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Les chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique occidentale (Cedeao) se sont réunis les 29 et 30 mai à Accra (Ghana) sur la question du terrorisme. Ce sommet intervient quelques jours seulement après les actes de terrorisme et de barbarie qui ont été perpétrés les 17 et 21 mai à Kidal (dans le septentrion malien) par des groupes armés terroristes.

Dans l’intervention du président ghanéen, John Dramani Mahama, et dans le communiqué final, les présidents ouest-africains invitent les dirigeants du monde entier à les aider à combattre ce fléau qui a pris une dimension mondiale et menace la paix, le développement et la démocratie. Le sommet invite également le Conseil de sécurité des Nations unies à changer le mandat de la Minusma et à renforcer ses effectifs au Mali. Cela aurait pour but, croient-ils, à aider le Mali à recouvrer l’entièreté de son territoire et sa souveraineté nationale.

Ces chefs d’Etat, sous la pression de certaines communautés internationales, sont encore et toujours obnubilés par l’Accord préliminaire signé le 18 juin 2013 entre le gouvernement malien de transition et des groupes armés terroristes.

Ils en sont arrivés à oublier que cet Accord ne garantissait essentiellement que trois choses : permettre la tenue de l’élection présidentielle censée créditer le Mali d’institutions crédibles et stables, permettre le retour de certains terroristes notoires blanchis dans ces institutions notamment l’Assemblée nationale, permettre aux groupes armés terroristes de continuer à renforcer leurs capacités de nuisance et leurs forces déstabilisatrices.

Objectifs atteints

Ces trois objectifs ont été pleinement atteints, même si sur le premier point, l’élection plébiscite d’Ibrahim Boubacar Keïta n’a pas comblé toutes les attentes.

L’on se demande alors pourquoi, ayant atteint leurs objectifs, ces communautés internationales poussent encore les chefs d’Etat à se cramponner à l’Accord de Ouagadougou. Ceux-ci ont-ils la courte vue ? Sont-ils déboussolés au point de demander une conjugaison des efforts afin de lutter contre le terrorisme tout en, dans le même temps, faciliter une médiation entre gouvernement malien et terroristes.

En effet, pendant que nos dirigeants finissaient leur tentative de réinventer la solidarité de guerre à Accra, le haut représentant chargé du dialogue inclusif inter-malien en vue d’une paix définitive dans le Nord, Modibo Kéita, rencontrait à Ouagadougou les représentants de certains groupes armés terroristes, ceux-là mêmes qui venaient de massacrer à Kidal, les 17 et 21 mai, des civils innocents et des militaires en mission commandée.

Tenue à la demande du médiateur burkinabé de la Cedeao, la rencontre a été facilitée par la Minusma ; son chef, Bert Koenders, y a pris part. Trois jours plus tôt, à Bamako, ce haut représentant avait été longtemps cuisiné sur ses intentions non pas par son chef, IBK, mais par les membres du Cadre de suivi de l’Accord de Ouagadougou. Il a dû recevoir des instructions fermes de la part de ceux-là, à qui les autorités maliennes ont depuis longtemps transféré leur souveraineté.

Cette énième rencontre à Ouagadougou ne s’explique plus dans la mesure où les chefs d’Etat de la sous-région, depuis Accra, ont décidé de ne plus se laisser faire par des communautés internationales, genre Onu, USA, France, beaucoup trop calculatrices donc beaucoup plus néfastes et nocives que les groupes armés qu’elles forment, financent, équipent et protègent.

Être honnête avant tout

Mais ce n’est pas maintenant que ces dirigeants devaient comprendre les vertus de la solidarité. Ils auraient dû s’y atteler depuis 2008, quand ATT, alors président malien autant isolé et contesté qu’IBK aujourd’hui, demandait la tenue d’une conférence internationale sur la sécurité, la paix et le développement dans le Sahel.

A l’époque, ils étaient nombreux les dirigeants africains et occidentaux à faire le sourd, à user d’artifices ou à faire montre de la plus évidente mauvaise foi. Certes, l’initiative que voulait l’ancien président malien serait trop africaine à leurs yeux même s’ils savaient qu’ils en seront les bailleurs de fonds. Mais qui voudrait d’un chef d’Etat africain qui ose penser et faire des propositions, qui risquerait, en cas de succès, de vous interdire de faire main basse sur un territoire souverain ? L’occident et ses suppôts locaux n’en voulaient pas.

Aujourd’hui encore, même si les chefs de la Cedeao ont décidé de prendre le taureau par les cornes, ils semblent ne pas comprendre un certain nombre de choses. Ce n’est pas un problème à l’échelle de la sous-région seulement. C’est toute l’Afrique qui devrait contribuer, surtout l’Algérie si elle se décidait à être moins scélérate, la Mauritanie si elle devenait enfin beaucoup moins hypocrite, le Maroc qui doit se débarrasser de sa timidité.

L’Occident gagnerait beaucoup à financer des opérations militaires contre les groupes armés terroristes qui pullulent dans le Sahel car ce sont ses ressortissants qui sont pris en otages, ce sont ses intérêts économiques qui sont visés en Afrique et ailleurs, ce sont des Occidentaux qui sont ciblés par les attentats.

Mais surtout, l’Occident devrait être honnête avec les peuples africains. Et être honnête, c’est de reconnaitre qu’on a des amis terroristes, qu’on aide des terroristes, qu’on les finance et les protège.

Cheick TANDINA

Le Prétoire du 02 Juin 2014