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  L’Inter de Bamako
L’intervention militaire : La stratégie mise en place par les forces françaises se déroule en plusieurs temps.

D’abord, arrêter l’offensive des narco-djihadistes à Konna, ensuite, reprendre les deux plus grandes villes du nord aux mains des islamistes (Gao et Tombouctou). Enfin, la dernière phase consiste à éliminer les terroristes islamistes qui ont trouvé refuge dans les massifs de l’Adrar des Ifoghas, où quelques centaines (500 à 600) terroristes avaient constitué un véritable camp de repli.

Dans les vallées Amettetai et de Terz, les forces de l’Opération Serval et celle de la Minusma se sont opposées à une extrême résistance des terroristes où ils avaient stocké des arsenaux assez importants. Pour le ministre de la Défense Le Drian, l’intervention française a permis de mettre un coup d’arrêt à leur projet de propagation du djihadisme dans la région.

Si, l’intervention des forces de l’Opération Serval se justifie par la gravité de la menace terroriste, une telle décision a été cependant murie. Selon Pascal Chaigneau : « François Hollande ne supposait sans doute pas que, pour son premier entretien téléphonique de chef d’État, il aurait comme interlocuteur le président mauritanien Ould Abdel Aziz. »

Ce dernier lui demanda de tout faire pour stopper l’effondrement du septentrion malien, redoutant qu’aux Touaregs du MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad) revendiquant un territoire, ne succèdent des islamistes mafieux en lien avec AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique. Grace à son dispositif militaire basé dans la région, la France a su réagir à temps. Elle a aussi montré sa capacité à mener des opérations sur les terrains difficiles et vastes.

Auparavant, au fur et à mesure que la date de l’intervention des forces africaines devenait de plus en plus incertaine (manque de stratégie fiable et de moyens), les djihadistes gagnaient du temps et du terrain tout en se préparant à une longue guérilla.
Nonobstant les raisons, certes légitimes de cette intervention, elles ont suscité un débat tant national (au parlement) qu’international sur les véritables raisons de l’intervention.
Le débat en France D’abord, il n’ ya pas eu d’entorse à la procédure juridique sur les opérations extérieures des forces armées. Dans ce contexte, le président Hollande voulait faire sienne la tactique pourtant critiquée aux Etats-Unis de Barack Obama, diriger de l’arrière (Gilles Paris, Le Monde du 14 janvier 2013).

Plus tard, lors de sa visite au Mali, en février 2013, il a avancé également l’argument culturel de l’intervention des forces internationales, c’est-à-dire la sauvegarde d’un patrimoine de l’Humanité, s’agissant des manuscrits de Tombouctou, dont une partie a été détruite ou déplacée.

Plus tard, en mars 2013, le président Hollande, lors de la journée internationale de la femme à l’Unesco, motive l’intervention française sur la menace des droits de l’Homme : « …Des femmes victimes de la barbarie, de la pression(…) Des femmes qui étaient battues parce qu’elles voulaient vivre libres ». (Cf. film Timbuktu).

Au-delà d’un consensus national sur les raisons de l’intervention française au Mali, certaines personnalités politiques comme Jean Luc Mélenchon du parti de gauche et Noel Mamère, député « vert » à l’assemblée nationale s’interrogent également sur le « faible soutien militaire » des Etats de l’Union européenne et des États-Unis à l’intervention française.

D’autres, comme l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing, dénoncent ce qu’il appelle le risque d’une action « néocolonialiste ». L’ancien président explique qu’une « frappe aérienne pouvait être justifiée pour stopper une avance qui menaçait Bamako, avant que la force d’intervention africaine, décidée par l’ONU, n’arrive ».

Autrement dit, pour Valéry Giscard d’Estaing, la France devrait s’en tenir à un soutien logistique aux forces africaines, tout en faisant une distinction entre les groupes islamistes de l’extérieur et qui ont capturé les otages et les groupes touaregs du MNLA.

Au regard de ces inquiétudes et critiques, on doit rappeler que la France est le seul Etat à disposer de bases militaires dans la région. Elle est intervenue également à cause de ses liens historiques (ancienne puissance coloniale, présence d’une forte communauté malienne, officiellement estimée à plus de 200 000 ressortissants dans l’ex-métropole).
Elle doit protéger ses 6000 ressortissants au Mali et ses intérêts dans la région (Areva au Niger),même si des intellectuels comme le philosophe Michel Onfray (Le Monde ,23 avril 2013) posent la question sur l’opportunité d’une telle mission (l’Opération Serval) : « à qui fera-t-on croire que le risque de terrorisme en Europe ou sur le sol français, viendrait d’une poignée de musulmans vivants dans les dunes africaines, soucieux de leur business local et de leur zonage tribal plutôt que d’établir un califat européen ? ».
Je me pose la question, si analyser ce problème sous cet angle n’est pas une sorte d’indifférence déguisée ? Qualifier ces insurgés de « musulmans » me parait inapproprié de la part de ce philosophe qui n’est pas spécialiste des questions sécuritaires, car il s’agit de narco-djihadistes. Ensuite, face à l’urgence de l’offensive des terroristes, toute absence de réaction serait considérée par les populations maliennes comme un abandon de la communauté internationale.

Enfin, Michel Onfray oublie que les actes terroristes comme ceux, perpétrés par Al-Qaïda aux Etats-Unis et en France ont été imprévisibles. Donc, mieux vaut une « action préventive » qu’un attentat non maitrisé sur le sol français. En spécialiste de l’Afghanistan, Oliver Roy pense qu’avec le renseignement humain et l’emploi des drones et des avions, la lutte serait plus efficace, car il serait absurde de chercher à occuper un territoire immense et quasiment impossible à contrôler dans la durée. Cette analyse me parait plus convaincante que celle faite par Michel Onfray, car la lutte contre le terrorisme est un combat de longue durée, nécessitait beaucoup de moyens.

Cependant, la prudence des autres Etats européens a relancé le débat sur le rôle même de l’UE dans cette région du monde. Toutefois, les Etats-Unis qui, au départ, craignaient le risque d’un enlisement du conflit et les dommages collatéraux qu’il pourrait engendrer, ont apporté leur soutien logistique (avions de ravitaillement, drones) à l’intervention française, alors qu’ils avaient qualifié de « merde », selon l’expression de son ambassadrice à l’ONU, le plan d’intervention de la Misma défendu par la France quelques mois plutôt à l’ONU.

Paradoxalement, le bilan de la présence américaine au Sahel, notamment au Mali est mitigé par rapport à l’effondrement de l’armée malienne (comme en Irak) face aux terroristes, même si nous sommes conscients que la genèse de cette crise a d’abord été locale. C’est pourquoi les Maliens doivent faire preuve de lucidité quant à la gestion de cette crise et éviter tout discours qui pourrait fragiliser davantage l’avenir de leur Etat.
Pour autant, si une partie de l’opinion malienne (certains médias du Sud et Maliens de foyers hexagonaux) s’interroge à tous égards sur les raisons « cachées » de l’Opération Serval, leur crainte peut se justifier, si l’on se réfère au soutien qu’auraient apporté les services secrets français au MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad).
D’après un membre de la communauté du renseignement français, le MNLA aurait fourni les données GPS permettant aux bombardements français : Tombouctou, Gao et Kidal. C’est dans les villes tenues par les islamistes : Tombouctou, Gao et Kidal. C’est dans ce contexte que le MNLA aurait permis aux français de retrouver le corps de l’otage Philippe Verdon.

Pour Jacques Follorou, cette situation révèle l’histoire encore non écrite des liens entre les services secrets et le MNLA, qui souhaitent voir leur aide à la France payée en retour. La même source nous indique, que les services secrets français auraient fourni 70 000 litres de carburant et fait parachuter des armes pour soutenir les troupes du MNLA après leur éviction par les djihadistes d’Al-Qaïda l’été 2012. Cette aide a été confirmée par un cadre militaire du MNLA (sous couvert d’anonymat) : « cette essence suffisait à une ONG, pas à une armée comme la notre et ces parachutages ont été effectués au compte-gouttes ».

Cependant, cette information n’a été ni confirmée, encore moins infirmée par l’Etat-major des forces armées françaises à Bamako : « nous n’avons jamais eu besoin du MNLA, sans eux, on faisait la même chose ». Cette attitude montre bien qu’il existe des divergences au sein de l’Etat français quant à la conduite à tenir vis-à-vis des Touaregs du MNLA, si l’on se réfère à cette déclaration d’un diplomate à Paris, répondant à la question d’un journaliste sur une collaboration entre le Serval et le MNLA : « certains ont joué les apprentis sorciers en faisant croire au MNLA que son aide contre AQMI afin de retrouver nos otages, pourrait l’aider à obtenir un Etat indépendant ».

Pour les autorités maliennes qui se méfient de ce « lien étroit », les brusques évènements de mai 2014 viennent de confirmer leurs inquiétudes face à ce qu’elles appellent l’impunité dont jouissent les groupes armés à Kidal.

A cet effet, le pouvoir central s’interrogera sur ce qu’il appelle de nouveau, la « passivité » des forces de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA) et de Serval, lorsque les soldats maliens étaient en difficulté contre les groupes armés.

En essayant de répondre à la nécessité d’une stabilité rassurante dans la région, notamment au Mali, nous pensons que la présence de la communauté internationale, notamment celle de la France, montre l’incapacité des Etats sahéliens à sécuriser leurs frontières communes.

Le 24 Juin 2019

 

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