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Le sommet d’Abuja qui vient de se terminer confirme-t-il quelque chose ? Les responsables de la Transition ne pouvaient se présenter aux élections prochaines. Ce qui nous intéresse ici, c’est de regarder avec estime l’interview que le Président Dioncounda Traoré a accordé à l’ORTM avant-hier soir, mais qui ne prêtera à n’importe quelle interprétation.

Les commentaires passés, ces propos des deux têtes de l’Exécutif vont rester. Le mot candidat posait problème ces temps-ci, il incluait le vraisemblable et l’invraisemblable. Sur ce dernier point, on comprendra que les acteurs actuels de la Transition pouvaient rester ouverts à toutes les options imaginables. Nous pensons qu’il n’était pas de bon goût de venir pourrir actuellement l’atmosphère, au moment où vont s’ouvrir les assisses nationales, avec des frivolités de débats qui vont déteindre sur les travaux, car on a bien compris que tout sera débattu, mais que tout ne sera pas entériné. Après le Premier ministre Cheick Modibo Diarra, le Président Dioncounda Traoré, une fois de retour de son périple d’Abuja, devant les micros de l’ORTM, nous sert un autre dessert.

Tassé sur lui-même, il essaie d’utiliser au mieux toutes ses énergies au sortir de l’épreuve qu’il a subie. A propos de candidature, le Président Dioncounda Traoré parle d’un fait « politiquement amoral », si l’on en juge. Il cite ad hominen les acteurs de la période qui en seront écartés et élargit la liste (ex : il parle des autres chefs des organes de la Transition à venir). Ce qu’il vient de nous dire publiquement, à intervalle de 48h, des propos de Cheick Modibo Diarra, ces paroles sur la candidature se font conduite à tenir et non paroles bues car elles ne reposent en fait que sur une « préconviction », c’est-à-dire qu’on ne trouvera dans ces propos que ce qu’ils y ont mis d’abord.

Une interprétation sans expérience est vide

Ce que l’Exécutif veut nous montrer, c’est le chemin d’une doctrine des devoirs (on ne peut être juge et partie, dira-t-on) mais pas de morale autonome. Ce que l’un ne nous a pas dit encore ouvertement, l’autre se contentera de le suggérer. Dioncounda Traoré ne veut pas s’éloigner de sa mémoire et il a ses considérants depuis la réunion d’Ouagadougou, son discours à la nation, les entretiens de la CEDEAO et les dernières vérités d’Abuja. Ce sur quoi veulent s’éloigner « ensemble » le Président et son Premier ministre, c’est de laisser libre cours à tous ceux qui croient n’être redevables qu’à eux-mêmes.

La Transition (toute transition ?) est un carrefour de plusieurs sortes de caravanes de personnalités choisies. A elles de savoir alors que si elles se présentaient à la prochaine présidentielle, elles perdraient la fonction de législateurs, de dépositaires ou d’interprètes de la nouvelle vie publique qui va commencer. Si ces personnalités font la loi aujourd’hui, il reviendra à d’autres de l’appliquer demain. On peut même avancer que si les dirigeants actuels ne se sentent pas liés par des textes pour y aller (à la candidature ?) ils ont par contre un code d’honneur à tenir. Qu’ils le prennent donc comme une injonction. Dans les jours à venir, il aura quelque part (si les assisses nationales ont lieu) une interdépendance avec toutes les divergences et convergences possibles car toute transition se présentera comme une reforme, qu’elle le veuille ou non.

Bourama Traoré et S. Koné

Le Combat du 14 Novembre 2012