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Avec la crise sociopolitique persistante dans notre pays, des clients des établissements financiers ont de plus en plus peur de déposer tout leur argent à la banque sous peine de ne pouvoir le retirer quand ils veulent.

Autrefois considérées comme une sécurité en matière de dépôt d’argent, les banques, aux yeux de bon nombre de clients, ont tendance à ne plus répondre à cette vocation à cause de la tension sociopolitique qui malmène le Mali depuis un peu plus de deux mois.

Après la mutinerie du 21 au 22 mars 2012, l’escalade du 30 avril 2012 et celle du lundi 21 mai 2012, l’Association professionnelle des banques et établissements financiers (APBEF) a décidé, mardi, de la fermeture temporaire de toutes les institutions financières à Bamako.

La raison tenait moins à un problème de liquidités qu’à une question de sécurité d’autant plus que les mouvements et associations hostiles au choix du président Dioncounda Traoré pour diriger la transition avaient juré de mettre Bamako sens dessus-dessous le mardi 22 mai 2012.

La mesure de l’APBEF qui se voulait préventive n’a duré que 24 h. Et comme annoncé dans notre précédente édition (Les Echos n°3875 du 23 mai 2012), les banques de la capitale ont renoué avec le travail hier. Cela, non sans toucher aux intérêts des clients. « Nous avons peur maintenant de déposer tout notre argent à la banque au risque de ne pas trouver à manger un jour », s’alarme Cheick Barry. Pour ce client de la Banque of Africa (BOA), « il n’appartient pas à une banque de fermer à chaque manifestation » même s’il reconnaît quelque part que la mesure est destinée à la sécurité des biens et du personnel.

Thésaurisation ?

Abondant dans le même sens, Ibrahim Tembely, client à la Bsic, affirme qu’il n’y avait aucune raison de fermer mardi les banques. La fermeture lui a été préjudiciable à plus d’un titre. « La fermeture des banques mardi m’a empêché de conclure un investissement », déplore-t-il.

Par mesure de prudence, nombreux sont les usagers des banques qui préfèrent avoir leur fortune à côté d’eux que de faire un dépôt dans cette situation de confusion dans le pays. « En cas de fermeture brusque des banques si tu n’as rien de côté tu risques de perdre. J’ai décidé à partir d’aujourd’hui de vider mon compte et garder personnellement mes fonds », témoigne une cliente d’une banque.

Et d’ajouter qu’elle n’est pas la seule dans cette logique. Autant les banques n’inspirent plus confiance aux clients, autant des banques se réservent le droit de ne plus faire de prêts au regard de la situation de troubles au Mali.

« La fermeture temporaire des banques à Bamako mardi nous a causé un grave tort », soutient Amara Bamba, client de la BOA. Pour Oumar Doumbia, commerçant de son état, rencontré sur les lieux, « ce problème politique vise à mettre le pays dans le chaos ».

Dans les banques visitées, aucun chef d’agence ou membre d’une direction n’a voulu se prononcer sur les raisons de la fermeture des banques de la capitale le mardi 22 mai 2012. Ce qui n’est pas de nature à renforcer la confiance de la clientèle.

Mohamed Daou

Aboubakar Ouattara (stagiaire)

es Echos du 24 Mai 2012