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jpg_une-223.jpgElle ne pouvait pas lui échapper car il s’y connaissait très bien en la matière. C’est dire que la « grando » qui réussira à le rouler, n’est tout simplement pas encore arrivée au Burkina. C’est une question de sous. Et même s’il fallait dépenser 1 million, Lady allait être à lui.

La fille était jolie malgré l’outrance de son maquillage et son teint d’un rouge d’argile mal cuite. Zacharie en était profondément troublé car les femmes teint-clair, ça le connaît. Mais il y avait un problème. Chaque fois qu’il venait voir Lady, il se trouvait toujours quelqu’un avec la serveuse. Toujours la même personne. Et qui était le plus grave, c’est que ce type-là se comportait avec la fille comme si c’était déjà sa « chose ».

Zacharie n’aimait pas la concurrence, surtout que l’autre semblait avoir des sous, puisque sa table était toujours remplie de bouteilles vertes, une véritable forêt. Avec lui, Lady buvait, mangeait à satiété et faisait même boire ses sœurs. En vérité, Zacharie n’aimait pas du tout ce qui se passait-là.

Lady lui avait dit qu’elle était d’accord pour être sa chérie à lui tout seul ; alors que faisait-elle donc avec cet énergumène ? Zacharie était très fâché. Il était tellement en colère qu’il ne put résister à l’envie d’appeler la fille pour lui demander des explications sur l’identité et les intentions de celui qu’il devinait déjà être son rival en titre. Dans son mooré approximatif, Lady lui avoua que l’homme en question était son ancien chéri et qu’ils ont même eu un enfant ensemble.

Aujourd’hui, ils se sont séparés mais l’autre insiste pour qu’ils recommencent comme par le passé. Et en s’appuyant amoureusement sur l’épaule de Zacharie, elle lui souffla de ne pas s’en faire car elle n’aimait plus le père de son enfant. Pendant que la fille et Zacharie s’entretenaient, l’autre les regardait fixement, les yeux rouges de colère. Zacharie avait remarqué ce regard, et pour bien faire mal à son rival, il enlaça la serveuse et la tint solidement serrée contre lui.

L’homme pouvait éclater de rage ou de jalousie, c’était son problème. Ce jour-là et tous les autres jours qui suivirent, la bière coula à flots aussi bien chez Zacharie que chez son rival. La concurrence était à son paroxysme.

Zacharie voulait à tout prix avoir le dessus, et tant pis pour la somme qu’il faudrait débloquer. Il aurait bien les moyens de sa politique. Un jour, l’homme était venu trouver Zacharie qui trônait au milieu des bouteilles de bière, la fille tout près de lui, pour lui dire menaçant, « de voir la fille-là comme çà et la laisser comme-ça« , car elle était sa femme ou presque. « Depuis qu’elle a quitté son pays, au moment même où elle ne savait même pas employer les bons parfums et autres crèmes… », c’est lui qui l’a « logée, nourrie et habillée. Si Zacharie ne veut avoir d’histoire, il n’a qu’à rompre avec Lady. D’ailleurs, dans le bar il y a tellement de filles que le choix ne sera pas difficile pour lui… » ainsi parla l’homme qui se voulait convaincant ; mais Zacharie est du genre têtu.

Pour toute réponse il affirma qu’il « avait Lady et pas question de la rélâcher. Si l’autre voulait, il n’a qu’à aller chercher les autres filles… », pour lui c’était Lady ou rien. Et puis poursuivit Zacharie, si l’autre « avait dépensé beaucoup d’argent pour la fille, c’est qu’il était tout simplement bouki… Est-ce que c’est sa femme même ? Est-ce que la fille avait demandé son adresse avant de venir à Ouagadougou ? Ces filles-là c’est comme viande d’éléphant, celui qui a le couteau le plus tranchant, celui-là coupera le plus gros morceau… » fin de citation.

Ce jour-là, la tension était montée entre les deux hommes. Il a fallu de peu qu’ils n’en viennent aux poings. Mais en injures grossières, ils ne se sont pas fait de cadeau. Les pères et les mères, tous en ont eu pour leur compte.

C’est comme cela que Zacharie avait « casqué » son rival, et en public encore ! Pour fêter sa victoire, la bière avait encore coulé à flots. La plus heureuse était bien sûr, Lady. Non seulement les sous qu’elle avait reçus de son amant n’étaient pas encore épuisés, et elle en recevait autant de son nouveau chéri qui se prenait semble-t-il, pour le plus beau et le plus riche de tout le bar.

Il y croyait tellement qu’il finira par presque débaucher la fille. On les verra partout, surtout là où il y a de la viande grillée et de la bière fraîche. Un jour, c’était un week-end, Zacharie et sa « doudou » étaient sortis manger du cheval au « rabilé ». La viande était bonne et la bière glacée à point. Lady et Zacharie se régalaient sans s’occuper des autres clients, ni de ceux qui passaient par là. C’était une erreur qu’ils allaient regretter pendant longtemps, Zacharie surtout. Pendant que le couple s’empiffrait, le rival de Zacharie s’approcha doucement d’eux. Il avait en main un anti-vol dont il avait pris grand soin d’enléver le revêtement en plastique.

Il ne restait plus que les câbles tressés. Le morceau de cheval que Zacharie s’apprêtait à avaler, ressortit avec vitesse de sa bouche, tant le coup avait été violent. Zacharie voulut se retourner. Le deuxième coup traça une profonde balafre au milieu de son visage.

L’autre frappait toujours, augmentant régulièrement la violence des coups. La fille elle, avait disparu dès les premiers coups sans demander ses restes. La tête de Zacharie n’était plus qu’une boule de sang. Abasourdi par la douleur, il ne pouvait même plus se lever de sa chaise. L’autre frappait toujours.

Zacharie n’est pas mort.

Il le doit aux clients qui étaient là. Quand il ressortit de l’hôpital après trois jours, il était complètement défiguré, la tête grosse comme une maison. Son rival est en prison.

Lady fait toujours de nouvelles victimes dans son bar.

Sacré Chédou OUEDRAOGO

source : Sidwaya