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Les Maliens se perdent en conjecture, tant la tendance n’est plus loin de la déception. Ils se demandent si le président de la République a réellement un programme de société et si les grands projets qu’il a eus à présenter aux Maliens pendant la campagne électorale n’étaient qu’une simple profession de foi.

Il y a juste 5 mois, Ibrahim Boubacar Kéita était investi dans l’exercice de ses fonctions de président de la République. Quelques semaines auparavant, près de 80% des électeurs maliens lui accordaient leurs suffrages, convaincus qu’il était l’homme de la situation, le seul à même de sortir le Mali des convulsions d’une crise sécuritaire ayant devasté le nord du pays et entrainé à l’exil forcé des centaines de milliers de Maliens.

Si l’enjeu sécuritaire semble avoit été déterminant dans l’élection du président IBK, l’enjeu économique n’y a pas été étranger non plus, au regard du fardeau de la misère supporté, 18 mois durant, par chaque malien, à cause du coup d’État du 22 mars 2012. Un putsch qui a mis le pays à génou, économiquement parlant, en ayant conduit au retrait de tous les Partenaires Techniques et Financiers du Mali. C’est clair donc que les Maliens ont fait confiance à IBK, non pas pour la gestion de la seule crise du Nord, mais aussi dans l’espoir d’un avenir meilleur. Qu’en est-il donc de ces enjeux depuis 5 mois que le président IBK est à Koulouba ?
Inutile de dire que les maliens se perdent en conjecture, tant la tendance n’est plus loin de la déception. Et c’est cela le côté envers du décor de la grande confiance placée en IBK par les Maliens, le piège de l’euphorie populaire, diront les politologues. La pensée la plus répandue dans des situations pareilles étant que l’homme providentiel produit tout de suite et maintenant des résultats. Encore que le président IBK vient de boucler 5 mois de règne. L’impatience ne saurait, dès lors, plus être une excuse.

En effet, 5 mois ce n’est pas beaucoup, disons que c’est très peu surtout pour un pays qui sort à peine de la guerre, mais ils sont largement suffisants pour qu’un peuple s’autorise à rêver, pour ne pas dire à espérer. Or, il est fondamentalement admis aujourd’hui que nos compatriotes, pour l’essentiel, désespèrent plutôt, car ayant comme l’impression que le cycle infernal de la descente aux enfers se poursuit.
Le nord Mali, notamment Kidal, reste toujours dans la même situation, sinon pire qu’il y a 5 mois. Déjà cinq mois de règne du “sauveur IBK”, cinq mois au cours desquels le sentiment largement est que les Maliens ont l’impression de tourner en rond … Si le Gouvernement a réussi autre chose que celui de faire perdre la face aux Maliens, ça ne peut être que l’évidence de l’absence d’un socle réel de travail. Et la question de savoir si le président de la République a réellement un programme de société se pose désormais avec acuité.

Était-ce donc une simple profession de foi que le candidat Ibrahim Boubacar Kéita a servi aux Maliens pendant la campagne électorale? Les Maliens s’interrogent. Car en lieu et place de ce qu’ils entendaient de leur président, ils ont le sentiment que celui-ci et son gouvernement ne cherchent qu’à les divertir avec des faux-fuyants. Rien de concret et de palpable, à part des discours creux et une personalisation à outrance de tous les sujets.

Dans ce cas, d’où viendra alors le salut ?

Au président IBK d’explorer la voie la mieux indiquée menant à cela. Il est essentiel qu’il soit plus proche, voire plus “in” dans les aspirations de ses populations et, prière !, hors des discours creux fortement centrés sur la personne du Président lui-même.
Puisqu’on ne lui apprend rien à propos des déboires des Maliens, il lui appartient donc de (re) prendre l’initiative. Le contraire serait de donner raison à ceux qui pensent qu’il n’est pas capable de gérer un État. Et Dieu seul sait combien ils commencent à être nombreux.

Assane Sy DOLO

Le Soir de Bamako du 3 Février 2014