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Un Colloque International portant sur le thème général « Etat et Religion »s’est tenu récemment à Bamako. Le présent texte récapitule les idées forces de notre intervention sur le sous thème ’’le concept de la bonne gouvernance dans les manuscrits’’.

Sujet sensible et complexe, la bonne gouvernance a toujours été une préoccupation majeure au fil des générations.

Elle a fait l’objet de riches réflexions dans les manuscrits anciens du Mali grâce à la science en marche chez nous depuis des siècles.

Basée sur de convictions profondes, elle est le levain de la citoyenneté, de la démocratie et de la liberté d’expression.C’est ainsi que des chercheurs ont accordé un vif intérêt aux écrits du célébrissime et humaniste Ahmed Baba de Tombouctou,des oulémas de son époque( XVI-XVIIème siècles).
Les actions valent mieux que les paroles ; des penseurs d’exception ont traité des thèmes profonds, toujours pertinents à savoir, en particulier,la mal gouvernance,la corruption, la nature sociale perfectible de l’homme. L’accent a été mis sur l’exemplarité des belles plumes de nos illustres ancêtres. Leurs sages conseils prodigués de manière communautaire et non communautariste,répondaient à des besoins de la rencontre de l’autre, d’émulation, du bien-être social.

Il convient de rappeler que la société malienne est le produit de moult brassages et métissages multiséculaires.Mais elle est exposée à des tentatives de replis identitaires, de communautarisme culturel, toutes choses pouvant présenter une menace existentielle pour elle.
De cœur et de raison, les ‘’Ahlel Al Kitab’’(‘’les gens du livre’’) comme on les appelait à juste titre,cautionnaient l’obligation d’obéir aux détenteurs du pouvoir tant qu’ils n’incitaient pas aux péchés.

Mais, pour eux,les rapprochements entre le politique et le religieux n’étaient pas souhaitables.Le contact de proximité, surtout à des fins douteuses,transformait des oulémas en courtisans, les mettait dans des situations inconfortables qui les fragilisaient et les rendaient vulnérables au trafic d’influence.
Envoutés par des relations tissées dans de hautes sphères, somme toute contre nature,distraits par les manigances de Satan, par les agissements de divers prédateurs, des érudits oubliaient la gravité morale et religieuse de telles collusions, des actes non méritoires.

Quid de la malédiction de l’opportunisme, du clientélisme, des manquements aux bonnes règles de conduite civile, à la discipline.
De nos jours, comme hier, toute dérive ne sied point à des chefs emblématiques, eu égard à leur notoriété publique, à la confiance des modestes compatriotes nourris d’espoirs sous leur emprise spirituelle.
Dans tous les cas, de grands connaisseurs ont développé des techniques de management responsable des hommes, après avoir dénoncé les comportements des gouverneurs défaillants, médiocres.

Aussi,le concept de la bonne gouvernance dans les manuscrits anciens du Mali s’articule autour d’axes reflétant les valeurs et les préceptes fondateurs de la religion musulmane.A titre d’illustration,nous avons cité la célèbre déclaration du Calife ABU BAKR, successeur du Prophète Mohamed (Paix et Salut sur Lui)peut inspirer tous ceux qui ont,sous leur conduite,le destin de groupements humains :
« J’ai reçu de (vous) l’autorité sur vous ; mais je ne suis pas le meilleur d’entre vous ; si j’agis bien, aidez-moi ;si j’agis mal, corrigez-moi ; obéissez-moi tant que j’obéirai à Dieu ;les plus forts d’entre vous seront faibles avec moi jusqu’à ce que je leur arrache les droits des autres ;les plus faibles d’entre vous seront forts avec moi jusqu’à ce que j’obtienne leurs droits ». Ces propos si vrais montrent à suffisance combien les leaders doivent faire preuve de capacités d’allier souplesse et rigueur en vue de prendre des décisions salutaires, d’agir face à l’acuité des attentes à combler, des exigences à satisfaire.

Mais la problématique de la mal gouvernance persiste et déferle la chronique.Malheureusement, les meilleures volontés du monde ne changent pas la nature humaine et que seules des institutions très fortes et des lois très contraignantes peuvent venir à bout du fléau.

Ceux qui sont perchés à la tête de citoyens partageant un destin commun, au-delà du charisme dont certains sont naturellement gratifiés, doivent s’armer d’un véritable ‘’professionnalisme’’dans les attitudes, opinions et comportements. C’est un gage de réussite sur le chemin de l’entente, de la justice, du développement, de la lutte contre la pauvreté(entre autres priorités essentielles).

La visibilité et l’ancrage des vertus de la bonne gouvernance constituent un passage forcé pour l’image de marque vivante de tout et attaché à son meilleur devenir. Puissent nos autorités politiques,administratives et civiles,maitriser au mieux l’art ‘’d’écouter, de faire et de faire savoir’’ en vue d’éteindre les feux de l’ignorance, de la haine, de la violence, de forger le vivre ensemble de populations qui ne rêvent que d’une nation apaisée et réconciliée, au sein de laquelle sont bannies l’impunité et l’insécurité.

Du 21 Novembre 2017