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Des Touareg seraient victimes de la vengeance des terroristes islamistes du Mujao dans les régions du nord. Selon la radio mondiale, pas moins de onze personnes auraient trouvé la mort, tuées parce qu’elles collaboraient avec les troupes spéciales françaises, dont la Force Serval, et les forces onusiennes de la Minusma. Ce qui est vrai. Mais ce qu’on ne dit pas, c’est que ces Touareg appartenaient tous aux groupes armés terroristes, le Mnla (Mouvement national de libération de l’Azawad) et le Hcua (Haut conseil pour l’unité de l’Azawad). D’autres seront probablement exécutés bientôt pour les mêmes raisons.

Mais ces exécutions, loin d’être de simples actes de vengeance, procèdent d’une guerre pour le contrôle des régions du nord ; elles seraient le fait plutôt des terroristes islamistes d’Ansar Eddine, le mouvement fondé et dirigé par Iyad Ag Ghali, recherché par tous les services spéciaux occidentaux. Le chef terroriste est décidé à décimer ses ex-alliés du Mnla, même ceux qui se sont reconvertis ou blanchis en Hcua. Sont principalement visés les membres du clan du patriarche touareg, le vieil Intallah dont la succession risque d’être particulièrement sanglante.

Iyad Ag Ghaly veut faire d’une pierre trois coups : mettre hors course le Mnla qui n’a plus de liberté de mouvement que sous l’aile protectrice de la France et de certains groupes de pression occidentaux qui ont succombé à son lobby actif, se rendre indispensable autour de la table de négociation sur le nord, prendre les devants pour assurer son leadership sur une zone vouée, croit-il, à avoir un statut particulier.

Pas pressés

Cela est un long processus, mais l’ancien chef rebelle reconverti dans le terrorisme lucratif a tout son temps : les négociations ne sont pas pour sitôt. Il faudrait d’abord que les groupes armés terroristes touareg s’entendent entre eux d’abord. Il faudrait que les groupes armés terroristes arabes s’entendent entre eux d’abord. Il faudrait aussi que Touareg et Arabes accordent leurs violons sur ce qu’ils exigeront sans concession des autorités maliennes.

Il faudrait que tous sachent jusqu’à quel point leurs protecteurs seraient prêts à aller pour leur sauver la mise et, plus tard, compter sur eux. Parce que pour l’heure, ces protecteurs ne peuvent pas compter sur le Mnla et le Hcua sachant que ces groupes armés terroristes ne peuvent pas faire ce qu’ils attendent d’eux : prendre effectivement le contrôle du nord malien et empêcher le retour et l’installation des islamistes terroristes.

En effet, le Hcua ne représente pas véritablement grand-chose, il n’est pas une menace sérieuse insurmontable. C’est un groupe qui s’est constitué à la faveur de circonstances particulières, l’ouverture des négociations aux groupes touareg qui renonceront au jihadisme, mais n’a pas de réelles capacités de résistance à une armée malienne réformée. Le Mnla non plus n’est plus ce qu’il était, ayant perdu, depuis juin 2012 face aux islamistes, la plupart de leurs moyens humains, logistiques et militaires.

Ce sont pourtant ces deux groupes armés terroristes touareg qu’une certaine communauté internationale a imposés au gouvernement malien dans le cadre des négociations pour le processus de retour de la paix. Mais programmées pour débuter quelques mois après l’installation du président élu et de son gouvernement, ces négociations piétinent toujours.

Pas seulement parce que le gouvernement ne parvient pas à trouver ses marques en inventant une nouvelle stratégie de négociation, puisque les nouveaux maitres n’aiment pas l’Accord de Ouagadougou suscité ou signé par d’autres, mais aussi parce que le Mnla n’est pas en ce moment en position de faire satisfaire tous ces points de revendication, singulièrement celui auquel il n’a jamais renoncé : un statut spécial pour l’Azawad. Avec sa débâcle face au Mujao et le retour en puissance d’Iyad Ag Ghaly, le Mnla ne compte plus militairement. Il doit se reconstituer. Mais en attendant, grâce à ses mentors il va jouer sur le terrain de la sensiblerie. D’où les nombreuses interventions de certains de ses cadres sur des médias internationaux.

Danger de vie

Mais surtout, le Mnla a décidé de se placer désormais sous la couverture des organisations internationales et sous-régionales, celles-là mêmes qui lui avaient demandé, au début de sa croisade, de renoncer à ses prétentions sécessionnistes. Ayant longtemps joué à la victimisation, très souvent avec succès en Occident, le Mnla est monté de plusieurs crans en jouant, cette fois-ci, la carte de la minorité en voie de disparition. Pour commencer, ses cadres réclament un statut politique et juridique de minorité.

Il est vrai que ses membres sont en danger de mort tant les ressentiments des populations du nord et des forces armées et de sécurité sont grands et vifs à leur égard.

Il semble que certains commencent déjà à mordre à leur hameçon. Lors de la conférence-débats qu’elle a organisée ici à Bamako pour comprendre pourquoi les Maliens sont mécontents de sa gestion de la crise politico-institutionnelle du Mali et hostiles à son inaction dans le nord malien, la Cedeao, par la voix de son représentant au Mali, a laissé entendre que le Mnla est une minorité qui a droit à la protection de la communauté internationale.

Ce représentant voulait sans doute faire allusion aux minorités ethniques ou raciales, mais le Mnla n’est ni une ethnie ni une race. C’est un groupe armé terroriste. S’il est composé essentiellement par des Touareg, effectivement une minorité ethnique, on y retrouve aussi, accessoirement, des Songhay, des Arabes et des Peuhls.

Et un tel groupe doit obligatoirement prendre la voie de la disparition, de l’éradication. De l’extrême préjudice. Parce qu’il constitue une menace permanente pour tous. Pour preuve, les communautés du nord dont il se réclame pourtant, elles-mêmes n’ont jamais approuvé son programme. Dans tout le Mali il n’y a pas une seule ethnie qui soit favorable au Mnla en tant que groupe armé terroriste.

Car, sans véritable idéologie politique ou philosophique, ses revendications relèvent sur des pratiques bannies depuis longtemps, telle que la discrimination raciale, le féodalisme, l’esclavagisme, la traite des Noirs. Des idées mortes depuis longtemps mais qui sont en danger de vie, grâce à des individus comme ceux qui animent les groupes armés terroristes touareg et arabe.

Alors, ceux qui veulent l’imposer doivent trouver d’autres subterfuges et thèmes plus porteurs que la victimisation ou la minorité en voie de disparition.

Cheick TANDINA

Le Prétoire du 08 Mai 2014