront sûrement émaillées d’anecdotes renversantes… Pour être bref, on dira que son entourage, en retour, ne l’appréciait guère pour le moins, pas seulement à cause de son caractère revêche ni de son incapacité à communiquer…

2°) Le colloque sur les produits de première nécessité est une initiative décidée conjointement par le Gouvernement et l’UNTM avant la grève de juin 2007. La date de son organisation, fixée pour le mois d’août 2007, a été reportée pour ensuite se dérouler fin décembre 2007, après donc l’installation de la nouvelle équipe gouvernementale, nommée en octobre 2007. A moins d’avoir un don d’ubiquité, il eût été difficile à notre grâcieuse ministre d’offrir cette proposition en juin 2007, quand elle n’était pas encore ministre et se trouvait dans un salon aux lambris d’or de la Banque mondiale.

3°) Le Conseil National des Prix fait partie de la vingtaine de propositions avancées par les experts de l’UNTM et du Gouvernement et avalisées, en partie, par le colloque de décembre 2007 sur les denrées de première nécessité. Mme la ministre n’a véritablement pris connaissance du rapport final, avec des recommandations, que lorsque ordre lui a été donné de transmettre le document au Premier ministre. En aucun cas, elle n’a eu à proposer, même indirectement, quelque mesure que ce soit dans le cadre de ce colloque.

4°) La proposition d’augmentation des salaires de 15 à 25% relève tout simplement du dilettantisme naïf, surtout dans le contexte actuel et en tenant compte des perspectives économiques et fiscales du Mali pour les cinq ans à venir. En proposant de couvrir cette augmentation par des recettes fiscales et douanières tirées de l’importation des tabacs et des boissons alcoolisées, il faudrait que les 12 millions de Maliens se transforment tous, à la fois en fumeurs invétérés et en buveurs d’alcool impénitents, et à condition de tripler sans coup férir le volume actuel d’importation des boissons et tabacs. Et encore eût‑il fallu que cette consommation obéisse à une progression exponentielle et régulière d’au moins 30% chaque année.

5°) Le dossier «cimenterie» date du régime de Moussa Traoré, avec la réalisation d’études concernant le site d’Astro par les ministres Lamine Kéita et le regretté Robert Ndaw. De surcroît, Mme Ba a trouvé en instance trois projets de cimenterie, initiés par Messieurs Bittar de la CCIM, Choguel Maiga en sa qualité de Ministre chargé de l’Industrie et Ousmane Thiam en charge des Investissements. D’après ce que nous savons, l’idée maîtresse de Mme Ba a été de chercher à comprendre la complexité technique de ces projets. Ce qui est tout à son honneur, car ce fut la seule et unique fois où elle a réellement cherché à comprendre quelque chose, sans pour autant être parvenue à comprendre… Question de niveau intellectuel, sans doute.

Vous soutenez qu’elle a proposé la suspension des droits et taxes de douane concernant l’importation du ciment, en attendant que le Mali réalise une usine de cimenterie. Elle n’a rien proposé de tel au Chef du Gouvernement et au Président de la République. C’est précisément le lendemain de sa «démission», c’est‑à‑dire le samedi matin, au cours d’une réunion de Cabinet impromptue, qu’elle a fait part de ses idées à son entourage, totalement médusé par cette boulimie soudaine d’initiatives après la bataille perdue.

La pertinence de la suspension de droits et taxes de douane sur le ciment importé reste à démontrer, au regard des impératifs imposés par l’équilibre budgétaire et les engagements de l’Etat … C’est une proposition qui ressemble fort à la beauté primesautière du mirage d’eau dans le désert caniculaire …

6°) La création d’une société mixte de distribution de produits pétroliers: cette idée, qui a été avancée par son consultant rwandais ou burundais paraît objectivement pertinente, stratégiquement juste et même urgente à réaliser. Cette action prométhéenne est à saluer.

7°) Quant à l’Aide publique au développement, comme tant d’autres politiques et stratégies, Mme Ba n’a jamais compris son mécanisme. On n’a pas besoin d’être un initié pour savoir que l’harmonisation de l’aide publique au développement se pratique à l’OCDE, au G8, à l’Union européenne, à l’ONU et non sur le rivage pollué du Djoliba, quels que soient, par ailleurs, la puissance régionale ou continentale et le prestige du Mali.

Enfin, si Mme Ba a réellement démissionné et n’a pas été démise, tant mieux pour elle et nous nous en réjouissons. Car, il faut éviter d’humilier une femme, même caractérielle, surtout une épouse et une mère. En lui offrant l’initiative de la démission, ses Chefs lui auront donné, dans un sursaut de mansuétude bien compréhensible, l’opportunité de sauver la face. Cela est très important. Mais le sens de la retenue de bon aloi et le minimum de civilité dont elle n’a jamais su ou voulu faire preuve vis‑à‑vis de ses collaborateurs, en s’autorisant à égratigner perfidement leur dignité, devraient l’inciter à s’abstenir d’embellir sous de faux oripeaux une sortie de scène aussi peu glorieuse. Les actions d’éclat tardives sont comme les feux follets…

On s’arrête ici, car, comme disait Voltaire «L’art de tout dire est celui d’ennuyer». Salutations sincèrement cordiales à vous, cher El hadj.

Bamako, le 16 avril 2008

Magnan TOURE

Rue 789, Porte 29, Kalabancoura

22 avril 2008.