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  Les Echos
Nord du Mali : Et le pétrole dans tout ça ?!

Le retournement soudain des armes libyennes contre le peuple malien reste encore inexpliqué pour beaucoup. Au-delà du décompte macabre des morts et de celui malheureux des réfugiés, au-delà des affrontements et des victoires relatives ou glorifiantes, la mise en perspective de certains faits fait converger les conclusions vers l’inquiétante question minière dont, semble-t-il, le sous-sol saharien serait très riche. Enquête.

Personne, semble-t-il, n’a pris au sérieux les inquiétudes de Saïd Djinnit, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest, lorsqu’il affirmait à la mi-octobre 2011 que « le retour de Maliens de Libye, parmi lesquels figurent des centaines de militaires ayant servi l’ancien régime du colonel Kadhafi, est une grave préoccupation » du fait surtout qu’ils sont équipés « d’armes lourdes, des missiles, des convois de centaines de véhicules, dont des ‘technicals’ (4×4 pick-up munis d’armement), qui circulent librement dans le Nord malien ».

Ce n’était pas donc les prières à l’aide adressées à la France, à l’Algérie et à la Mauritanie, entre autres, de Soumeylou Boubèye Maïga, le tout nouveau ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale d’ATT qui pouvaient être entendues. Le bruit des ruisseaux souterrains du bassin de Taoudéni couvrait tout gémissement de ce diplomate volontariste qui a résolument inscrit son action dans la prévention d’une menace à peine voilée.

Seulement voilà, en décidant de chasser Kadhafi de son trône à Tripoli, les petits diables français du Quai d’Orsay ne se sont jamais préoccupés des conséquences que cela pouvait avoir dans la sous-région, sur le devenir de la Libye même et encore moins d’un pauvre pays comme le Mali dont des centaines, voire des milliers de ressortissants s’étaient engagés dans l’armée du colonel libyen.

Kadhafi tombé, certains comme Mohamed Ag Najem, qui est aujourd’hui le chef d’état-major du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et dont le père fut tué lors de la rébellion de 1963, sont retournés au bercail sans qu’on sache véritablement si c’était pour fuir la loi des vainqueurs ou s’ils nourrissaient d’autres vœux secrets.

Toujours est-il que le diplomate onusien a tout fait pour attirer l’attention sur le fait qu’ils sont lourdement armés. Et un homme armé est toujours dangereux pour la sécurité des autres car il s’en servira, un jour ou l’autre, consciemment ou manipulé par des tiers dont il sera à la solde. La situation actuelle au nord du Mali repose sur ces deux motivations.

Jusqu’ici, l’on a beaucoup parlé d’irrédentisme, de soif de vengeance. Mais une information capitale est venue plus tard éclairer les lanternes des analystes : l’annonce, vendredi 6 janvier 2012, par Total de la signature avec les autorités mauritaniennes de deux nouveaux permis d’exploration dans « le très prometteur bassin de Taoudéni ».

Quelques jours après, Cheikh Hamad al-Thani, émir du Qatar qui a réussi à obtenir de « Total, comme d’autres compagnies, que celles-ci l’associent à leurs projets de développement à l’étranger, une condition pour que Total remporte des marchés au Qatar », confie un cadre du groupe, arrivait à Nouakchott avec des airs de grand seigneur donneur de directives et de leçons. Mais, mal lui en aurait prit. Sa visite de quelques heures se serait terminée en « queue de chameau » après ses injonctions malvenues au président Ould Abdel Aziz.

« L’émir a voulu donner certaines directives au président Abdel Aziz, usant d’un ton quasi comminatoire, et menaçant d’utiliser sa chaîne al-Jazeera pour faire éclater une révolution en Mauritanie, comme en Tunisie et en Egypte. Le chef de l’Etat mauritanien, un militaire, a alors explosé et a congédié l’émir », écrit le Figaro (Ndlr édition du 12 janvier), qui cite une source proche de la multinationale française.

Total et Qatar Petroleum sont présents en Mauritanie depuis 2005 dans l’exploration du bassin de Taoudéni. Avec les deux nouveaux permis, le groupe a ainsi acquis, en tant qu’opérateur, une participation de 90 % dans les blocs C-9 en mer très profonde et TA-29 à terre dans le bassin de Taoudéni. La compagnie nationale mauritanienne SMH détiendra les 10 % restants.

Autre fait lié, en février 2011, la presse algérienne indiquait que le groupe français Total et Sipex, filière internationale de la Sonatrach, société nationale algérienne, avaient en commun des projets au Sahel visant à unir leurs forces pour obtenir les projets les plus juteux possibles, au Mali et au Niger puisque des récentes découvertes de richesses minières ont été faites récemment dans le bassin de Taoudéni, un espace large de 1,5 million de kilomètres carrés, partagé entre le Mali, l’Algérie, la Mauritanie et le Niger.

Sipex à Bamako en face de l’ambassade US

La région serait « un nouvel eldorado », à en croire Jean-François Arrighi de Casanova, directeur Afrique du Nord de Total qui se délecte d’immenses découvertes gazières dans le secteur, freinant la progression du puits vers la zone pétrolière, en Mauritanie.

En 2007, la Sipex se fait connaître au Mali en installant son siège à Bamako dans le nouveau quartier de l’ACI-2000 en face de l’ambassade américaine. « Les relations de bon voisinage avec l’Algérie » contribueront très aisément à l’acquisition d’une prolongation de deux ans pour la première phase d’exploration qui prendra fin en 2013. « Le blogfinance » posait, récemment, la question malicieuse de savoir si tout cela était une coïncidence au moment où Total se trouve encore empêtré dans la phase de contentieux juridique sur son permis de gaz de schiste français.

Si c’est un simple hasard, on n’oubliera l’accord secret signé le 3 avril 2011 par le CNT « attribuant 35 % du total du pétrole brut aux Français en échange du soutien total et permanent à notre Conseil« . C’est dans un document adressé au cabinet de l’émir du Qatar, qui a été divulgué par la presse française de gauche. Des cyniques diront que le groupe pétrolier français se donne une bonne conscience en s’alliant au prince qatari dans ses nouvelles conquêtes en Afrique.

Un terrain d’opération de ces nouvelles conquêtes serait le bassin de Taoudéni, un bassin unique, peu exploré, qui malgré un manque d’analogue proche, contient tous les concepts composant une province pétrolière couronnée de succès. Les roches-mères d’âge infracambrien sont mal connues mais sont identifiées et prouvées être matures.

Le fait qu’elles soient adjacentes aux réservoirs de calcaires à stromatolites, riches en gaz surtout dans le puits d’Abolag-1 ou ceux plus jeunes d’âge Ordovicien plus importants économiquement, augmente encore toute l’importance de la convoitise géostratégique que le Mali a toujours refusé à l’ancien colonisateur, mais concédant certains avantages aux rivaux américains qui ont eu droit de camper leurs troupes et qui aujourd’hui donnent un coup de pouce à l’armée malienne dans les opérations aériennes contre les éléments armés.

Tout le monde le dit aujourd’hui, revendiquer l’indépendance de l’Azawad, une zone saharienne économiquement non-viable, ne reposer uniquement pour des raisons culturelles ou identitaires ; recevoir des membres voilés de cette rébellion au Quai d’Orsay ne peut se justifier uniquement par leur promesse de combattre Al-Qaïda au Maghreb islamique malgré la faiblesse d’un Etat ATT, malgré sa naïveté, malgré ses compromissions.

Il y a eu certes l’aveuglement sur les conséquences de la guerre libyenne, aujourd’hui ce pays semble parti pour en faire deux Etats avec la tenue du Congrès du peuple de Cyrénaïque qui a déclaré unilatéralement son autonomie le 6 mars dernier devant plus de 3000 personnes, fort d’avoir dans son sous-sol l’essentiel de la richesse pétrolière du pays.

S’il doit y avoir une manifestation d’ego vis-à-vis du « non » à la France et du « oui » à l’Amérique, l’Azawad, pour voir le jour comme Etat indépendant, souverain ou même autonome devra attendre longtemps, pour ne pas dire la fin des temps même si le nouveau prospect dans le bassin de Taoudéni partant de Nara peut avoir des analogues dans plusieurs rifts d’âge crétacé en Afrique du Nord y compris ceux couronnés de succès au Tchad et au Niger.

Le pétrole, n’a jamais autant mérité son qualificatif l’or du diable, dans tous les sens du terme.

Oussouf Diagola

12 Mars 2012

 

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