Le Mali
Institutions
Coopération
Education
Art & Culture
Tourisme
Presse
Urbanisme
Horoscope
Météo
Formation
Editorial
Liens



 
  Dossier
Ménaka : Pourquoi le Français a été kidnappé et vendu à Al-Qaïda

Selon des sources concordantes, dignes de foi, le Français Pierre Camate a été kidnappé dans la nuit du mercredi 25 et jeudi 26 novembre par des éléments de l’Alliance du 23 mai pour le changement, un groupe armé qui sème la terreur dans la région de Kidal. Cet enlèvement opéré par des Ifoghas et des Chamanamass (réputé être de la bande à Bahanga) est une réaction, nous a-t-on dit, au refus du député de Ménaka, Bajan Ag Hamatou, d’intégrer un réseau mafieux, créé pour arnaquer les autorités de Bamako et servir de passage aux vendeurs de drogues, armes et autres produits illicites. Ensuite, les bandits armés de Kidal ont vendu leur marchandise au groupe terroriste Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) qui détiendrait le Français Pierre Camatte. Maintenant, les mêmes vont se muer en médiateurs.

Le Français enlevé dans le nord du Mali est vraisemblablement retenu par des membres de "l’aile dure" d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Pierre Camatte est en réalité victime d’un règlement de compte entre certaines fractions du nord - Mali notamment de Kidal et Gao. Sinon, rien ne justifie cet enlèvement parce que ce sexagénaire vit depuis plus de deux ans à Ménaka, en parfaite harmonie avec les populations locales. Ensuite, la France n’a aucun différend avec le Mali et les citoyens de Ménaka et même avec Aqmi.

Pierre Camatte est, il faut le dire, victime d’un règlement de compte entre touaregs de la zone. En effet, c’est la première fois qu’un kidnapping se passe sur le territoire malien. Il y a eu certes des otages allemands, suisses, britanniques -mais jamais des Français.

Puis, tous ont été enlevés ailleurs avant d’être transportés sur le sol malien. Ils recouvrent généralement leur liberté avec la médiation du président de la République, Amadou Toumani Touré, qui s’appuie sur les notabilités de Kidal et autres bandits armés de la région comme facilitateurs.

Les négociations durent souvent des semaines voire des mois. Mais ATT aussi bien que les chancelleries concernées n’ont jamais reconnu de versements de rançons, même si l’on sait que la réalité est bien toute autre. Le seul touriste britannique sauvagement assassiné par Aqmi dans la zone est Edwin Dyer. Alors pourquoi cet enlèvement ?

Pour le comprendre, il faut remonter à la mise en place du Bureau de l’Assemblée régionale de Gao en printemps dernier. Deux candidats étaient en lice : Mohamed Ould Idriss de Bourem, un Arabe bon teint du Mouvement citoyen et Gabdy de Ménaka, un Chamanamass de l’ADEMA. Cette formation politique avait la majorité pour faire élire son candidat.

Cependant, il a mordu la poussière devant son adversaire, élu président de l’Assemblée régionale de Gao. Cet échec a été amputé au député des Abeilles de Ménaka, Bajan Ag Hamatou qui aurait "vendu" ses délégués au Mouvement citoyen. Ce qui a provoqué un malentendu entre la communauté chamanamass de Ménaka et celle de l’honorable député, issu de la chefferie traditionnelle.

A cela est venu s’ajouter le refus du même député de participer au récent forum de Kidal et d’adhérer, par la même occasion, à la constitution d’un prétendu réseau pour le développement et la paix au nord - Mali, initié par des Ifoghas, des Chamanamass et un groupe de Kounta.

C’est en fait un réseau mafieux, destiné à tracer des couloirs de passage pour les trafiquants de drogue et autres marchands de produits illicites. C’est également un réseau qui veut imposer ses membres aux autorités de Bamako comme uniques interlocuteurs dans la gestion des questions sécuritaires de la zone. C’est aussi une manière de créer les problèmes et d’offrir sa facilitation ou médiation pour y remédier. C’est un véritable réseau de pyromanes.

Le député de Ménaka, ayant compris leurs objectifs inavoués, s’est démarqué du projet en même temps que d’autres cadres et hommes politiques de la zone. Ils ont donc juré de lui créer des difficultés. Sachant bien que le petit fils de Firhoun, chef des Oulémendens est intouchable.

Alors, un scénario a été minutieusement concocté : il s’agit de l’enlèvement de Pierre Canatte pour ternir l’image de Ménaka qui a plusieurs communes jumelées avec des villes françaises.

Une manière de porter un coup dur à la coopération décentralisée dans le cercle du député Bajan Ag Hamatou. C’est pourquoi, nous affirmons que le Kidnapping de Pierre canatte n’est ni plus ni moins qu’un règlement de compte entre fractions touaregs.

Voilà pourquoi il a été enlevé par les Ifoghas et des Chamanamass, réputés être des éléments de l’Alliance du 23 mai pour le changement, notamment le groupe de Bahanga. Comme, par les temps qui courent, un otage européen paie bien, ils ont vite fait de le déposer entre les mains de Aqmi. Et les mêmes vont offrir leurs bons offices. Quelle grande escroquerie, digne d’un temps révolu ?

Conséquence de cette situation : le Quai d’Orsay a demandé aux Français vivant dans le nord et l’est du Mali, ainsi que dans les zones frontalières proches, de "quitter immédiatement la zone en raison d’une nouvelle aggravation de la menace terroriste et de regagner sans délai la capitale".
La France a aussi demandé à ceux qui envisageaient de se rendre dans le nord-est du Mali "de renoncer à leur déplacement"
. Ces déclarations sont nuisibles pour cette partie de notre territoire qui ne vit que du tourisme et de l’artisanat. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la réaction de l’Hexagone est disproportionnée.

Chahana TAKIOU

..........

Nord Mali : Bamako a échoué, que Dieu veille sur le Mali

Dans une de nos précédentes éditions, nous écrivions que le président de la République, Amadou Toumani Touré "doit refuser la main tendue de Bahanga". C’était tout juste à la fin du forum communautaire, tenu dans la capitale de l’Adrar des Ifoghas, le mois dernier.

En effet, depuis la fin de cette importante réunion, la violence va crescendo. D’abord l’enlèvement des ambulances avec à leur bord des malades dans la zone de Bouréissa, ensuite l’atterrissage vers Tarkint du Boeing bourré de coke, puis, dernier évènement en date, l’enlèvement d’un Français en pleine ville de Ménaka.

Même si plusieurs sources concordent sur la piste des terroristes d’Al-Qaïda, il faut reconnaître que depuis quelques années, les bandits armés de Kidal en collusion avec les islamistes ont quatre principales occupations : la vente de la drogue, des armes, des munitions.

Signes des temps modernes, la quatrième activité concerne la vente des otages. Ce dernier volet rapporterait beaucoup, selon des sources concordantes. Le scénario est simple et bien huilé.

Les bandits prennent en otage une ou plusieurs personnes qu’ils revendent aux islamistes à un prix donné. Ces derniers à leur tour, négocient à un montant plus élevé, la libération dudit ou desdits otages. Avec, s’il vous plaît, l’intermédiaire de celui qui l’avait vendu auparavant.

Si l’histoire se passe au Mali, le gouvernement octroi aux "négociateurs ou facilitateurs" de l’argent et bien d’autres commodités.

Pire, la rançon demandée est remise par le pays du ou des otages aux "négociateur ou facilitateurs" qui, rappelons-le, est au début de la prise d’otage. Voilà comment vivent luxueusement et impunément certains bandits de grand chemin au Mali.

Au fait, ces problèmes et leurs causes sont connus. Pourquoi alors perdurent-ils, serait-on tenté de se demander ? A en croire beaucoup de cadres ressortissants du Nord, c’est l’autorité de l’Etat qui fait le plus défaut. "Au Nord, personne n’a peur de l’Etat. Beaucoup de gens font ce qu’ils veulent. Quand on veut leur montrer le bon chemin, c’est-à-dire la loi, il y a toujours des pressions qui viennent de partout. Vous ne pouvez pas aujourd’hui arrêter un bandit à Kidal sans qu’on ne vous mette la pression. Si les hommes de terrain décident aujourd’hui de mettre aux arrêts Bahanga, ils seront stoppés net par Bamako. C’est la triste réalité", fulmine un haut cadre de Kidal.

Celui-ci estime que les représentants de l’Etat n’ont pas les coudées franches pour travailler. Kidal, il faut le reconnaitre, est un véritable Far West où la loi du plus fort demeure toujours la meilleure.

Où les populations du Nord et même d’autres régions du Mali voudront, elles-mêmes, se défendre. Car, au Nord, même les chefs de fractions, sur qui le pouvoir fonde son espoir pour contribuer à maintenir l’équilibre social, ont les mains mouillées dans les affaires de drogue et de prise d’otage. L’État n’existe que de nom à Kidal.

Il ne peut pas décider a fortiori agir. Impuissant, il ne fait que subir et n’arrive même pas très souvent à se défendre, à réagir face à des attaques ciblées. Le gouvernement de Modibo Sidibé a lamentablement échoué sur le plan sécuritaire au nord.

En effet, il est incapable de maintenir trois mois durant une stabilité sécuritaire dans cette partie du Mali.

Si ce n’est pas les affaires de drogue, ce sont les enlèvements de voiture, les assassinats à bout portant ou les kidnappings de touristes européens, enlevés dans d’autres pays et hébergés sur notre territoire au vu et au su des plus hautes autorités régionales qui répercutent l’information au niveau national. Sans, s’il vous plait, aucune réponse.

L’Etat est mort au nord : il n’y a aucune autorité si ce n’est celle des bandes organisées et armées. Dans ces conditions, il n’est donc pas étonnant que les islamistes en font leur seconde patrie voire leur base arrière.

L’Etat doit s’assumer à Kidal ou périr. Et les évènements en cours ne sont guère rassurants. Que Dieu veille sur le Mali ! Bamako a lamentablement échoué.

Paul MBEN

Le 22 Septembre du 03 Décembre 2009.

 

Dans la même rubrique :


© 1999-2019 - Afribone Mali SA - Tous droits réservés