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  L’Indépendant
Léger Réaménagement du Gouvernement Modibo Kéita : les dessous du limogeage du Général Sada Samaké et de Mahamadou Diarra

Le réaménagement technique du gouvernement, intervenu le jour même de la fête de Tabaski, continue d’alimenter les causeries dans les grins et autres salons feutrés de la capitale et de l’intérieur du pays. Si, de façon générale, on peut le qualifier de façade, il convient tout de même de noter le limogeage de deux ministres détenant des portefeuilles de souveraineté, notamment le Général Sada Samaké (Sécurité intérieure et protection civile) et Mahamadou Diarra (Justice, droits de l’homme, garde des sceaux). Si le Général paye pour son incompétence à endiguer l’insécurité grandissante et généralisée partout dans notre pays, son homologue Mahamadou Diarra fait les frais d’une part, pour n’avoir pu donner suite aux différents dossiers de corruption et de délinquance financière, d’autre part, sa fronde contre la section RPM de Sikasso que dirige son homologue Ousmane Koné qui vient de quitter le ministère de la Santé et de l’hygiène publique pour celui de l’Environnement, de l’assainissement et du développement durable.

‘est donc le jour de la fête de Tabaski que le chef de l’Etat, Ibrahim Boubacar Kéita, a choisi pour réaménager l’équipe gouvernementale. Si l’écrasante majorité des ministres garde leur portefeuille, deux, et non des moindres sont purement et simplement renvoyés. Il s’agit du Général Sada Samaké et Mahamadou Diarra, respectivement ministres de la Sécurité intérieure et de la protection civile et de la Justice, des droits de l’homme, garde des Sceaux.

Insécurité croissante
Concernant le Général Samaké, il convient de noter que de sa nomination à la tête du très stratégique département de la Sécurité intérieure, à nos jours, l’insécurité est devenue endémique dans notre pays. Aucune région, y compris le district de Bamako, n’a été épargnée. De Kidal à Kayes, les populations maliennes vivent dans la psychose de la terreur. Au lieu de proposer des stratégies et donner des moyens, le Général s’est contenté de clamer haut et fort que tant qu’il dirige ce département, ” il n’y aura pas de coup d’Etat au Mali “, histoire de faire croire que les critiques formulées contre lui procèdent d’attaques politiciennes voire de la méchanceté gratuite jusqu’ici. Sur ce plan, on peut dire qu’il aura tenu parole. Mais, à propos de la non dotation ou de la dotation insignifiante en moyens de certains agents des forces de sécurité en mission commandée, le Général Sada Samaké aura pêché.

Sous-équipement des forces de sécurité
Un exemple pour l’illustrer. Au commissariat de police de Diré (une centaine de policiers) qui a été attaqué il y a quelques mois, les éléments ne disposaient que de 5 pistolets mitrailleurs (PM) sur lesquels seuls deux étaient fonctionnels. Pour la centaine d’agents, il n’y avait, en outre, que 5 gilets pare- balles. N’étant pas clôturé, comme c’est le cas dans bien d’autres commissariats, celui de Diré est grandement accessibles à tous, surtout les terroristes. Pour rappel, lors de l’attaque contre Diré, le policier Fodé Coulibaly a été fait prisonnier et est toujours entre les mains de ses geôliers.

A Tombouctou où il n’y a qu’une soixantaine d’éléments, le constat reste amèrement le même. Insuffisance d’armes et de munitions alors que la menace sur les agents des forces de sécurité ne s’est jamais révélée aussi forte.

De Sikasso à Mopti, c’est-à-dire de Fakola à Bih, en passant par Misseni, Kolondièba, Nara, Diabaly, Sévaré, Ouenkoro, des gendarmes et autres policiers ont été tués et blessés.

Quant à la capitale Bamako, les braquages, dont certains en pleine journée, sont devenus un spectacle quotidien.

De nos jours, pour sa sécurité, le Malien n’a plus confiance en personne ni en rien. Un simple claquement des doigts suffit pour créer une panique généralisée.

Face à cette situation, le Général Sada Samaké a été interpellé à l’Assemblée nationale par l’honorable Oumar Mariko. Les réponses données par le ministre aux préoccupations du député sont restées des plus évasives, voire décevantes. Il urgeait donc pour le Président IBK de prendre ses responsabilités. Il l’a fait en débarquant le ministre Sada Samaké et le remplaçant par le Colonel-major Salif Traoré, précédemment gouverneur de la région de Kayes.

Lutte ralentie contre la corruption ?
A propos de l’ancien ministre de la Justice, Mahamadou Diarra, bien que son département (avant sa nomination) ait piloté l’adoption de la loi sur l’enrichissement illicite, il n’aura réussi à donner suite aux grands dossiers de corruption et de délinquance financière.

Pour preuve, dans notre parution du lundi 21 septembre 2015, nous titrions : ” La lutte contre la corruption en panne : sur les 200 rapports transmis à IBK par la CASCA, la justice saisie de 10 seulement. Le manque à gagner frôle les 500 milliards de FCFA “. C’est vrai que tous ces dossiers ne sont pas transmis au moment où Mahamadou dirigeait ce département mais son règne est quasiment inerte relativement à la lutte contre les voleurs de deniers publics. Autre fait qui plombe l’action de l’ancien ministre de la Justice, c’est la fronde qu’il mène contre la section RPM de Sikasso que dirige son homologue Ousmane Koné.

Instrumentalisation de la justice
En effet, mécontent de l’élection du maire de la commune urbaine de Sikasso, Mamadou Tangara, au poste de secrétaire général adjoint de la même section, le ministre de la Justice, qu’il était, a porté plainte contre la section. En d’autres termes, il a instrumentalisé la justice pour régler des comptes politiques. Une première dans l’histoire politique de notre pays. L’intervention des notabilités et autres membres influents du BPN-RPM n’a pu faire entendre raison au “ ministre rebelle “. Ses détracteurs l’accusent d’avoir abusé de son statut de ministre de la Justice pour tenter d’invalider le bureau de la section. Ses camarades lui en veulent beaucoup pour ce “ comportement fractionnel ” qui affaiblit le parti. Toute chose qui avait commencé à mettre Mahamadou Diarra sur la sellette. Tel l’amour, la politique aussi a ses raisons que la raison ignore.

En tout cas, au regard de ce qui précède, le limogeage de ces deux personnages n’est point une surprise quand on sait qu’au sein du RPM, le parti présidentiel, on commençait à en avoir assez de ces deux ” ministres problématiques “. Sans compter que sur le plan du rendement, leur passage à la tête de leurs départements respectifs est loin d’être convaincant.

Diakaridia YOSSI

L’Indépendant du 29 Septembre 2015

 

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