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  L’Inter de Bamako
Sur la démission de SBM : iBK répond à Dicko que quand un éléphant est devant quelqu’un, il ne doit pas craindre d’être mouillé par la rosée

BK répond à Dicko que quand un éléphant est devant quelqu’un, il ne doit pas craindre d’être mouillé par la rosée (‘’Ni sama bè môgo min nyè, ngomi to gosi)

C’est par une image que le président IBK a répondu à Mahmoud Dicko : celle prenant Soumeylou Boubèye Maïga par la main et marchant derrière lui bras dessus dessous. Un signal fort lancé à l’endroit de l’imam Mahmoud Dicko qui avait demandé la démission de son Premier ministre au cours de la cérémonie de prière qu’il avait organisée au stade du 26 Mars, dimanche 10 février.

Contrairement à ses habitudes de répliquer aux déclarations de ses adversaires à son retour d’un voyage ou à l’occasion d’un événement national, le président IBK n’a pas cette fois-ci porté de gants pour répondre à l’iman Mahmoud Dicko. Celui- ci a profité de son meeting de prière pour réclamer le départ de Soumeylou Boubèye Maïga de la primature. Et pour ne pas alourdir l’atmosphère déjà polluée par les déclarations de son chef de gouvernement qui a qualifié les organisateurs du meeting d’acteurs hybrides et de théâtralisation la cérémonie de prière, le président de la République a préféré une image pour dire à l’iman que Soumeylou Boubèye Maïga est sous bonne protection.

Le président IBK vient de dire aux organisateurs du meeting du 10 février que la démission de son Premier ministre n’est pas inscrite à l’ordre du jour. La photo dont il est question a été prise à l’aéroport international Président Modibo Keïta- Bamako-Sénou, mercredi dernier, au retour du président IBK de Dubaï. On voit les deux hommes souriant bras dessus dessous, avançant à pas de géant, IBK devançant de quelques pas Soumeylou Boubèye Maïga dont la tête est réclamée par l’iman Dicko.

La photo des deux premières personnalités du pays traduit de façon plus parlante le lien absolument solide entre les deux (02) hommes. Une façon de dire que la photo est un langage. La lecture qu’il convient de faire de cette image c’est que IBK tient fermement à la compagnie de son Premier ministre qui manifestement est à la parade de toutes les pierres que l’on jette dans le jardin du président.
En politique, il faut savoir marcher dans le temps et avec le temps. Une façon de dire que le chef de l’Etat comprend à sa juste valeur la place que le Premier Ministre Soumeylou Boubèye Maïga occupe dans la survie de son régime. Si les organisateurs du meeting défient de s’en prendre au président lui-même en cas de refus de désavouer son Premier ministre, ils doivent se mettre aussi à l’esprit que dans tout combat, ils peuvent triompher ou perdre.

José Marti disait : « Osez lutter c’est aussi vaincre mais aussi risquer perdre. » Aussi, le Mali vient de très loin et le peuple malien est témoin de l’attitude de certains chefs religieux vis-à-vis de Dieu et des principes de droiture, de sobriété dans toute recherche d’intérêts. Lorsque des chefs religieux veulent maudire, il importe qu’ils ne soient pas dans les meilleurs conforts de ce monde éphémère.
Parlant sous le contrôle de ceux qui connaissent le Coran, Dieu dit que celui qui nage dans le bonheur terrestre se soucie peu du paradis de Dieu. Mais un proverbe de chez nous affirme que lorsqu’on vient à tomber en marchant il faut s’en prendre à la pierre qui a fait trébucher.

Si la nature a horreur du vide comme madame la baronne a horreur du thé, l’attitude des religieux maliens face à la chose politique est imputable à la défaillance du corps politique notamment des gouvernants qui n’ont cesse de les courtiser pour avoir leur électorat. C’est dans ce contexte que le gouvernement est toujours représenté ou presque à toutes les rencontres des religieux.

La création du ministère des Affaires religieuses et du Culte est l’expression parlante de la faiblesse du régime IBK face à ses religieux quand bien même il a prêté serment de servir un Mali laïc. Pour la petite histoire, il ne serait pas inutile de rappeler que Moussa Traoré qui semble plus religieux que bien de cadres de l’Alliance pour la démocratie au Mali- Parti africain pour la solidarité et la justice (ADEMA-PASJ) a tout simplement créé une Division des affaires religieuses et du culte au sein du ministère de l’Administration territoriale. Nul doute que Moussa savait le grave danger d’inviter le religieux sur le terrain politique. Ce n’était pas pour rien que la Révolution française de 1789 a consacré la séparation de l’église et du politique.

Par le passé, Mahmoud Dicko avait coutume de dire sur les antennes de RFI que le Mali étant à 95% musulmans, il n’y a pas de disconvenance que le religieux s’implique en politique. Mais ce qu’il avait oublié de dire à la face du monde, c’est qu’au Mali il y a beaucoup plus de farce religieuse que de vraie foi en Dieu.

Rappelons en passant que quand bien même le président Modibo Keïta était un pratiquant de l’islam, il avait compris la nécessité de séparer la politique de la religion et de considérer celle-ci comme une affaire personnelle.

A son tour, Moussa Traoré a créé l’Association malienne pour l’unité et le progrès de l’islam (AMUPI). Lorsque le Mouvement démocratique a commencé des manifestations contre son régime, une aile dissidente est sortie de l’AMUPI pour rejoindre le Mouvement démocratique. Cette aile dissidente comptait en première ligne Mahmoud Dicko et Chérif Ousmane Madani Haïdara. L’on comprend donc pourquoi ce dernier a osé s’en prendre au régime de Moussa à travers ses prêches, prêches virulents qui lui ont valu une interdiction.

Lorsque Moussa est tombé, l’aile dissidente de l’AMUPI a suivi le Mouvement démocratique. Ainsi, l’ADEMA, pour les récompenser, a créé le Haut Conseil islamique (HCI) pour pouvoir soutenir le parti. C’est donc avec juste raison que Soumeylou Boubèye Maïga a rappelé que le HCI est leur création. Comme pour dire qu’ils ne l’ont pas créé pour les combattre.
Est-ce la même stratégie que Dicko et compagnons veulent appliquer pour faire tomber IBK ? Sauf qu’il faut se garder de confondre vitesse et précipitation. En vérité 2019 diffère bien de 1991.

Il faut donc savoir raison garder.

Fodé KEITA
l’Inter de Bamako du 18 février 2019

 

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