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  Le Républicain
Lutte contre la corruption au Mali : Daniel A. Téssougué « Le moustique ne fabriquera jamais l’anti-moustique »

Daniel A. Téssougué, magistrat malien, invite toutes les forces vives maliennes à se lever comme un seul homme pour demander aux autorités maliennes d’arrêter la comédie en cours dans le pays pour exiger une véritable politique de lutte contre la corruption dans le pays. C’était au cours d’une conférence débat sur le thème : « les mécanismes de lutte contre la corruption et les voies de recours », qu’il a co-animé le 5 septembre 2009, à l’espace de d’expression démocratique Kayira, avec Balla Konaré, enseignant à la faculté des sciences juridique et politique (FSJP).

Dans le cadre de sa série de conférences organisées avec l’appui financier de la fondation Rosa Luxemburg, le Réseau de communication Kayira a organisé le 5 septembre 2009, une conférence débat sur le thème : « Les mécanismes de lutte contre la corruption et les voies de recours ». Pour animer cette conférence débat, le choix des organisateurs a porté sur Daniel A. Téssougué, magistrat et Balla Konaré, enseignant à la FSJP. Dr Omar Mariko, directeur du Réseau de communication Kayira qui a salué le partenariat entre le Réseau de communication Kayira et la Fondation Rosa Luxemburg d’Allemagne.

Selon lui, cette franche collaboration, a permis au Réseau de communication Kayira, dans le cadre du projet « bonne gouvernance et promotion des droits humains », de sillonner le Mali pour animer des conférences en fonction des réalités des zones. Il a lancé un appel à tous les maliens qui pensent qu’on doit se battre pour développer le pays pour le bonheur du peuple. « Nous espérons qu’à travers ces débats, les maliens qui veulent le bonheur du peuple vont se retrouver pour dégager des espaces d’actions pour le développement du Mali », a-t-il déclaré.

Après une brève présentation de celle dont la fondation porte le nom, Dr Oumar Mariko a fait la place aux conférenciers. Dès l’entame de son intervention, Daniel Téssougué a indiqué que beaucoup a été dit et fait dans la lutte contre la corruption au Mali, sans que les résultats escomptés ne soient une réalité. Du général Moussa Traoré au président ATT, en passant par Alpha Oumar Konaré, le magistrat a indiqué que l’Etat malien n’a jamais engagé une véritable lutte contre la corruption. « Les autorités n’ont jamais eu une véritable volonté de lutter contre la corruption. Tout ce qui est fait, c’est pour distraire le peuple et l’endormir davantage », a-t-il indiqué.

Avant de déclarer que le moustique ne fabriquera jamais l’anti-moustique pour combattre les moustiques. Face à toute cette parodie de lutte contre la corruption, il a estimé que le moment est arrivé pour que les maliens ouvrent leurs yeux et prennent en main leur destinée en organisant des grandes manifestations pour contraindre les autorités à enclencher une véritable lutte contre le fléau de la corruption qui explique en grande partie les problèmes de sous développement du pays.

L’inutilité des états généraux sur la corruption

Il a estimé que les états généraux sur la corruption, organisés en novembre 2008 par le gouvernement malien, n’étaient pas d’une grande utilité. Selon lui, les 77 résolutions de cette foire, sont déjà prises en charge par des textes maliens. « Mais, ce n’est pas un problème de textes, mais plutôt celui lié au système politique en place dans le pays depuis des décennies », a-t-il déclaré.

Avant de dire que le meilleur système de lutte contre la corruption est celui qui empêche les individus à prendre l’argent de l’Etat. Selon lui, dès que quelqu’un a pris l’argent de l’Etat, sa répression devient difficile. « Avec l’argent, il procède à des corruptions dans le système et échappe à la justice, souvent complice », a-t-il déclaré.

Ce qui va amener le magistrat à soutenir : « dans un pays quand des voleurs, des bandits à col blanc entrent dans des deales avec des policiers, des magistrats, des responsables administratifs et des autorités politiques, ce pays est foutu. Et le Mali est aujourd’hui dans cette situation ».

Et partant de la définition la plus simple du fléau qui le présente comme l’action d’un individu qui profite de sa position stratégique au niveau de l’Etat pour s’enrichir sur le dos du peuple, le Magistrat invitera les maliens à se lever pour dire non à la corruption. « On doit dire non à la corruption parce qu’il empêche le développement du pays », a-t-il indiqué.

Il a ajouté que la corruption a atteint tous les secteurs du pays. Mais, il a exceptionnellement dénoncé la corruption qui occasionne les fraudes électorales. A propos, il a dénoncé Salif Kanouté, ancien président de la cour constitutionnelle pour avoir déclaré à l’issue des élections présidentielles de 2007 que la fraude s’est installée en demeure au Mali. « Sous d’autres cieux, il devait être sanctionné », a-t-il déclaré. Avant d’indiquer que cela n’est pas surprenant dans un Mali où les autorités ont en conscience que les textes sont faits pour les autres.

Pire, il dira que dans l’appareil judiciaire malien, aujourd’hui, tout est fait pour faire la promotion des magistrats que tout le monde sait corrompus, au détriment des magistrats honnêtes et très compétents qui finissent par abandonner le corps.

Le magistrat Daniel Téssougué a aussi estimé que bon nombre de responsables maliens sont souvent très mal placés pour reprocher quelques choses à leurs subalternes, parce que ayant trempé dans des histoires sordides. La solution selon Daniel Téssougué est dans la main du peuple malien qui doit, après 47 ans d’indépendance, refuser d’applaudir dans le vide et imposer aux gouvernants d’enclencher une véritable lutte contre la corruption.

Pour sa part, Balla Konaré a indiqué qu’une catégorie de fonctionnaires maliens et quelques hommes politiques se sont appropriés de toute la fortune du pays. Il a déclaré que certains responsables n’ont aucun amour de ce pays, avant de dénoncer la théorisation de la non humiliation des responsables de faits avérés de corruption par ATT.

Selon lui, cet état de fait encourage les détournements de deniers publics. Pire, il a estimé qu’aujourd’hui, pour réussir au Mali, il faut être corrompu, voleur et truand. « Dans ce pays, des valeurs comme l’honnêteté, n’ont plus droit à être citée », a-t-il regretté. Si Daniel Téssougué a dénoncé la promotion de certains magistrats qui ne font pas honneur à la justice malienne, Balla Konaré s’est attaqué à la promotion au niveau de l’armée.

« La promotion dans l’armée n’est pas faite sur la base des valeurs intrinsèques, mais sur celle du copinage, du népotisme et de la corruption », a-t-il dénoncé. Pour conclure, Dr Oumar Mariko a indiqué que le système politique est à la base de la corruption au Mali. Selon lui, le moment est arrivé pour que les maliens qui partagent la même vision se donnent la main pour opérer un changement de système politique pour le bonheur du pays.

Assane Koné

07 Septembre 2009.

 

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