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  Soir de Bamako
Statut de l’opposition politique au Mali : que veulent certains leaders de l’opposition politique ?

Après la désignation de Soumaïla Cissé comme Chef de file de l’opposition politique, certains leaders de cette opposition ont estimé qu’il est impossible dans un pays comme le Mali, où les formations politiques membres de l’opposition ont des visions divergentes, de parler d’une même voix compte tenu du fait qu’elles n’ont pas les mêmes intérêts et les mêmes programmes. Ce sont là des considérations qui ne “tiennent pas la route”, dans la mesure où on sait qu’au Mali, à l’exception de quelques rares formations politiques, les partis à leurs créations ne sont guidés par aucune doctrine économique ou politique bien déterminée.

La seule idéologie qui semble être défendue par tous les maliens, que l’on soit “politicien” ou pas, c’est l’idéologie nationaliste. Pour s’en convaincre, il suffit de faire une simple lecture des projets de sociétés présentés par les différents partis lors de la dernière campagne pour les élections présidentielles de 2013. A quelques exceptions près, tous ces projets se ressemblent. Qu’ils émanent de ceux qui se réclament du “bloc libéral” ou de ceux qui se disent “communistes” ou marxistes.
Dans un tel cas de figure, il est incongru de faire croire que l’opposition politique au Mali ne peut s’unir sous la bannière d’un seul chef de file, au motif que les partis de l’opposition n’appartiennent pas au même bloc. De quel bloc veut-on parler ?

Depuis l’avènement du multipartisme au Mali en 1991, nous assistons à un foisonnement de partis politiques qui se créent seulement au gré des leaders d’opinion, sans jamais que lesdits partis fassent leur une quelconque idéologie bien définie. Sinon comment comprendre qu’en 2013, lors du deuxième tour de l’élection présidentielle, une partie de l’Adema-Pasj ait décidé de se rallier au Rpm alors que l’autre partie décidait de supporter le candidat de l’Urd ? Pourtant il est bien connu que l’Adema-Pasj et l’Urd ne sont pas animées par une même idéologie politique.
L’Adema-Pasj est “socialiste” et décide de se rallier à un parti “libéral” contre un autre “socialiste”, il y a vraiment lieu de se demander où est la conviction idéologique. Lors de la campagne pour les élections législatives dernières, nous avons assisté à toutes sortes d’alliances qui ont fait fi de toute logique idéologique. Certains observateurs avisés de la vie politique malienne n’ont pas hésité à qualifier ces alliances de “contre nature”. Mais ainsi va la vie politique au Mali.
Les nombreuses transhumances politiques auxquelles nous assistons confirment à souhait que les alliances se font au gré des intérêts de nos hommes politiques, et non dans le sens de la défense d’une idéologie. Si dans de telles circonstances, l’opposition politique se voit octroyer une possibilité légale de se faire entendre par les tenants du pouvoir, elle doit vraiment s’en réjouir. Mais que non !

Depuis la désignation de Soumaïla Cissé comme chef de file de l’opposition, des voix se sont élevées dans la classe politique pour fustiger cette action et même pour critiquer la loi portant statut de l’opposition politique au Mali. Lors d’un débat télévisé sur l’Ortm en date du 22 mars courant, Oumar Mariko, le président du Sadi (parti de la majorité présidentielle), a estimé que l’institution d’un chef de file pour l’opposition politique est tout simplement suicidaire pour la démocratie au Mali. “Un libéral ne peut pas être le porte-parole d’un communiste”, a t-il déclaré. Comme si nos hommes politiques, dans leur for intérieur, soutiennent et défendent une certaine idéologie ou une doctrine.
Certains parmi eux, pourtant membres de l’opposition, sont allés jusqu’à insinuer qu’avec l’institution d’un chef de file de l’opposition, aucune proposition sur les grandes questions de la nation, aucun message de l’opposition ne sera pris en compte par les autorités du pays, sans que cela ne soit transmis par le chef de file et porte-parole. Cela est tout à fait normal et offre d’ailleurs à l’opposition la meilleure façon de se faire entendre par le pouvoir en place.

Un dirigeant d’un certain parti de l’opposition a poussé le ridicule jusqu’à déclarer sur les antennes d’une radio privée de Bamako, que “Soumaïla Cissé a été désigné par le président IBK comme chef de file de l’opposition, or cela ne doit pas se faire”. Précisons que le chef de file et porte-parole de l’opposition n’a pas été désigné par le Président de la République. Ce sont plutôt les militants de l’Urd qui l’ont désigné conformément à l’article 14 de la loi 007-2015 du 04 mars 2015 portant statut de l’opposition politique au Mali. Le président de la République ne fera que prendre un décret le nommant à ce poste et confirmer ainsi le choix des militants, toujours conformément aux dispositions de ladite loi.
Du temps où il y avait pas de loi instituant un chef de file pour l’opposition politique au Mali, les leaders des partis politiques de cette mouvance n’ont de cesse crié qu’ils ne sont pas considérés par le pouvoir, car il ne les écoute pas. Maintenant qu’il y a une loi qui leur définit un statut et leur permet de désigner un porte-parole qui sera l’interlocuteur du pouvoir en leur faveur, ils s’attaquent à cette loi et la fustigent. Finalement on serait tenté de se demander “que veulent certains leaders de l’opposition politique au Mali ?”

Mamadou GABA

Le Soir de Bamako du 31 Mars 2015

 

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