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  L’Aube
UEMOA/Sénégal : Qui veut abattre Soumaïla ?

Vendredi dernier, le secrétaire à la communication de l’Urd a rencontré, à Dfa Com, les patrons de presse maliens. Objectif : apporter les précisions (la contradiction ?) suite aux allégations du journal sénégalais Le Quotidien au sujet d’un « passif de 5 milliards de FCFA né d’un financement fictif de forages » au Sénégal durant le mandat de l’ancien président de la Commission de l’Uemoa, Soumaïla Cissé.
Dr. Modibo Camara était accompagné de Vincent Traoré, conseiller à la communication du candidat Soumaïla Cissé et de Baba Dagamaïssa, membre du staff de campagne.

Sous le titre « Financement de projets fictifs au Sénégal : La France empoigne l’Uemoa pour 5 milliards », le journal sénégalais Le Quotidien écrivait dans sa parution du 29 novembre 2011 : « Le président sortant de la Commission de l’Uemoa va laisser à son successeur un gros passif né d’un financement fictif de forages au Sénégal, avec l’argent de l’Agence française de développement…Ces derniers mois, Soumaïla Cissé a passé, le peu de temps qu’il passe dans la capitale burkinabè, à jouer à cache-cache avec les agents français, parce que n’étant pas en mesure de leur produire des justificatifs pour des dépenses effectuées avec leur argent… ».

L’article a été repris et interprété par une certaine presse de la sous-région, ternissant l’image de notre compatriote Soumaïla Cissé, depuis candidat à l’élection présidentielle de 2012. Le but de la rencontre entre la direction de la communication du candidat de l’Urd et les responsables de presse était, ni plus ni moins, de donner des pistes sur la vérité dans cette affaire au relent d’un règlement de compte.
Il se peut tout d’abord que Soumaïla Cissé soit victime d’un conflit sénégalo-sénégalais, c’est à dire le remplacement de El Hadj Abdou Sakho par l’ancien Premier ministre, Cheick Hadjibou Soumaré en qualité de commissaire de l’Uemoa pour le compte du Sénégal et sa désignation comme président de la Commission de l’Uemoa. Abdou Sakho verrait-il la main de Soumaïla derrière son éviction ? Il ne devrait pas, car c’est une décision purement présidentielle et une affaire intra sénégalaise.

Une autre piste qui prouve que Abdou Sakho garde une dent (méchante) contre Soumaïla Cissé : dans une interview accordée à un journal sénégalais, l’ancien commissaire étale les divergences qu’il y avait entre lui et son président de l’époque au sujet de plusieurs dossiers et critique le bilan de celui-ci à la tête de l’Uemoa.
Alors, nous sommes légitimement fondés à croire que Abdou Sakho n’hésiterait pas à entreprendre toutes actions (même non fondées) susceptibles d’écorcher l’image du (désormais) candidat à la Présidentielle malienne de 2012, Soumaïla Cissé.
Pour en revenir à l’affaire proprement dite de détournement de 5 milliards de FCFA, des démentis sont apportés par des experts, des personnes qui ont un œil sur la gestion de ce dossier de forages.

Le directeur de l’Agetip dément

Sur le site rewmi.com, Moussa Diarra, directeur de l’Agetip Sénégal, affirme qu’« il n’y a eu aucun détournement ». Le site sénégalais révèle aussi que c’est avec étonnement que Denis Castaing, directeur, à Dakar, de l’Agence Française de Développement, a appris l’information faisant état de détournement des 5 milliards destinés au financement, par l’Afd, à travers l’Uemoa, de forages au Sénégal. Interrogé, en marge de la 26ème Assemblée générale de l’Association africaine des Agences d’exécution des travaux d’intérêt public (Africatip), le directeur de l’établissement de développement a différé son commentaire, préférant, dit-il, « se renseigner, d’abord ».

Comment le directeur de l’Afd peut-il apprendre, via la presse, une affaire de détournement concernant des projets financés par sa structure ? C’est qu’il n’y a pas d’affaire.
Pour en revenir à Moussa Diarra, faisant la genèse du projet de forages au Sénégal, il apportera les éclairages suivants : « Il a été question, il y a 15 mois, de signer une convention d’ouvrage délégué avec l’Uemoa et le Ministère de la construction chargé de l’hydraulique, pour réaliser 14 forages, une vingtaine de châteaux d’eaux et des réseaux multi-villages dans les régions de l’intérieur du pays, dans la zone Centre et Est du Sénégal ».

Ce programme, a-t-il ajouté, à exécuter totalement dans un délai de 18 mois, devait être achevé en Décembre2011/Janvier2012. « Au moment où je vous parle, les délais et le planning sont respectés. 20 Châteaux d’eaux, déjà réalisés, sont en cours d’être réceptionnés, douze forages ont été construits et deux autres réhabilités. Nous travaillons, aujourd’hui, sur deux forages, pour boucler le programme », a fait savoir le directeur de l’Agetip Sénégal.

Rassurant quant au niveau d’exécution des ouvrages et des comptes rendus donnés régulièrement à l’Uemoa, il ajoutera : « le dernier rapport d’activités fourni, ne date même pas d’un mois. Je l’ai envoyé à Ouagadougou, c’est une copie à la représentation locale de l’Uemoa, avec qui, d’ailleurs, on a tenu, il n’y a pas dix jours, une réunion sur le programme, très satisfaisante ».
Pour Moussa Diarra, le programme se déroule de manière satisfaisante. Aussi, précise-t-il : « c’est même un programme de référence, sur la façon dont cela a été mené, il n’y a pas un jour de retard sur les délais et il n’y a jamais eu de détournement ».

Il n’y a jamais eu de détournement

La plus grande précision dans cette affaire de projets de forages est apportée par Malick Diallo, directeur de l’environnement et de l’eau dans une correspondance adressée au journal Le Quotidien. Il précise tout d’abord que le Programme d’hydraulique villageoise de l’Uemoa vise à contribuer durablement à l’amélioration des conditions de vie des populations les plus défavorisée de l’Uemoa par la mise à disposition de 8 000 points d’eau pour la consommation humaine.

Il est exécuté dans chaque Etat membre par une agence d’exécution jouant le rôle de maître d’ouvrage délégué, à travers une convention signée entre l’Etat bénéficiaire, la Commission de l’Uemoa (maître d’ouvrage) et le maître d’ouvrage délégué choisi d’un commun accord. Au Sénégal, l’agence d’exécution est Agetip. Malick Diallo rappelle que les ressources financières pour la réalisation des ouvrages sont versées par la Commission de l’Uemoa dans un compte bancaire exclusivement dédiée à la réalisation du projet (un détail de taille).

Le programme a démarré dans les huit pays de l’Uemoa avec une phase pilote portant sur la réalisation de 3 000 forages positifs équipés de pompes à motricité humaine. La première phase a porté sur les réalisations de 350 forages au Mali et autant au Niger, et de 300 forages dans chacun des Etats suivants : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Sénégal et Togo. Soit un total de 2 500 forages au financement disponible pour un reliquat de 500 forages.

Poursuivant ses éclaircissements, le directeur de l’environnement et de l’eau de l’Uemoa révèle qu’il a ainsi été convenu d’attribuer les 500 forages restants aux pays qui auraient fini les premiers à raison de 100 forages supplémentaires par pays. Il s’agit du Bénin, du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Togo.

Le Sénégal ayant également entièrement réalisé les 300 forages de la première phase, a sollicité la Commission de l’Uemoa pour le financement de 150 forages supplémentaires. Ce supplément porte sur la réalisation de 120 forages équipés de pompes à motricité humaine, 10 forages équipés de pompes solaires avec un mini réseau d’adduction d’eau et 20 forages équipés de pompes à énergie électrique conventionnel. Le montant du financement de cette opération est de 5 514 480 000 FCFA.

Malick Diallo précise à ce niveau que la mise à disposition de ces ressources financières à Agetip s’effectue ainsi qu’il suit : une première tranche de 30% du montant total du financement à la signature de la convention en vue du démarrage des travaux ; une deuxième tranche de 50% à l’adjudication des marchés de forage et de construction des châteaux d’eau ; et une dernière tranche, soit le solde du montant total des prestations à réaliser après justification des 80% des décaissements effectifs des deux premières tranches.

Sur ce projet de 150 forages supplémentaires au Sénégal, précise M. Diallo, il y a eu des divergences de vue avec l’Afd, non pas sur le fait que les forages n’existent pas, mais parce que ce programme sortait des 3 000 forages prévus sur la première phase financée sur l’aide budgétaire française. Ces 150 forages sont en cours de finition alors que les 300 premiers forages prévus dans les régions de Matam, Tambacounda, Bakel et Kédougou sont entièrement réalisés et réceptionnées par une mission de la Commission de l’Uemoa.
Le directeur de l’environnement et de l’eau de l’Uemoa fait constater, en conclusion, qu’il n’y a aucun programme fictif de financement de forages par l’Uemoa au Sénégal.

CH Sylla

20 Décembre 2011.

 

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