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Le choix porté sur votre personne pour assumer les fonctions de Premier Ministre de Pleins pouvoirs a considérablement apaisé le climat social au lendemain du Putsch du 22 mars. Rarement le choix d’une personnalité a fait l’unanimité au Mali !

Je ne trahirai pas une confidence en disant que je suis de ceux qui ont souhaité votre nomination à la primature. En effet, je n’ai pas hésité à vous écrire personnellement, deux semaines avant que le choix ne soit porté sur vous, pour vous demander de sacrifier votre candidature a la présidentielle afin d’être candidat à la Primature.

Monsieur le Premier Ministre, vous êtes un technocrate, un scientifique de notoriété internationale qui continue de faire notre fierté, mais chez le citoyen lambda, vous êtes aussi et avant tout le beau fils de l’ancien Président de la République, le Général Moussa TRAORE.

Au-delà de l’espoir de réconciliation d’un peuple meurtri par un demi-siècle de querelles politiques inutiles, par près de deux décennies de multipartisme chiffonné, vous représentez l’espoir pour l’avènement d’un État décomplexé où la rigueur dans la gestion des affaires publiques prendrait le pas sur le clientélisme, l’impunité, le népotisme, j’en passe.

Mais, force est de reconnaître, Monsieur le Premier Ministre, que des interrogations se posent au lendemain de la composition de votre Gouvernement, de notre Gouvernement. Le choix des hommes et des femmes a t-il été guidé par le seul souci d’une rigueur au travail et de la probité morale ou par le souci de revanche d’une ancienne classe politique sur ses tombeurs?

En effet, de la composition du Gouvernement aux récentes nominations dans l’administration, tout ou presque, sent du déjà vu; du déjà vécu du temps du régime défunt de Moussa Traoré. Le citoyen lambda qui vous observe a vite fait le raccourci entre le beau fils et le gendre. Si ce n’est pas le retour du bâton du gendre, c’est tout comme si.

Monsieur le Premier Ministre, le citoyen vous observe et ne comprend pas votre souci de vous entourer par les membres de votre famille et de votre belle famille : Le mari de votre sœur qui avait déjà servi sous votre grand frère comme vérificateur, reprend du service dans votre Gouvernement. Le frère de votre épouse, Monsieur le Premier Ministre, qui était à vos cotés lors de votre toute première apparition en tant que chef du Gouvernement sur les antennes de l’ORTM, serait votre chef de cabinet. Votre frère ainé, ci-devant ex Vérificateur général est nommé comme votre conseiller spécial. Ca se murmure qu’il pourrait vous être très utile, dans le depoussierement des dossiers sulfureux déclassés dans les tiroirs d’ATT et de la Justice.

Monsieur Le Premier Ministre de pleins pouvoirs, vous n’avez pas, non plus oublié le clan de votre beau père Président Moussa Traoré : vous nommez poste pour poste, 22 ans après, un Ministre de GMT: en effet, celui-ci dernier ministre de finances, n’avait jamais pu à son temps, juguler les arriérés de salaires des fonctionnaires. Mais passons, ce n’était pas de sa faute, puisque la communauté internationale n’était pas aussi généreuse que maintenant. Serait-il incontournable ou indispensable à ce point dans votre dispositif de bonne gouvernance ? Le premier et dernier Ministre secrétaire général de Moussa Traoré est aussi rappelé sous les drapeaux pour service rendus et services à rendre. Il est bombardé, conseiller spécial auprès de vous en plus de sa fonction de Médiateur de la république,

Une autre nomination et non des moindres est venue allongée la longue liste du retour du clan GMT au pouvoir : un communiqué du service de la Communication de la primature annonce l’arrivée du dernier secrétaire général de l’UNJM du régime défunt GMT, membre de droit du BEC de l’UDPM, comme votre Directeur de cabinet avec rang de Ministre. N’en déplaise aux « niengo », Oumar Kanouté retrouve la lumière, 23 ans après dans la cage à lions. Dans le même registre, le citoyen ne peut pas passer sous silence la nomination de l’épouse de cet autre membre influent du BEC de l’UDPM, homme fort en son temps de Bougouni. Et que dire de l’entrée de l’amie de votre belle mère, Monsieur le Premier Ministre, elle, qui par le passé, a du quitter précipitamment le Mali pour échapper à une arrestation. Ne parlons même pas de ce retraité fidele parmi les fideles de GMT, et qui a repris du service, au grand dam d’une jeunesse délaissée au bord du quai pour manque d’expériences.

Comment le citoyen lambda expliquerait-il cette autre cohabitation familiale dans le gouvernement ? Un Ministre CNRDRE avec le mari de sa sœur pour compléter le tableau des ministres « bouranke ». Symbole de gouvernance ? Ou symbole de changement ? Avions-nous déjà vécu une telle situation sous les trois républiques du Mali ? A ma connaissance, en dehors de la cohabitation Mande Sidibé et Modibo Sidibé entre 2000-2002, je ne trouve nulle part dans notre histoire une telle pratique. Mais, laissons ce travail aux hommes et femmes chargés d’écrire les pages récentes de notre histoire pour nous édifier. Drôle de gouvernement composé d’hommes et de femmes intègres, dans lequel, on trouve même un beau frère d’une Ministre de la fonction publique de Moussa Traoré. Tout un symbole de revanche ; elle qui a échappé de justesse à la vindicte populaire dans son département la veille du 26 Mars 1991.

En continuant de disséquer la monture gouvernementale, on se rend compte qu’en plus des amis de quartier de la ville des 444 balanzans, on retrouve un Ministre qui aurait appartenu au même titre que vous Monsieur le Premier Ministre à un Conseil d’administration d’une grande banque régionale de la place. Est-ce un clin d’œil à l’associé ? Ou est-ce un clin d’œil à l’expert comptable ?

Le citoyen pourrait presque voir dans la composition de votre gouvernement le coup du destin : la majorité des membres du Gouvernement, exception faite des protégés du CNRDRE, ont une histoire étroite avec la famille GMT. Est-ce le début du recommencement ? Seul l’avenir nous le dira, mais bon, passons, le bon Dieu sauvera le Mali.

Monsieur le Premier Ministre, le citoyen voudrait par ailleurs comprendre deux faits extrêmement graves, jamais connus sous les cieux au Mali, qui ont entaché le début de votre gouvernance de pleins pouvoirs: L’affrontement inter armée dont le bilan officiel des morts n’est jusqu’ici pas connu par des citoyens en cette période où la transparence et la loyauté doivent être le viatique du Gouvernement de transition. Le second fait concerne l’agression physique sur la personne du Président de la République par Intérim dans l’exercice de ses fonctions et sur son lieu de travail par des manifestants. Quelle garantie la République pourrait donner à ses propres citoyens et encore moins à ses partenaires pour assurer leur sécurité?

Monsieur le Premier Ministre, le citoyen et rassortissant du Nord du Mali, est inquiet de la situation du Nord Mali et se pose des interrogations sur votre stratégie pour la reconquête des régions du Mali aux mains de séparatistes et d’organisations terroristes? Le citoyen du Nord doute de votre engagement, aussi, serait-il bon que vous fassiez connaitre clairement votre stratégie de récupération des régions Nord du Mali à toute la population. Que chaque malien et chaque malienne sachent exactement le prix à payer et le sacrifice à consentir pour libérer la patrie.

Monsieur Premier Ministre, j’estime dans mon for intérieur que vous n’avez nullement besoin d’un poste de strapontin, fusse t-il celui de Premier Ministre. Votre seule conviction doit vous guider dans vos actions pour apporter une solution au peuple malien meurtri et blessé dans son orgueil.

Monsieur le Premier Ministre, nous espérons que vous vous êtes bien préparé pour saisir l’opportunité de graver votre nom en lettre d’or dans l’annale de l’histoire politique contemporaine du Mali démocratique.

Vous ne devez pas et n’avez pas le droit d’échouer et encore moins par la faute d’un soldatesque ou de politiciens et syndicalistes qui ont montré leurs limites. Le Monde entier vous regarde! Soit que vous optiez de devenir une icône et être célébré comme un Nelson Mandela malien. Soit que vous optiez d’être mis dans la poubelle de l’histoire politique du Mali.

La transition n’est qu’à ses débuts. Si vous savez que vous n’êtes pas préparé, alors il vaut mieux demander à qui de droit de vous décharger de vos fonctions. Ainsi vous continuerez à mériter de la confiance du peuple malien, des africains et de toutes les personnes dont vous bénéficiez de leur sympathie. /.

Port-Au Prince, le 18 Juin 2012

Yachim MAIGA
L’Indépendant du 20 juin 2012