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Lassana Dramé, le dernier dépositaire de l’Azer a tiré sa révérence

Lassana Dramé - Il était le dernier gardien de l’Azer, une langue, un véhicule chargé de la culture du Ouagadou et de Oualatta. Seul à en détenir la magie, il était devenu le docteur du « Gambaré », le ngoni qui traite et guérit les maux, de la communauté maure, par ses notes qui relient le temporel à l’éternel.

Lassana Dramé le « médecin » a tiré sa révérence, le 03 octobre dernier dans sa ville natale de Nioro du Sahel. Bousculé par l’actualité, nous n’avons pas pu dédier un « papier » digne de l’aura de ce guitariste d’exception.

Avec cette « synthèse » réalisée grâce au concours de notre aîné Seïdina Oumar Dicko, historien et journaliste, nous espérons combler ce « vide » que beaucoup de nos lecteurs nous ont reproché en son temps.

L’artiste est, en effet, né à Nioro, de Boubacar Cheick et de Fatoumata Mabo. Son père est venu de Mourdiah dans le cercle de Nara en compagnie de son ami Hamoudé Zouroukou dit Hidé.

Boubacar Cheick s’est installé à Nioro du Sahel en compagnie de son ami, et natif de la ville, Hamoudé un négociant qui sillonnait la bande soudano sahélienne pour commercer. C’est lui qui sollicita Boubacar pour s’installer à Nioro où il finit par se marier.

De son premier mariage naquit Coco Dramé et de son second, les jumeaux, Lassana et Seye Dramé.
Coco émigra à Banamba et les jumeaux restèrent à Nioro et y jouèrent en duo, le ngoni traditionnel : le « Gambaré ». Mieux que son frère Sèye et mieux que tous, Lassana était une virtuose.

Lassana l’exception, une bibliothèque du Ouagadou

Plus que tous les griots maures et mieux que son frère Seye, Lassana était une virtuose du Gambaré. En plus de son doigté exceptionnel, sa particularité résidait dans le fait qu’il était le seul guitariste maure capable de jouer et de faire l’apologie de ses hôtes.

Il était l’un des rares griots maures capables de parler l’Azer qui est un mélange du Soninké, du Maure et du Bambara ; une langue qui se parlait dans l’ancien Ouagadou autour de Oualatta. Il était le dernier dépositaire de cette langue.

C’est cet homme qui est décédé à Nioro du Sahel dans sa 95è année, parmi ses nombreux enfants dont le plus célèbre est Hidé Dramé qui porte le nom de l’hôte Hamoudé Zouroukou.

Hidé Dramé est aujourd’hui âgé de 45 ans. Il a été initié au ngoni et aux louanges par son défunt père Lassana. Toutefois, Hidé Dramé manie aussi l’Azer avec la particularité qu’il le parle sans le comprendre.

Lansana et Seye étaient communément appelés les jumeaux de Cheick Hamalla et sont à l’origine de toutes les compositions en hommage au saint de Nioro qui les envoyait en mission à l’intérieur et à l’extérieur, partout où il y avait les Zawiya (couvent religieux des Hamallistes) pour animer les cérémonies de mariage, sceller des amitiés ou réconcilier les fidèles.

Ils jouaient un rôle social auprès du Chérif Ahmed Hamallah et de ses enfants Chérif Ahmed et de son frère Mohamédou Ould Hamallah l’actuel chef de la confrérie.

Lassana Dramé était communément appelé « médecin », le griot capable de guérir la communauté en raison de son rôle qu’il y joue, l’impact de sa guitare sur les gens.

Il était généalogiste pouvant remonter l’histoire des « Makan Biné » de leurs origines à nos jours, les tribus « Oulad Bilé » et chérifienne de Tichitt qui donna son nom au quartier résidence des maures de Nioro.

B. Daou

Le Républicain du 6 février 2008.

 

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